Mitholz

Il était une fois un des plus grands magasins de munitions construits durant la 2ème guerre mondiale, cependant malgré la fin de cette guerre, sa durée de vie fut courte et s’est terminée de façon brutale et tragique en entraînant dans la mort 9 villageois en pleine nuit du 19 décembre 1947. Voir aussi: https://de.wikipedia.org/wiki/Explosionskatastrophe_von_Mitholz

Mitholz article Online 1997

Après ce désastre et avoir sécurisé les lieux, l’armée décida de remplacer le dépôt de munitions par un ouvrage qui serait accepté par la population, ainsi des travaux de transformation aboutissent à la création de la nouvelle pharmacie de base avec production de médicaments et l’entreposage de stocks de réserves.  Au final de gros investissement ont été consentis pour en faire un ouvrage moderne entièrement équipé d’une installation d’extinction automatique et protégé contre les effets NEMP (impulsions magnétiques nucléaires). Un nouveau tunnel a été aménagé pour faciliter l’accès aux différents cavernes en coupant en deux les 6 immenses anciennes chambres à munitions, une plaque tournante complète cette aménagement ainsi que de nouvelles cavernes et accès. Un deuxième niveau relié par funiculaire a été construit pour les installations techniques et les réservoirs à eau.



2018: nouvelle situation à Mitholz, des études menées dans le cadre du projet de construction d’un centre de calcul sur ce site amènent à réviser la conception du risque lié à une hypothétique explosion de restes de munitions enfouis sous plusieurs mètres de roches:

Mitholz chronique d’une moquerie article au format PDF à méditer !

Liens en relation:

https://www.vbs.admin.ch/fr/themes/environnement/mitholz.html c’est une manière subtile pour liquider la fabrique de médicaments en parlant juste d’un cantonnement et d’une réserve de pharmacie…

https://www.vtg.admin.ch/fr/armee/service/500.detail.news.html/vtg-internet/verwaltung/2018/18-07/18-07-02-mitholz2.html lien archivé: http://archive.is/rf8Jl

https://www.vbs.admin.ch/content/vbs-internet/de/verschiedene-themen-des-vbs/umweltthemen-des-vbs/mitholz.download/vbs-internet/de/documents/raumundumwelt/mitholz/Munitionslager-Mitholz-Bericht-Grundwasserueberwachung-2017-d.pdf grâce à ce document PDF nous avons enfin le plan actuel de cette installation (page 24), à l’exception de l’étage supérieur.

https://www.tagesanzeiger.ch/schweiz/standard/mitholz-gefahr-einer-explosion-hoeher-als-angenommen/story/17136924

https://www.rts.ch/play/tv/19h30/video/mitholz-dans-loberland-bernois-le-conseiller-federal-guy-parmelin-annonce-quun-depot-de-munitions-est-sous-surveillance?id=9684538

https://www.rts.ch/play/tv/12h45/video/guy-parmelin-a-mitholz-pour-parler-de-risque-dexplosion?id=9683809&station=a9e7621504c6959e35c3ecbe7f6bed0446cdf8da

https://www.srf.ch/play/tv/schweiz-aktuell/video/das-pulverfass-von-mitholz?id=7e68489d-e095-42c4-976b-c3c5b16efbbf

https://www.srf.ch/play/tv/srf-news/video/munitionsrueckstaende-koennten-explodieren?id=57326a7b-31e2-4378-b7d5-a1663a896d00&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

https://www.srf.ch/play/tv/tagesschau/video/explosionsgefahr-in-mitholz-nicht-gebannt?id=8ab6cd78-0de8-4ca5-897a-67559becf73e&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

https://www.srf.ch/play/tv/schweiz-aktuell/video/hoehere-explosionsgefahr?id=9b8a6e6d-6a25-45fc-9965-6cfddc5daa56&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

https://www.srf.ch/news/schweiz/bund-ueberprueft-munitionslager-ein-augenschein-im-stollen-von-mitholz

https://www.srf.ch/news/regional/bern-freiburg-wallis/munitionsdepot-mitholz-ein-letzter-blick-in-die-ungluecksstollen

https://www.telebaern.tv/telebaern-news/3000-tonnen-explosionsmaterial-entdeckt-133199485

https://www.telebaern.tv/telebaern-news/munitionsdepot-mitholz-weckt-schreckliche-erinnerungen-133199490

https://avisdexperts.ch/videos/view/8582

https://www.nau.ch/nachrichten/schweiz/2018/06/29/explosion-mitholz-be-hier-sprengte-es-die-munition-aus-dem-berg-65359516 lien archivé: https://web.archive.org/web/20181228071430/https://www.nau.ch/news/schweiz/explosion-mitholz-be-hier-sprengte-es-die-munition-aus-dem-berg-65359516

https://www.youtube.com/watch?v=DebVFDVSdQ8

https://www.bernerzeitung.ch/region/oberland/die-fluh-war-in-flammen-es-war-grausam/story/22130994

https://www.blick.ch/news/politik/sperrfrist-des-eigentlichen-artikels-19-uhr-nach-ueber-70-jahren-neue-erkenntnisse-in-der-mitholz-katastrophe-haben-die-mega-explosionen-auswirkungen-bis-heute-id8553806.html lien archivé: http://archive.is/ZNac7

https://www.youtube.com/watch?v=lBWS3w3FR6A

http://m.20min.ch/schweiz/news/story/gefahr-fuer-explosion-groesser-als-angenommen-27037205

https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-71846.html lien archivé: https://web.archive.org/web/20180819093544/https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/communiques.msg-id-71846.html

https://www.bernerzeitung.ch/bernerzeitung-print/die-bomben-waren-fuer-die-besucher-eine-besondere-attraktion/story/21278726

https://www.bernerzeitung.ch/region/oberland/die-situation-in-mitholz-ist-definitiv-ein-horrorszenario/story/25557765

https://www.bernerzeitung.ch/region/oberland/die-explosion-hat-den-berg-geoeffnet-dann-ist-er-zusammengefallen/story/15672875

https://www.telebaern.tv/telebaern-news/tickende-zeitbombe-mitholz-133557882

https://www.illustre.ch/magazine/mitholz-lahaut-poudriere lien archivé: http://archive.is/8Qhd3 

