Publié dans infrastructure militaire, Saint-Maurice

La catastrophe de Dailly par Pierre Frei


voir les photos de la catastrophe

Cet article a été publié dans le journal La Forteresse en 1996 ainsi que dans le bulletin de l’ASMEM (sous une autre forme).

Située à 1400m d’altitude, dans l’arête rocheuse de l’Aiguille, la galerie des “10,5”, avec ses 500m de long et ses 9 ramifications, permettait d’accéder à 10 embrasures avec des canons de 10,5cm mobiles dont les différentes directions de tir constituaient 3 batteries (bttr) intégrées dans le plus grand complexe relié de fortifications en Suisse. Sa dotation de munitions, alors plus faible que de nos jours, était entreposée dans 3 magasins de munitions (MM), répartis sur une distance de 80m. Chaque MM contenait environ 5500 obus avec leurs charges ainsi que de la munition d’infanterie, soit un total de 449 tonnes dont 29 de trotyle et 77 de nitrocellulose (base des poudres sans fumée). C’était il y a plus de 50 ans, le mardi 28 mai 1946. C’était hier, et pourquoi pas (si vous le permettez) aujourd’hui… il est 23h38, une lueur vive illumine l’Aiguille, suivie immédiatement d’une forte explosion sourde. Une minute plus tard le même effet se reproduit et des pierres sont projetées jusque sur les toits du village de Morcles situé un peu en dessous, la terre tremble jusqu’en plaine. Trois à quatre minutes après, une troisième explosion un peu moins forte; à cet instant le courant électrique est interrompu à Dailly et Morcles et le téléphone automatique ne fonctionne plus. Des lueurs traçantes environnent L’Aiguille et une multitude de petites explosions provoquées par l’éclatement de projectiles se fait entendre avec la chute de rochers et d’arbres au-dessus de Lavey. Le souffle des explosions se répand dans presque tout l’ouvrage, des gaz sortent jusqu’à la Place du Casino à Savatan (500m en dessous).

Avec un courage remarquable, quelques garde-forts (GF) aidés par des soldats réussissent à maîtriser un incendie qui a éclaté à l’atelier de mécanique proche de deux dépôts de munitions. Déjà à 1h30, des GF équipés d’appareils “O” (oxygène) recherchent une partie des 18 ouvriers qui travaillent de nuit pour compenser par avance les heures du “pont” de l’Ascension. A la caserne XII, neuf hommes de l’entreprise Ganty de Pully étaient occupés à des travaux de réfection de la maçonnerie, dont quatre à l’extérieur. Dans la galerie du funiculaire, longue de 560m, qui relie Savatan, travaillaient 9 mineurs de l’entreprise Liebhauser de Montreux dont 2 à la station supérieure, 3 à 80m en dessous et 4 à 200m. A l’intérieur de la cas XII, on se rend compte que les ouvriers doivent être morts. A 4h, on retrouve dans la galerie du funiculaire, 3 hommes qui ont chuté jusqu’au bas, tandis que 2 étaient arrivés à quelques mètres seulement de la sortie de l’attaque intermédiaire. Les autres ont pu s’échapper vers Dailly au travers des gaz, deux ayant réussi à remonter 80m de cette galerie particulièrement en pente (102 %). Le cap Imesch, aumônier de la Garnison, descend à 4h30 par le sentier militaire car un ouvrier vers la galerie d’attaque intermédiaire a le pouls qui bat encore. A son arrivée il rencontre le médecin de la Garnison qui déjà, n’a pu que constater le décès. A 8h, on commence les travaux de déblaiement de la cas XII où trois corps sont retrouvés, mais à 10h30 on interrompt les recherches car les lampes de poche ne suffisent plus et les lampes à gaz sont trop dangereuses. L’usage d’une génératrice fournie par l’arsenal de St-Maurice, permet de découvrir à 17h30 les 2 derniers hommes. Par la suite l’autopsie des victimes révèlera que toutes furent intoxiquées par le CO (gaz de combustion des poudres). Sur les 5 de la cas XII, 3 avaient des lésions dues aux chutes de pierres et l’une en était morte avant que le CO n’exerce pleinement son effet. Les lésions des hommes morts à la galerie du funiculaire ont été causées vraisemblablement par des chutes dues à leur intoxication et à l’obscurité provoquée par l’interruption du courant.