Mitholz, zone dangereuse ouverte à la population… https://www.vbs.admin.ch/fr/home.detail.news.html/vbs-internet/wissenswertes/2019/190131.html lien archivé: http://archive.is/bW3Wo

https://www.srf.ch/news/regional/bern-freiburg-wallis/munitionsdepot-mitholz-zumindest-koennen-wir-jetzt-auf-augenhoehe-diskutieren lien archivé: http://archive.is/IAimf

https://www.srf.ch/play/tv/schweiz-aktuell/video/risiko-im-munitionsdepot-mitholz-immer-noch-hoch?id=aa8b75d8-2756-4b5a-86c7-546fbf4d84d3

https://www.20min.ch/schweiz/bern/story/Mitholz-Munition-ist-noch-voll-sprengfaehig-29660349 lien archivé: http://archive.is/t7LeP

https://www.telebaern.tv/telebaern-news/wie-weiter-mit-dem-mitholz-munitionslager-135892550

https://www.telebaern.tv/telebaern-news/munitionslager-mitholz-anwohner-freuen-sich-ueber-geplante-raeumung-135898602

https://www.rts.ch/info/regions/berne/10837592-mitholz-be-sera-evacue-pour-pouvoir-neutraliser-3500-tonnes-de-munitions-.html

https://www.armeemuseum.ch/die-schreckensnacht-von-mitholz-rueckblick-2/ belle galerie d’images sur l’ouvrage de Mitholz

Photos: https://www.google.com/search?client=firefox-b&biw=1920&bih=925&tbm=isch&sa=1&ei=7uMlXKybL4ySkwXE7oWADQ&q=mitholz+munitionsdepot&oq=mitholz&gs_l=img.1.8.0l2j0i30l8.31404.31404..36242…0.0..0.53.53.1……0….1..gws-wiz-img.-H4lrZ4s0XM

La fin de l’artillerie de forteresse

Des bruits de couloirs annonçaient la fin de l’artillerie de forteresse, mais certains n’y croyaient pas.

Il y a bien un colonel, fervent défenseur de la fortification, qui a tout essayé pour empêcher cette situation en publiant par exemple cet article: https://web.archive.org/web/20180919185403/http://www.mhsz.ch/fileadmin/downloads/ASMZ_09_2010_Seite_08.pdf dont vous trouvez ci-dessous une traduction:

Monoblocs de lance-mines bitubes, stop à la démolition !

Col EMG Bernhard Stadlin

L’armée suisse peut-elle encore remplir sa mission constitutionnelle de défense si on lui enlève sans cesse des moyens ! On a de la peine à croire à la liquidation programmée du système de fortification bien protégé et à haute puissance de feu, les monoblocs de lance-mines bitubes de forteresse et les monoblocs de canons Bison de 15,5 cm, car elle s’avère en totale contradiction avec la mission de défense¹.

Il faut empêcher la destruction – nous disons bien la destruction – de ce système très performant ! La fortification n’est malheureusement plus présente dans les têtes du Département de la défense et dans celles des cadres supérieurs de l’armée, pas à cause du maintien du Secret, mais de la croyance aveugle à la conduite mobile des opérations.

En 2003, le dernier monobloc de lance-mines bitubes de forteresse était remis à la troupe, ainsi se terminait un vaste programme de construction couvrant l’ensemble du territoire. La Suisse dispose donc, encore aujourd’hui, d’un système d’artillerie bien protégée, tout à fait moderne, entièrement construit et payé, à haute performance de combat, capable de mener la défense antichar. Ses monoblocs couvrent, sans solution de continuité, parfois en juxtaposition, l’ensemble des secteurs praticables de la zone frontière, également des terrains-clés sur le Plateau, tous les axes importants de trafic et les transversales alpines. Avec ses obstacles fixes ou mobiles, ce systèmede fortification est conforme aux normes internationales concernant les calibres.

A long terme, ils resteront des moyens à prendre très au sérieux. Les fortifications avec leur implantation à la juste place, compensent les désavantages d’un manque de mobilité des forces armées. Comme elles couvrent tous les terrains-clés tactiques, elles protègent comme système la Suisse entière. Comme toujours dans des affrontements armés, les opérations et la présence au sol demeureront prépondérants. De plus, la capacité de dissuasion reste encore aujourd’hui la meilleure défense.

Pour ces monoblocs, on a utilisé l’argent du contribuable, un milliard de francs. Les frais d’entretien annuels ne représentent que quelques pour mille de l’investissement, une dépense négligeable dans le budget global du Département de la défense. Compte tenu de ce facteur, il serait absurde de détruite à grand frais un tel système, de nouveau avec l’argent du contribuable. Pour des raisons de maintien du secret, on ne peut démontrer l’importance nationale de ces monoblocs en donnant leur nombre et les secteurs qu’ils couvrent… mais il serait intéressant de voir les conséquences de leur publication sur le résultat d’une initiative populaire en faveur du maintien du système des monoblocs. En dernière analyse, ceux-ci appartiennent, non au Département de la défense, mais au peuple Suisse qui les a payés pour sa sécurité.

Procéder à une nouvelle réduction de la puissance de feu de l’armée n’est pas responsable. Les contribuables ne comprendraient pas que l’on détruise² – toujours à leurs frais – des investissements qui leur apportent de la Sécurité. 

B.S.

1 traduction libre du texte de l’ancien président de  l’Association FORT-CH, qui a paru dans l’Allgemeine Schweizeriche Militärzeitschrift 9/2010.

2 Il faut imaginer ce que peut coûter la destruction d’un monobloc de lance-mines bitube ou d’un monobloc Bison... On est en droit de se demander si RUAG ne cherche pas à faire du chiffre d’affaire… (note du traducteur)

Article extrait du Bulletin de la Société Jurassienne des Officiers N°28  Février 2012.

Tout à coup la nouvelle apparut publiquement:

https://www.srf.ch/play/tv/10vor10/video/eine-milliarde-fuer-bunkerschliessungen?id=41dc37f4-29b8-4261-8609-ba818015d294&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

https://www.srf.ch/play/tv/10vor10/video/sicherheitspolitiker-wussten-nichts?id=16dae485-9e14-4185-a4d1-ce3750669f31&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

http://web.archive.org/web/20130119145822/http://www.tagesschau.sf.tv/Nachrichten/Archiv/2010/10/21/Schweiz/VBS-Milliarden-verschwinden-im-Bunkerloch

Et vint la confirmation officielle…

La Suisse a tellement la manie du secret que pour annoncer la fin des tirs de forteresse on n’a même pas osé donner l’emplacement des pièces… on a situé les  Bisons de Motto Bartola sur Airolo comme étant au col du Lukmanier (on trouve pourtant  les emplacements exacts sur Internet) !!! Vous remarquerez aussi à quel point on assimile les pièces d’artillerie modernes à l’ancien Réduit National afin de faire passer la pilule (très amère), ce qui prouve la mauvaise conscience des décideurs… les chiffres annoncés ne correspondent pas du tout à la réalité, pire, on triche, lors du 1er communiqué de presse dans lequel on a dit que la munition n’est plus en suffisance, on se garde bien de dire qu’il s’agit seulement de la munition d’exercice…

http://www.vbs.admin.ch/internet/vbs/fr/home/documentation/news/news_detail.39331.nsb.html quand on veut tuer son chien on dit qu’il a la galle !  Cher Monsieur Maurer vous vous trompez de priorité dans les économies, il aurait fallu commencer par liquider les chars et l’artillerie blindée qui coûtent  plus cher à l’entretien et qui sont encore plus faciles à détruire de la part de presque n’importe quel ennemi …

https://www.letemps.ch/Page/Uuid/e74d9204-9c06-11e0-92cb-b63667b2e16a/La_fin_du_R%C3%A9duit_national_annonc%C3%A9e_%C3%A0_coups_de_canon lien archivé: https://archive.is/jqFZM

http://www.nzz.ch/nachrichten/panorama/festungsartillerie_schweiz_bison-geschuetze_1.11015825.html

https://www.rts.ch/play/tv/lactu-en-video/video/derniers-coups-de-canons-de-forteresse-au-lukmanier?id=3223686  22.06.2011

http://web.archive.org/web/20110809140641/http://www.tagesschau.sf.tv/Nachrichten/Archiv/2011/06/22/Schweiz/Die-letzten-Tage-der-Alpenfestung

https://www.srf.ch/play/tv/news-clip/video/letzte-schuesse-aus-den-bison-geschuetzen?id=913d6dd4-a4b1-4319-ac7d-96c3477aa69f&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

https://www.srf.ch/play/tv/news-clip/video/christoph-heer-heute-ist-ein-spezieller-tag-?id=399b0caf-ca33-44ff-9b87-6abbe149b661&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

https://www.srf.ch/play/tv/news-clip/video/rolf-siegenthaler-ba-fuer-genie-und-festung-1989?id=59a9cd32-e3ea-49b6-990e-06b021e20701&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

https://www.srf.ch/play/tv/news-clip/video/bruno-lezzi-diese-waffen-passen-nicht-in-eine-moderne-armee-?id=d0e23dbe-4dfc-40dc-864f-fb936ba65422&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

https://www.srf.ch/play/tv/tagesschau/video/festungsartillerie-hat-ausgeschossen?id=d0db39f5-4f0a-44ae-8515-52accc0a2045&station=69e8ac16-4327-4af4-b873-fd5cd6e895a7

http://web.archive.org/web/20110625001041/http://www.tagesschau.sf.tv/Nachrichten/Archiv/2011/06/22/Schweiz/Ein-Abschied-mit-Bison-Geschuetzen

http://www.he.admin.ch/internet/heer/de/home/verbaende/gebinfbr12/news/Archiv_2011/Schweizer-Festungsartillerie.html

http://www.sperretrin.ch/sperren/bison.html document sur les Bisons avec photos  des derniers tirs. Cette vidéo était ajoutée: https://www.youtube.com/watch?v=ixcvqF7g5pM
http://www.sperretrin.ch/sperren/12cm-minenwerfer.html document sur les lance-mines avec photos des derniers tirs. Cette vidéo était ajoutée: https://www.youtube.com/watch?v=CPwuG1ohaIU

Vidéo de l’APSF des derniers tirs de lance-mines 12cm à Airolo

https://web.archive.org/web/20181211010935/http://sogart.ch/downloads/Schweiz_ohne_Kampfinfrastruktur.pdf enfin le secret est percé avec ce lien vous découvrez la couverture d’artillerie de la Suisse avec les armes de forteresse modernes, enfin presque, lien archivé. pour plus de précision : http://www.lignemaginot.com/ligne/suisse/valais/bisons/s0/carto.gif lien archivé: https://archive.is/qKd4V

https://web.archive.org/web/20181211022709/http://sogart.ch/downloads/Festung.pdf tout à une fin, mais celle-là fait mal… lien archivé

La forteresse est morte, vive la forteresse:

http://www.he.admin.ch/internet/heer/fr/home/aktuell/events/20111121a.html en français https://www.youtube.com/watch?v=RENZq0qF0wE&feature=youtu.be  ou pour une meilleure qualité: https://www.mediathek.admin.ch/media/video/b0543904-19e4-4d6b-b7ae-757d449ab5c6

http://www.he.admin.ch/internet/heer/de/home/aktuell/events/20111121a.html in deutscher Sprache https://www.youtube.com/watch?v=Ya7wlNeGl-s&feature=youtu.be oder besser hier: https://www.mediathek.admin.ch/media/video/0dbbe5ce-4cc7-45dd-b4fc-552b156b12d2

http://www.he.admin.ch/internet/heer/it/home/aktuell/events/20111121a.html in italiano https://www.youtube.com/watch?v=13q-m47GYjg&feature=youtu.be una migliore qualità qui: https://www.mediathek.admin.ch/media/video/cbadbb31-d1bd-482d-b201-e7aab60cf5fe

Il n’y a que l’armée suisse pour mettre à la poubelle des systèmes qu’elle qualifie elle-même dans la vidéo, d’efficaces et performants…!!!??? Le contraire de ceux qui ont pris la décision…

Et voici qui enterre définitivement tout espoir de survie… :

https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20113932 en français, lien archivé: https://archive.is/PAV4y

https://www.parlament.ch/de/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20113932 in deutscher Sprache, lien archivé: https://archive.is/TLz7k

https://www.parlament.ch/it/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20113932 in italiano, lien archivé: https://archive.is/YYTaN

https://gruppe-giardino.ch/2015/03/17/faktenzur-beabsichtigten-verschrottung-der-bison-geschuetze/ la mort des Bisons, lien archivé: https://archive.today/desBT

2018: l’évolution:

Message sur l’armée 2018

du 14 février 2018

 

5.3 Artillerie de forteresse

Contexte et mesures nécessaires

L’artillerie de forteresse remonte en grande partie à la guerre froide. Si elle convenait à l’époque pour répondre aux menaces, elle a aujourd’hui perdu de sa valeur militaire et politique.