L’effectif stationné par chance à l’extérieur cette nuit est de 286 hommes, répartis de la façon suivante:
– Ecole de recrues art fort IX: 151
– Cours de tir III art fort: 41
– Compagnie garde-forts 10 (cp GF 10) détachement Dailly: 48
– ouvriers civils du Bureau de construction: 46
A 11h20, se tient un rapport avec les différents responsables des instances concernées. L’alimentation en eau étant coupée, le col Mamin, commandant de la Garnison, décide de déplacer à Champex l’ER art fort IX et la réalisation de travaux provisoires pour alimenter Dailly, Savatan et Lavey. On recherche les projectiles non éclatés sur le versant de Morcles puis de Lavey. L’accès aux zones sinistrées est interdit en raison des risques d’asphyxie et d’explosion, et de l’intérêt de l’enquête demandée par le lt col Jaccard, cdt ar fort 1. Une partie de la population de Morcles a été évacuée momentanément au camp militaire de St-Maurice. On décide d’informer la presse surtout pour rassurer les parents des recrues cantonnées à Dailly.
Le lendemain le mercredi 30 mai, le juge d’instruction rencontre lors de la visite extérieure des lieux, M. le Conseiller fédéral Kobelt, chef du DMF (Département Militaire Fédéral), et le col de Montmollin, chef du service de l’EMG (Etat Major Général), orientés sur place par le lt col Jaccard et le col Mamin. Il décide d’entente avec le Chef du DMF de nommer une commission d’expertise pour élucider les causes de la catastrophe.
La presse informée notamment par le col Rathgeb, chef du groupe fortifications du Service de l’EMG, pose quelques problèmes, L’édition alémanique du journal de la FOBB (Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment) affirme que des erreurs humaines ont été commises et qu’elles seront révélées en temps voulu; de tels propos apparaissent également dans un article du Petit Jurassien de Moutier du 3 juin. Le même jour, un député au Conseil des Etats interpelle le Conseil fédéral à ce sujet. En outre, il fera parvenir au Chef du DMF la lettre qu’il a reçue d’un “citoyen digne de considération, de la région fortifiée de St-Maurice”, étonné par le fait qu’à son avis, les deux magasins encore intacts et semblables à ceux qui venaient de sauter, situés juste en dessus, n’étaient plus climatisés et qu’au moment où il écrivait ses lignes, personne ne semblait s’en préoccuper. Après avoir reçu des précisions de la part de la section Montreux-Plaine du Rhône de la FOBB, le col Rathgeb écrit au Juge d’instruction afin d’éviter une campagne de presse; toutefois il admet que les MM n’étaient pas équipés de dispositif avertisseur d’incendie. Certains journaux publient quelques vues aériennes de Dailly après l’explosion. L’enquête ouverte à ce sujet sera finalement abandonnée.
Le 6 juin, un conseiller national questionne le Conseil fédéral dans le but d’évacuer tous les dépôts de munitions du Bas-Valais en raison des tremblements de terre qui secouent régulièrement la région depuis quelques temps.
Le 8 juin, lors de la visite de la commission d’expertise il est constaté:

A la galerie des 10,5: les 3 MM ont sauté, des munitions sont encore à proximité ainsi qu’aux emplacements de tirs où 4 pièces de 10,5 ont été projetées dans le vide avec les embrasures P2-3/bttr Buits et P3-4/bttr Plex, emportant de grandes masses de roche. On a retrouvé un des blindages mobiles de 3 tonnes, placés entre les pièces et les embrasures, à proximité du stand de tir à Lavey. Les bureaux de tirs sont détruits, de même que la station supérieure du téléférique Pré-Landon/Aiguille dont la porte a été arrachée. L’entrée Rossignol, à l’opposé de la galerie, est forcée; des munitions et du matériel en partie brûlés obstruent le couloir.