Depuis Armée XXI, l’engagement de l’artillerie de forteresse n’est plus considéré comme moderne. La doctrine a évolué : la défense repose aujourd’hui sur les forces mobiles, le principe étant de pouvoir engager des formations adaptées en tout temps et en tout lieu, ce qui est impossible avec des systèmes d’armes stationnaires.

Diverses tendances expliquent l’émergence d’une nouvelle doctrine.

– Compte tenu de l’évolution de la menace, il est peu probable que la Suisse fasse l’objet d’une attaque mécanisée, contre laquelle l’artillerie de forteresse est conçue.

– En raison du développement des missiles guidés de précision, les forteresses sont toujours plus vulnérables.

– De nombreux secteurs d’action des lances-mines de forteresse sont devenus inutiles parce que les terrains ont été bâtis ou que les positions de barrage et les ouvrages minés qui leur sont associés ont été supprimés.

– Il était devenu presque impossible de garder secrètes les positions d’artillerie, a fortiori depuis que des descriptions exactes et des photos avaient été diffusées sur Internet.

À l’origine, l’artillerie de forteresse comprenait le canon de forteresse 15,5 cm Bison, les lances-mines de forteresse 8,1 cm et 12 cm, les canons 10,5 cm et 15 cm et le canon de forteresse 7,5 cm. À la fin de la guerre froide, tous les moyens d’artillerie de forteresse avaient déjà été mis hors service dans le cadre de la réforme Armée 95, à l’exception des canons de forteresse Bison et des lances-mines de forteresse 12 cm.

Dans son rapport du 23 juin 2010 sur la politique de sécurité6 et son rapport du 1er octobre 2010 sur l’armée7, le Conseil fédéral indiquait déjà qu’il était possible de renoncer à l’infrastructure de combat (canon de forteresse Bison, lance-mines de forteresse 12 cm, positions de barrages et ouvrages minés) et que la mise hors service de ces systèmes allait débuter. Dans son rapport du 20 janvier 2016 sur l’avenir de l’artillerie en exécution du postulat 11.3752, le Conseil fédéral a confirmé que l’artillerie de forteresse serait mise hors service prochainement, la nécessité militaire de ce type de systèmes statiques étant moindre en considération des menaces modernes. Selon lui, il ne serait pas non plus pertinent de garder un nombre réduit de positions d’armes.

La mise hors service de toute l’artillerie de forteresse restante a été décidée en 2011. Cette année-là, le groupe d’artillerie de forteresse 13 a accompli son dernier cours de répétition. Avec la dissolution des troupes de forteresse, la compétence d’exploitation de l’artillerie de forteresse s’est perdue. Depuis 2011, seule une maintenance minimale a été effectuée sur les positions d’armes et sur les abris couverts qui leur sont associés. Ils ne sont donc plus prêts à l’engagement.

La motion 11.4135 concernant la mise hors service des biens d’armement chargeait le Conseil fédéral d’arrêter la liquidation des lances-mines de forteresse prévue par le rapport sur l’armée. Les nouvelles bases légales apportées par la révision de la loi sur l’armée permettent désormais de demander la mise hors service de l’artillerie de forteresse.

Description de la variante proposée et arguments

Dans le cadre de la mise hors service de l’artillerie de forteresse, les canons de forteresse Bison et les lances-mines de forteresse 12 cm restants ainsi que les infrastructures associées doivent être soit vendus, soit vidés et fermés. Des fondations et associations consacrées aux fortifications sont intéressées par une éventuelle reprise des lances-mines. Pour des raisons financières, les objets non vendus seront vidés et fermés.

L’artillerie de forteresse et les infrastructures associées (lances-mines de forteresse, Bison, abris, câbles, etc.) représentent 650 objets environ. Depuis des années, seule une maintenance minimale a été effectuée ; ces objets ne sont donc plus prêts à l’engagement. Pour les conserver, il faudrait prendre d’importantes mesures relevant de la construction, de l’exploitation et de l’organisation, lesquelles entraîneraient des investissements approchant les 250 millions de francs.

Bien que les charges d’exploitation de l’artillerie de forteresse restante aient été réduites au maximum, elles avoisinent tout de même les deux millions de francs par an. Avec la mise hors service, elles pourraient toutefois être ramenées à moins de 0,5 million de francs par année.

La mise hors service de l’artillerie de forteresse débutera après décision des Chambres fédérales en la matière. Les installations concernées par la protection des informations seront alors démontées et les documents de construction et d’exploitation classifiés seront détruits conformément aux directives sur la protection des informations. Suite à cela, les installations figurant dans le registre des ouvrages pourront en être radiées. Enfin, les objets seront transférés vers le parc à disposition. Les contrats conclus avec des tiers seront examinés puis résiliés ou adaptés selon les cas (p. ex. contrats de location ou de fourniture d’énergie).

Une partie des infrastructures peut être réaffectée, par exemple pour servir de magasin de munitions. Les éventuelles réaffectations seront évaluées au cas par cas selon des critères économiques. Lorsqu’elles s’y prêtent, les constructions dont le DDPS n’a pas besoin seront proposées en priorité aux autres services de la construction et des immeubles de la Confédération en vertu de l’ordonnance du 5 décembre 2008 concernant la gestion de l’immobilier et la logistique de la Confédération8. Ce n’est qu’après cela que les infrastructures pourront être mises en vente auprès de tiers, tels que les cantons, les communes ou des sociétés historiques.

La plupart des infrastructures devant être mises hors service se situent en dehors de zones à bâtir. Elles ne peuvent donc être vendues, exploitées en droit de superficie ou louées qu’après la délivrance d’une autorisation spéciale ou en vertu du droit de l’aménagement du territoire, qui est requise pour la reconversion envisagée.

Les infrastructures restantes seront désaffectées selon des principes économiques et feront l’objet d’une maintenance limitée mais suffisante pour rendre supportable le risque découlant de la responsabilité du propriétaire de l’ouvrage. Des travaux de démolition ne seront entrepris que dans des cas exceptionnels, en tenant compte des éventuelles obligations contractuelles ainsi que de considérations économiques et après une évaluation des risques.

La mise hors service s’opérera entre 2019 et 2024.

Autres variantes examinées

Maintien en disponibilité moins élevée

Une variante prévoyant de garder l’artillerie de forteresse à un niveau de disponibilité plus bas et de maintenir ses capacités au minimum afin de pouvoir la réactiver en vue d’une éventuelle réaffectation a été examinée. À l’heure actuelle, cette variante n’est considérée ni judicieuse ni utile pour l’armée. En effet, les installations d’artillerie de forteresse sont trop nombreuses, sans compter qu’il faudrait à nouveau former des troupes le moment venu. Les prescriptions de sécurité ne pourraient être respectées qu’au prix de lourds investissements. Les charges d’exploitation annuelles seraient de l’ordre de 2 millions de francs, ce qui signifie que, pour mettre en œuvre cette variante, 50 millions de francs devraient être investis d’ici 2025. Pour toutes ces raisons, elle a été rejetée.

Maintien d’une disponibilité de base minimale

Une variante prévoyant de maintenir la disponibilité de base à un niveau minimal a également été examinée. Plutôt que de renoncer entièrement à l’artillerie de forteresse, cette variante proposait de garder à des fins d’instruction une réserve minimale de 10 % de tous les lance-mines de forteresse et canons de forteresse Bison, tandis que les 90 % restants seraient mis hors service et éliminés. Les capacités minimales devraient alors être reconstituées.

Pour conserver 10 % de l’artillerie de forteresse en vue de maintenir une disponibilité de base, 15 millions de francs au moins devraient être investis d’ici 2025. Par ailleurs, 20 millions de francs seraient requis chaque année pour les charges d’exploitation, la maintenance des infrastructures et les munitions. Le rétablissement ultérieur d’une disponibilité opérationnelle minimale de tous les lances-mines de forteresse et canons de forteresse Bison nécessiterait un investissement d’environ 250 millions de francs. Pour toutes ces raisons, la variante prévoyant le maintien d’une disponibilité de base minimale a été rejetée.

Conséquences sur la disponibilité opérationnelle

La mise hors service des canons de forteresse Bison et des lances-mines de forteresse n’influera en rien sur la disponibilité opérationnelle de l’armée.

Conséquences sur le plan des finances et du personnel

Charges et recettes uniques

La mise hors service prévue représentera une charge unique de 25 millions de francs. La mise hors service des infrastructures sera financée au moyen du budget ordinaire du DDPS.

La vente prévue devrait rapporter moins de 0,5 million de francs de recettes.

Charges récurrentes et conséquences sur le plan du personnel

Ces dernières années, les charges d’exploitation pour les infrastructures devant être mises hors service ont déjà été largement réduites. Les lances-mines de forteresse, les canons de forteresse et les infrastructures leur étant associées ont fait l’objet d’une maintenance minimale. Les mises hors service demandées permettront d’économiser quelque 1,5 million de francs chaque année en charges de biens et services et de personnel. Ces économies serviront à financer la couverture de nouveaux besoins au sein du DDPS.

Coûts de location bruts

Les coûts de location bruts actuels se chiffrent à 35 millions de francs. En cas de mise hors service complète, ceux-ci n’auront plus lieu d’être.

https://www.derbund.ch/schweiz/standard/bundesrat-will-die-bestie-verschrotten/story/26628839 lien archivé: http://archive.is/pv41b

https://www.msn.com/fr-ch/actualite/national/bundesrat-will-%C2%ABdie-bestie%C2%BB-verschrotten/ar-BBJ8GD7


Dernier développement avec cet article tiré du Schweizer Soldat de Février 2019: (traduction en français en fin d’article)

Was für eine Dummheit

In einem unverständlichen Beschluss hat das eidgenössische Parlament eine der besten Waffen, die unsere Armee je hatte, endgültig «gekillt»: die 12-cm-Festungsminenwerfer mit ihren Zwillingsrohren. Das Geschütz ist (Oder leider: war) präzis, schnell, klug zu bedienen und im Monoblock gut geschützt. Die Monoblöcke deckten den Grenzraum der Schweiz fast vollständig ab und waren in aller Regel nur schwer zu entdecken.

Ausnahmsweise seien drei persönliche Vorbemerkungen erlaubt:

  • Ich weiss, worüber ich schreibe. Im Kalten Krieg kommandierte ich an der damals exponierten Nordostfront im FAK 4 eine Anzahl Monoblöcke in einer schlagkräftigen Einheit.
  • Ebenso weiss ich, dass es Sich nicht gehört, Entscheide, die gefallen sind, anzuzweifeln. Die definitive Abschaffung der 12-cm-Geschütze ist aber eine derartige Dummheit dass man sie nicht einfach ad acta legen darf.
  • Im Kalten Krieg gehörte es zu den Vorzügen der Monoblöcke, dass sie streng klassifiziert waren. Auch wenn sie jetzt abgeschätzt werden, halte ich mich hier an Tatsachen, die seit langer Zeit offen bekannt sind.

Einschiessen oft nicht nötig

In zehn Artillerie-Kommandojahren und vorher als Zugführer erlebte ich mehrere Geschütztypen. Doch nicht einmal die formidable Schwere 10,5-cm-Kanone – zusammen mit dem Saurer-M-6-Zugfahrzeug der «erfolgreichste Geschützzug, den die Schweiz je besass» – schoss derart präzis wie der Festungszwilling. Für den scharfen Schuss hatten wir damals noch ansehnliche Munitionsdotationen. Auch waren die Zielgebiete noch zahlreicher als heute. In all den Schiessen mit dem Festungsminenwerfer war das sonst übliche, traditionsreiche und genau geregelte Einschiessen fast nicht nötig – so exakt schlugen bei normalem Wetter die 12-cm-Granaten im Ziel ein. Denn die Geschütze waren «fest gemauert in der Erden» (Schiller, Glocke) Im Monoblock waren Kanoniere erster Güte und Erfahrung am Werk.