E2 Nord: pièce arrachée, coupole projetée à une douzaine de mètres dans la Coupure Aiguille qui est démolie. A la sortie du téléférique de Praz-Riond un échafaudage en bois est en partie brûlé.

Caserne XIV (cote 1430): constructions intérieures en général démolies et écroulées. La centrale électrique est en grande partie détruite; les 2 réservoirs à mazout de 1000 litres sont vides. Le quartier sanitaire est complètement détruit. Sas démoli entre cas XIV et gal 10,5, portes arrachées et enfoncées entre cas XIV et cas XIII (cote 1450). Le réservoir à mazout de 187.000 1 qui en contenait 105.000 au moment de l’explosion est probablement vide (plus tard on s’apercevra que son contenu s’est déversé sur le versant Nord-Ouest de l’Aiguille).
MM 06 inférieur (cas XIII): porte arrachée, paroi du fond crevée, des projectiles sont renversés et certains au sol.
Cas XV et bttr Golèze (cote 1400): construction intérieure en partie détruite, entrée obstruée par un amas de munition 7,5 et 10,5, obus de 7,5 tombés des étagères.

Cas XII (cote 1340): la voûte intérieure a cédé, le quartier du cdmt de la garnison et le central téléphonique sont détruits, les mitrailleuses 1 et 2 complètement démolies.

Atelier mécanicien (cote 1315): démoli, bureau incendié.

Laboratoire de chimie (cote 1300): murs intérieurs en partie détruits.

Station de transformation cas XI (cote 1260): portes forcées.

MM 2-3-4-6-E3: divers dégâts aux plafonds et parois, projectiles renversés.

MM St-Maurice (Les Planaux): éventré, casiers renversés.

Le 14 juin, le maj Pignat, cdt cp GF 10, communique à la commission d’expertise que sur les 75 pigeons de la cas XIV, 33 ont péri asphyxiés.
Le 22 juin, lors d’une nouvelle réunion des experts, on se demande si le feu aurait débuté d’abord en dehors des MM. L’adj GF Kühni fait remarquer que les bureaux de tirs sont fermés par une porte métallique et séparés par le couloir principal large de 4m. Puis on écarte le point de vue du Professeur Lugeon de Lausanne, selon lequel des gaz de grisou auraient pu se répandre dans les forts à partir des anciennes mines de Dorénaz. L’adj Kühni précise que des radiateurs électriques étaient en service dans les magasins et il déclare qu’à son avis c’est le n°3 qui a explosé en premier, car c’est le seul dépôt où un appareil de climatisation Carba fonctionnait.
Le 24 juin, le DMF transmet aux experts la lettre d’un radiesthésiste et radiologue qui offre ses services afin de rechercher la cause de l’explosion mais le Professeur Paul Scherrer renonce à cette proposition.
Des experts se déplacent le 26 juin à Rueun aux Grisons, où une déflagration (heureusement limitée à quelques charges) a éclaté à peine un mois plus tard à l’intérieur d’un grand dépôt souterrain, dans la nuit du 24 au 25 juin.
Le thermographe situé dans la galerie 1, à 15m de la déflagration, a montré que la température a passé de 10° à 19° seulement.