2 x 8 = 16 Schuss pro Minute

Ein guter Richter brachte pro Minute gut und gern 2 x 8 = 16 Schuss ins Ziel. Das Geschütz war einfach zu justieren, der geräumige Monoblock nahm umfangreiche Granaten-Dotationen auf und Munition konnte, wenn es überhaupt nötig war, in der Nacht nachgeschoben werden. Oberst Josef Brunner, Kommandant eines Festungsregimentes, berichtet sogar von 20 Schuss in der Minute. Ich kam von der mobilen Artillerie und befehligte auch nachher wieder mobile Truppen. Ergo kann niemand sagen: «Aha, ein Festungsadvokat.» Im Gegenteil: Das Versagen der Maginot-Linie im Mai 1940 Oder der Zusammenbruch der Bar-Lev-Forts im Oktober 1973 sind sehr wohl bekannt. Was aber die Monoblöcke betrifft, hege ich aus eigener Erfahrung keine Zweifel. Sie waren artilleristisch derart geschickt angelegt, dass sie teils überlappend entscheidende Frontabschnitte abdeckten. Und taktisch wurden sie so klug placiert, dass sie kaum zu entdecken waren.

 

Dichtes Netz

Ich erlebte, Wie in unserer umfangreichen Einheit Zugführer aus einer Grossstadt in dunkler Nacht Mühe hatten, ihren Monoblock wieder zu finden. Die Anlagen waren gut geschützt und achtbar ausgebaut: die Grundlage zum Überleben. Imposant war auch das nationale Netz der Festungsminenwerfer. Wie ein Cordon beherrschten die Zwillingsrohre mit ihrer Auslegung auf 360° den Grenzraum. Geeignet waren sie auf ansehnliche Distanz auch für das Unterstützungsfeuer vor Sperren der Infanterie. «Grüne» Regimente, Bataillone und Kompanien dankten für das Feuer aus den Monoblöcken, wenn ihnen auf ihre Passages obligés kein Feuer von mobilen Artilleriebatterien zur Verfügung stand.

Schildbürgerstreich

1983 wurden die Minenwerfer 59 komplett kawestiert. 2000 nahm die Armee den letzten Monoblock in Betrieb, Wie 2003 die letzte der mächtigen 15,5-cm-Bison-Kanonen. All das hätte mit sehr wenig Geld erhalten werden können. Aber all das putzte das Parlament mit einem Federstrich weg – der Schildbürgerstreich von Dilettanten.

Peter Forster

12cm

Jeder Festungsminenwerfer setzte präzis und auf 360° 12-cm-Zwillingsrohre ein.

Chaque lance-mines de forteresse utilisait des tubes jumelés de 12 cm à 360° avec précision.

Quelle stupidité

Dans une décision incompréhensible, le Parlement fédéral a finalement « tué » l’une des meilleures armes que notre armée n’ait jamais eue : les lance-mines de 12 cm avec leur double tube. La pièce est (ou malheureusement : était) précise, rapide, intelligente à utiliser et bien protégée dans le monobloc. Les monoblocs couvraient presque entièrement la région frontalière de la Suisse et étaient généralement difficiles à découvrir.

A titre exceptionnel, trois remarques préliminaires personnelles sont autorisées :

  • Je sais ce que j’écris. Pendant la guerre froide, j’ai commandé un certain nombre de monoblocs en une seule unité puissante sur le front nord-est alors exposé du FAK 4.
  • Je sais aussi qu’il n’est pas approprié de douter des décisions qui ont été prises. Mais l’abolition définitive des canons de 12 cm est une telle stupidité qu’on ne peut pas la mettre de côté.
  • Pendant la guerre froide, l’un des avantages des monoblocs était qu’ils étaient strictement classifiés. Même s’ils sont en cours d’évaluation, je m’en tiens ici à des faits qui sont connus de tous depuis longtemps.

Tirer souvent n’est pas nécessaire

En dix ans de commandement d’artillerie et avant cela en tant que commandant de peloton, j’ai connu plusieurs types de canons. Mais pas même le formidable canon lourd de 10,5 cm – avec le tracteur Saurer M-6, le « train d’artillerie le plus réussi que la Suisse ait jamais eu » – n’a tiré aussi précisément que le bitube de forteresse. Pour le coup de feu que nous avions à l’époque, il y avait encore des dotations considérables en munitions. De même, les zones cibles étaient encore plus nombreuses qu’aujourd’hui. Dans tous les tirs avec le lance-mines de la forteresse, le tir traditionnel et contrôlé avec précision était presque inutile – par temps normal, les grenades de 12 cm ont atteint la ligne d’arrivée avec une telle précision. Car les canons étaient « solidement ancrés dans la terre » (Schiller, cloche), et dans le monobloc, des artilleurs de la plus haute qualité et expérience étaient à l’œuvre.

2 x 8 = 16 coups par minute

Un bon pointeur a apporté par minute bien et volontiers 2 x 8 = 16 coups à l’arrivée. La pièce était facile à régler, le monobloc spacieux pouvait contenir de grandes quantités de projectiles et les munitions, si nécessaire, pouvaient être déplacées pendant la nuit. Le colonel Josef Brunner, commandant d’un régiment de forteresse, signale même 20 tirs par minute. Je suis venu de l’artillerie mobile et j’ai commandé à nouveau des troupes mobiles par la suite. Par conséquent, personne ne peut dire, « Aha, un avocat de la forteresse. » Au contraire : l’échec de la ligne Maginot en mai 1940 ou l’effondrement du Bar-Lev-Forts en octobre 1973 sont bien connus. Mais en ce qui concerne les monoblocs, je n’ai aucun doute sur ma propre expérience. Ils étaient si intelligemment conçus pour l’artillerie qu’ils se chevauchaient partiellement et couvraient des sections frontales décisives. Sur le plan tactique, ils étaient si bien placés qu’on les découvrait à peine.

Réseau dense

J’ai vécu comment, dans notre vaste unité les chefs de section d’une grande ville ont eu de la difficulté à retrouver leur monobloc par une nuit noire. Les installations étaient bien protégées et respectueusement développées : la base de la survie. Le réseau national des lance- mines de forteresse était également impressionnant. Comme un cordon, les bitubes, avec leur conception à 360°, dominaient la zone frontalière. À une distance considérable, ils étaient également aptes à soutenir le feu devant les barricades de l’infanterie. Les régiments, bataillons et compagnies  » verts  » sont remerciés pour les tirs des monoblocs, alors que sur leurs passages obligés aucun tir de batteries d’artillerie mobiles n’était à leur disposition.

Acte insensé

En 1983, les mortiers 59 étaient complètement kawestés. En 2000, l’armée a mis en service le dernier monobloc et en 2003, le dernier des puissants canons Bison de 15,5 cm a été mis en service. Tout cela aurait pu être maintenu avec très peu d’argent. Mais tout cela le Parlement la nettoyé d’un seul coup de plume – l’acte insensé de dilettantes.

Peter Forster

Traduit avec https://www.deepl.com/Translator

2020: https://bulletin-1.ch/das-traurige-ende-einer-praezisen-geheimwaffe/lien archivé: https://web.archive.org/web/20200817201641/https://bulletin-1.ch/das-traurige-ende-einer-praezisen-geheimwaffe/

Vidéos APSF

Téléphérique du fort de la Galerie du Scex à St-Maurice (film n°1)

Téléphérique du fort de la Galerie du Scex à St-Maurice (film n°2)

Téléphérique du fort de la Galerie du Scex à St-Maurice graissage du câble

Téléphérique du fort de la Galerie du Scex à St-Maurice  Fort du Scex, radiographie du câble porteur du téléphérique

Téléphérique du fort de Cindey à St-Maurice (1)

Téléphérique du fort de Cindey à St-Maurice (2)

Téléphérique du fort des Follatères à Martigny

Visite du fort de Vitznau 1.5.1998: Visite du Fort de Vitznau par les représentants des associations ayant participé le matin même à l’assemblée constitutive de Fort-CH au fort d’Obere Nas. Ce film est publié pour les 10 ans de la création de Fort-CH sur l’initiative de l’APSF

Fort d’Obere Nas Visite rapide du fort d’Obere Nas lors de l’assemblée constitutive de Fort-CH sur l’initiative de l’APSF

Ebersberg Visite du fort d’artillerie d’Ebersberg avec l’APSF le 03.09.06

Tir canon 75 Reuenthal Tir à blanc au canon de 7,5cm du fort de Reuenthal en 1999 à l’occasion de la fête des 10 ans de l’ouverture au public

Tir au canon 75 Pré-Giroud tir à blanc au canon de 7,5cm du fort de Pré-Giroud sur Vallorbe en 1992

Canon 105 Film d’archive des fortifications de St-Maurice n°1: tirs d’essais au canon 10,5 cm du fort de Dailly au début de la 2ème guerre, à l’emplacement de la Galerie des 10,5. Les canons étaient mobiles, on pouvait les utiliser à l’extérieur et à l’intérieur

Montage tourelle 105 Film d’archive des fortifications de St-Maurice n°2: transport et montage de la tourelle 10,5cm « St-Maurice » au fort de Dailly en 1940

Tirs d’essais et baptême des tourelles 105 Film d’archive des fortifications de St-Maurice n°3: tirs d’essais et baptême des tourelles 10,5cm Ste-Barbe et St-Maurice au fort de Dailly 1940

Transformation des éclipses Film d’archive des fortifications de St-Maurice n°4: chantier de transformation des canons 12cm sur affûts à éclipses, transport et tirs d’essais au fort de Dailly 1940-1941

Téléphérique Pré-Landon/Aiguille Film d’archive des fortifications de St-Maurice, mise en service du téléphérique militaire reliant les forts de Petit Mont et Toveyre au fort de Dailly durant la 2ème guerre mondiale

Fort de Burg Visite du fort de Burg avec la société GMS le 07.09.2005

Fort du Wissiflue Visite du fort du Wissiflue avec la société GMS

Groupe de secours fort du Scex Remise en marche du moteur Sulzer n°1 du fort de la Galerie du Scex à St-Maurice à l’occasion des 100 ans de la construction du fort; aux commandes, le Président de l’APSF

Marche moteur Scex 2018 Nouvelle marche moteur après une pause d’une année et de la mise en service des nouvelles batteries de démarrage

Obusier 105 Savatan

https://www.youtube.com/watch?v=txRON3pIr3k&feature=share&list=ULtxRON3pIr3k Commeire

Galerie Plan

Petit Mont observatoire double

Châteauroc sous Champex

Champillon démonstration 10,5cm

Dailly tir au canon 7,5cm mobile pour la manifestation d’ouverture au public des visites

Berner Oberland

Reconstruction du patrimoine On ne compte plus les ouvrages dont l’armée dépense des fortunes en argent public pour les vider, alors que les associations ou des privés ont ensuite une peine folle à faire revivre…

Tirs de la Sainte-Barbe au fort de Champex 2016

Veytaux-Chillon

Chillon, ouvrages minés Sud

Documents au format PDF

 

Association des Amis des Forts de St-Maurice

visite au fort de Dailly 2005: article de Marcel Däpp, paru dans l’Artilleur et dans la Revue Militaire Suisse (précisons que contrairement à ce qui est indiqué dans l’article, l’entrée du fort de Dailly se situe à l’altitude de 1240m).

visite au fort de Dailly 2007: article de Laurent Grabet du 24 Heures du 25 juin 2007 (précisons que contrairement à ce qui est indiqué dans l’article, le fort de  Dailly comporte une douzaine de kilomètre de galerie et qu’il est dépourvu de batteries Bison…Pour la capacité de la caserne, il doit s’agir de la 3 qui comportait 639 places au total et dont la capacité à été revue à la baisse ces dernières années).

visite des fortifications du col de la Forclaz: article du Nouvelliste du 23 juillet 2007 sur les fortifications du col de la Forclaz (concernant la cadence de tir de  la mitrailleuse à 600 coups/minute, il s’agit de l’ancienne mitrailleuse d’origine, soit le modèle 1911).

déchargement du plus grand ouvrage miné de Suisse: article du « Online » journal du corps des garde-fortifications sur le déchargement de l’ouvrage miné du tunnel du Simplon

catastrophe Dailly 1946: article de l’Illustré n°23 du 6 juin 1946

petit historique du corps des garde-fortifications

archive du Nouvelliste: vous trouvez ici les articles du Nouvelliste qui figuraient dans les archives transferées sur Swissdox depuis novembre   2007

extrait sur la réutilisation des fortifications de la revue montagna 4/2008: “montagna” est la revue du Groupement suisse pour les régions de   montagne  (SAB – www.sab.ch).