Le 17 juillet, on établit des projets pour renforcer la position de St-Maurice:
2 tourelles 10,5 supplémentaires à Dailly, éventuellement 6 tourelles de 15 cm L 42 comprenant les 2 de 10,5 qui seraient transformées, ainsi que 2 bttr de 15 cm dont une à l’emplacement de la bttr Nord et l’autre dans la paroi Sud. Cette dernière, placée au-dessus du sentier de Morcles, pourrait alors être reliée à Savatan supérieur. De là, un 2ème funiculaire pour atteindre la plaine où l’on prévoit une bttr de 10,5 antichars (ach) pour le canal de fuite de la future usine électrique et une pour le Mauvoisin. Chacune de ces bttr ach serait appuyée par une bttr de lance-fusées à 12 tubes sous roc, dans le secteur de l’Availlaz à Savatan. Le tout pour un effectif de 2500 hommes dont 1000 à Savatan. On prévoit aussi:
– au Scex: le remplacement des 7,5 de l’ermitage par des 7,5 ach
– à Cindey: l’échange des 4 can de 4,7 par des can de 7,5 ach
– idem à Toveyres et Petit Mont
– aux Follatères: des armes ach plus puissantes et un fort à la Bâtiaz

Le 27 juillet, le Directeur de l’administration militaire fédérale, reprenant à son nom une lettre du col Rathgeb, répond simplement au Conseil communal de St-Maurice inquiet pour la sécurité de la population en raison des nombreux ouvrages qui entourent la ville: “…nous ne croyons pas qu’il existe des motifs spéciaux de s’alarmer, à St-Maurice pas plus qu’ailleurs. La répartition des magasins à munitions dans la région nous fait admettre que les effets d’une explosion sur la localité ne sont pas à craindre… “.

Le 2 août, la commission des fortifications se rend à Dailly en vue de procurer à la Commission de défense nationale les données nécessaires pour établir ses futures études concernant la reconstruction des installations. On se prononce sur l’importance et la valeur des fortifications de St-Maurice, mais également du secteur de la br mont 10. On constate unanimement l’insuffisance des armes antichars pour St-Maurice, Evionnaz et Vernayaz. On reconnaît que le canal de fuite de Lavey nécessitera une puissante défense contre les chars.
A Savatan, les tourelles de 12 cm et les canons de 5,3 cm manquent de protection suffisante, tout comme certains abris; ils devront être remplacés. Les derniers travaux en cours à la Galerie du Scex en feront un ouvrage moderne à condition de remplacer une partie de l’armement. Quant à Dailly, il faudrait un minimum d’artillerie sous roc. Cette solution en casemates au lieu de tourelles permettrait de reprendre en partie les installations existantes. La cas XIV, trop proche de la surface, ne devra plus être considérée comme caserne de guerre. Le brigadier Tardent, cdt br mont 10, demande provisoirement une bttr de can 10,5 et de Lm de 12 et 8,1cm. Pour terminer, le col Rathgeb expose l’état des fortifications du pays. A Sargans, les ouvrages sont achevés à l’exception du Furkels où les canons de 15cm doivent encore être livrés et à Tschingel où les travaux en cours concernent l’aménagement de galeries pour y installer des canons de 10,5 ach.
Au Gothard, il n’y a plus que le central téléphonique de Gaspiei à Airolo et les deux fortins ach de Stgegia au Lukmanier, qui ne sont pas encore terminés. Dans la région du lac de Thoune, seul 2 forts construits par le BBB sont encore armés. Il conviendra de réarmer ceux construits par la troupe, et par la même occasion, y inclure les 2 forts d’artillerie du Pays-d’Enhaut et du Jauntal. Dans la région de Stans un grand fort devra encore être armé. Concernant les ouvrages frontières, seuls des travaux d’entretien, par endroits importants, seront nécessaires.
A ce moment, on pense déjà que la fusée pourrait être la solution au problème du remplacement dans le futur de l’armement lourd des forts.
Le 11 septembre, le col Rathgeb autorise la visite des lieux à une femme qui tenait à se recueillir à l’endroit où son mari trouva la mort.

En 1947, le 10 avril le cdt cp GF 10 confirme par écrit les conditions de récupération par un marchand de fer, des pots d’embrasures de 10,5cm situés dans le Bois du Ban, La cp GF met à disposition un homme avec le matériel nécessaire, en contrepartie elle aura droit à récupérer quelques pièces de blindage.
Le rapport des experts, du 12 avril 1947, précise qu’aucun examen n’a permis de mettre en cause la fabrication des munitions. Les essais effectués avec les charges de 10,5 cm en boîtes, soumises à des températures élevées, amènent à penser qu’il faudrait les séparer des projectiles pour l’entreposage. Quant au dégagement d’éther, il est si faible qu’il est impossible de concevoir un mélange inflammable comme étant à l’origine de la catastrophe. Le sinistre ne peut provenir des appareils Carba car ils contenaient du fréon non combustible. On établi que le MM n°1 a sauté le premier même si la climatisation n’était en service qu’au n°3, car c’est devant celui-ci que le câble haute tension a été déchiré. L’interruption de courant survenue après la 3ème explosion le prouve, Les portes du n°l sont les seules à avoir été retrouvées à l’autre bout de la galerie. Celles des n°2 et 3, enfoncées dans les magasins sous l’effet de la pression de la première explosion, auront ensuite été détruites par l’explosion de leur propre dépôt. Comme aucun indice n’a pu être découvert, qui puisse inclure une influence extérieure, et comme de tous les explosifs entreposés, les poudres à base de nitrocellulose sont les plus instables, il faut retenir leur décomposition comme cause probable de l’incendie. Les boîtes contenant les charges des MM intacts n’ont pas toutes la même température. Ce fait confirmé par l’adj Kühni s’observe au premier contact avec la main. La décomposition peut avoir été provoquée par une durée raccourcie du stabilisateur ou sous l’effet d’un catalyseur. Les propositions des experts mèneront par la suite à l’application des mesures de sécurité que l’on connaît aujourd’hui; mais entre temps, dans la nuit du 19 au 20 décembre 1947 la terre tremble à nouveau…
Les 7’000 tonnes de munitions entreposées à Blausee-Mitholz sautent. La montagne s’écroule, recouvrant les deux entrées pour les véhicules. Malheureusement, elle épargne de justesse le tunnel d’accès du train qui se transforme en canon géant projetant sur le village un déluge de feu et d’acier qui tue 9 personnes. Mais revenons à la catastrophe qui fait l’objet du présent exposé.
Le 10 janvier, sur la base du rapport d’expertise, le juge d’instruction décide de clore l’enquête en prononçant une ordonnance de non-lieu. Les résultats sont publiés douze jours plus tard dans un communiqué de presse de la Chancellerie fédérale.

En date du 18 mars 1948 on entreprend à Dailly et Savatan une étude géologique en vue de la reconstruction des installations. A part les alentours immédiats de l’explosion, le rocher a bien résisté. Les géologues précisent qu’il faudra injecter du béton dans les fissures autour du centre de l’explosion. Pour les secteurs les plus proches, il est recommandé de prendre certaines précautions supplémentaires. A Savatan les résultats de l’étude entraîneront le gunitage de la plupart des galeries en raison de la mauvaise qualité de la roche et non des suites de la catastrophe. Un arrêté fédéral du 23 avril, concernant la reconstruction du fort de Dailly, entre immédiatement en vigueur. Afin de rassurer les citoyens, il est mentionné que les projets tiennent compte des recommandations faites par les experts et que, même si les causes du désastre survenu à Mitholz devaient être révélées par les expertises en cours, les nouveaux travaux à Dailly n’en seraient que peu ou pas modifiés. Le programme prévoit d’améliorer l’ensemble des fortifications de St-Maurice. Un montant de 20’290’000.- est prévu pour les frais de la première étape, dont 5 millions remboursés par les assurances seront déduits après soustraction des frais de déblaiement, de remise en état des munitions endommagées et des indemnités versées aux familles des victimes. Le rapport secret, qui complète le message pour la reconstruction, précise les montants attribués aux divers postes dont un million pour le camouflage et un dispositif de brouillard artificiel. Pour l’artillerie il est prévu de réarmer dans la 1ère étape, seulement la bttr Nord au moyen de canons de 15 cm (en définitif se sera des canons de 10,5cm).

Ainsi la catastrophe de Dailly aura au moins eu un aspect positif sur la place forte de St-Maurice, avec pour conséquences le remplacement des canons de 4,7 par des 7,5 ach à Toveyres et Petit Mont, la construction d’une bttr 10,5 ach à Cindey et la transformation des ouvrages de Savatan et Dailly. Bien sûr tous les projets ne furent pas réalisés.

Les traces de cet événement tragique, tout comme celui de Mitholz, resteront pour longtemps visibles, aussi bien dans la montagne que dans l’esprit des gens. La route et le pâturage de Praz-Riond furent si touchés, qu’on proposa leur rachat par la Confédération pour éviter des frais trop onéreux. Pour assurer la protection de la forêt des Buits il a fallu construire 2 barrages et tailler dans la roche une canalisation pour dévier les eaux de pluies. Au Bois du Ban, c’est 23 barrages qui seront nécessaires, sans compter les plantations. La commune de Lavey a touché 38’000.- d’indemnité et les soldats engagés aux travaux de nettoyage reçurent 2.- de plus par jour pour les risques encourus. Le 26 décembre 1947, la municipalité de St-Maurice a écrit au DMF qu’elle s’opposera avec la population à la création de nouveaux dépôts de munitions dans les rochers de Vérossaz (ces magasins seront tout de même construits).
En 1949, la psychose des explosions est toujours présente, tel ce propriétaire de l’hôtel Alpina à Champex. Après avoir trouvé conseil auprès du Général Guisan, sur place lors de manœuvres, il multiplie les démarches afin d’obtenir des dédommagements pour les dégâts provoqués par les tirs et les coups de mines, et en raison des inconvénients résultants de la garde des soldats autour de son établissement. Il reçoit à plusieurs reprises divers montants non négligeables. Mais il ne s’en contente pas. Le 7 novembre, son avocat, qui n’est pas le premier venu, demande d’abord l’expropriation. Mais l’hôtelier se ravise après avoir rencontré son banquier, car cette mesure entraînerait une diminution de la valeur de ses biens. L’avocat exige alors le déplacement de la munition que l’on projette d’entreposer dans la nouvelle chambre en travaux sous l’hôtel.
Le 9 mai 1950, le col Rathgeb refuse cette solution pour des raisons tactiques et par crainte d’un précédent qui pourrait engendrer de nombreuses demandes similaires. A force d’insister, l’hôtelier finit par obtenir de la Direction de l’administration militaire fédérale, le transfert d’une partie de la munition. Mais il lui faut encore attendre, les crédits n’étant pas disponibles. L’avocat n’entend pas s’arrêter en si bon chemin et propose au DMF, le 18 octobre 1951, le rachat de la propriété par la Confédération pour la somme de 100’000 francs. On rétorque, le 8 décembre, que son mandant fera difficilement admettre un droit de propriété à 30 mètres sous ses caves et l’on précise que la nouvelle chambre sera plus éloignée et plus sûre, cela en raison des événements de Dailly et Mitholz.

Le danger créé par la présence d’une grande quantité d’explosifs est toujours d’actualité. Les récents événements du Susten, avec l’explosion d’origine inconnue causant la mort de six personnes dans l’Oberland Bernois, sont là pour nous le rappeler. Certes, ces 300 à 400 tonnes d’explosifs et de munitions périmés ou endommagés, stockés en vrac dans une caverne formant un angle droit sans aucune séparation, n’avaient exceptionnellement pour toute sécurité, hormis la climatisation, qu’une porte blindée massive contre les effractions. C’est pourquoi la nouvelle installation d’essais d’explosions et de mesures de munitions en chantier dans l’ancien ouvrage d’artillerie d’Hondrich disposera d’un important dispositif de sécurité permettant aux habitants des villas toutes proches de dormir en paix.
Sources: Archives Fédérales; E 27/17665, E 23/4013—14
Nouvelliste (art. 40 ans de la catastrophe)
Ciné Journal Suisse (la catastrophe de Mitholz)

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catastrophe Dailly 1946: article de l’Illustré n°23 du 6 juin 1946

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