collection de munitions de l’artillerie suisse

Grenz brigade 5 Reuenthal: texte de Robert Vögeli extrait du livre « Grenz brigade 5 1938-1988 » Baden Verlag ISBN 3-85545-029-3

Crestawald: fort d’artillerie de Crestawald

Défense Aérienne Passive St-Maurice Groupe de Lavey

Ouverture du Fort de Pré-Giroud à Vallorbe article publié dans le journal Construire de la Migros en 1988

Festungskonzeption 2010 article sur ce que devait être la fortification suisse vers 2010, il est à remarquer que seul le programme de construction des lance-mines s’est vu réalisé dans son ensemble !
« Les gardes-forts », par Jean-Claude Chaperon, au début des années 1980

Extrait de l’article sur les frontières suisses paru dans la revue GEO n°358 de décembre 2008 Contrairement à ce qui est écrit dans la 1ère page, les blocs antichar toblerones ne sont pas reliés entre eux par des chaînes enterrées et la photo est prise dans la Vallée du Rhône à St-Maurice.

https://app.box.com/s/afevvwzwzxr44av0wckf6i1433dqpxnr règlement technique n°19 matériel accessoire pour l’armement des ouvrages fortifiés d’infanterie 

https://www.box.com/s/lrmg048ouq4jq40kz37l règlement technique n°24 le canon ach de forteresse de 24mm

https://www.box.net/shared/jl54hau8kg
formation pour mitrailleuse 7,5mm 1951 sur affût de forteresse

https://www.box.net/shared/fxz6tlc9q9
formation pour canon antichar 9cm 1950/57 sur affût à flasques

https://www.box.net/shared/yzr0lgbhvn
projecteur BZ 1500

https://www.box.net/shared/i81p0v9uur
abri antiatomique ASU

https://app.box.com/s/h1m5gez1r479ph3b6tp2g8ysmwg0u37l armement de Savatan-Dailly 1910

https://www.box.net/shared/v45xyfguvc brève histoire de l’artillerie de forteresse suisse par J-J Rapin (les éléments en rouge ont fait l’objet d’une correction par rapport au document original page 120)

https://www.box.net/shared/h901s0tiyx Les origines de la fortification du St-Gothard par Walter Lüem RMS mai 1992

https://www.box.net/shared/t2eve18s96 extraits du journal de la cp fort II-2 Dailly 1972

https://www.box.net/shared/71deyhvdg8 espionnage allemand en Suisse durant la 2ème guerre mondiale

https://www.box.net/shared/4t3ig7sqej extraits du rapport du chef EMG 1946

https://app.box.com/s/98mopazzjymri027byws4uqx5ggwndzn règlement sur le service des gaz dans les ouvrages fortifiés Edition provisoire 1943

https://app.box.com/s/btniduxv10v91qt4d6iq5alvp77pbqw6 règlement technique n° T263f protection collective par abris étanches et par masques dans les ouvrages fortifiés Edition provisoire 1944

https://app.box.com/s/so5vccj3beo9zqhgg988ig6e1r1vsy0b Le tir avec les armes de fortins Edition provisoire 1944

https://app.box.com/s/t5zgkugq2z65gp11x1qygh35o062vxa2 brochure éditée pour le réveillon 1984, réalisée par notre AMI Alexandre,  membre créateur et secrétaire de l’APSF. Ce travail créé avec passion est un hommage à cet Être cher qui nous a quittés beaucoup trop vite… emporté par la maladie le 19 mai 2013. Le fichier contient en plus de la publication originale, quelques bonus et des travaux produits ensuite.

https://app.box.com/s/069kkez7n0n4am9lzntgmfed5b8offll ancien appareil à oxygène

Extraits du rapport du Général à l’assemblée fédérale sur le service actif 1939-1945 (datant de 1946)

Le Commandant en Chef de l’Armée.                    Quartier Général de l’Armée, le 12 juillet 1940.

SECRET

Note concernant le nouveau dispositif de défense.

I. Par sa lettre du 2.7.40, le Conseil fédéral m’a confirmé ses instructions du 31.8.39:
« sauvegarder l’indépendance du Pays et maintenir l’intégrité du territoire en mettant en oeuvre tous les moyens militaires appropriés ».

Le dispositif que j’ai appliqué pendant la première phase de la guerre visait à défendre la plus grande partie du territoire national. Il comportait deux échelons :

– les troupes frontière, appuyées à des fortifications permanentes et de campagne, et résistant sur place ;

– la position d’armée, sur laquelle s’exerçait l’effort principal de la défense, et que tenaient, sans esprit de recul, les gros de nos forces.

Le tracé de cette position était jalonné généralement par Sargans-Wallensee-Canal de la Linth-Lac de Zurich-Limmat-Jura argovien, bâlois, bernois et neuchâtelois-Lac de Neuchâtel-Mentue-Lac Léman.

En cas d’agression d’un des belligérants, je pouvais escompter qu’une aide nous serait apportée, automatiquement, par son adversaire, et que notre capacité de défense s’en trouverait renforcée et prolongée.

II. Cette situation s’est modifiée progressivement à la suite de la diminution et de l’effondrement de la résistance française, puis de l’entrée en scène de l’Italie aux côtés de l’Allemagne.
Dès lors, ce n’était plus sur un ou deux fronts que nous risquions d’être attaqués, mais sur tous les fronts, et ceci d’autant plus que la saison autorisait les opérations en haute montagne.
Enfin, nous ne pouvions plus compter sur l’aide d’un allié éventuel.

Aux besoins de la situation nouvelle a répondu la remobilisation du 11 mai, puis un remaniement de notre dispositif qui s’est traduit par l’extension progressive de notre effort défensif à des fronts nouveaux en réponse au développement de la menace.

III. La signature de l’armistice est venue, une fois de plus, modifier la situation extérieure. Celle-ci m’inspire aujourd’hui l’appréciation suivante :

Si, d’une part, l’Allemagne et l’Italie n’ont pas intérêt à provoquer de nouveaux conflits aussi longtemps qu’elles ne sont pas venues à bout de la résistance anglaise, d’autre part, les voies de communication directes qui traversent nos Alpes présentent, pour la première de ces puissances en tout cas, un intérêt indiscutable. Celle-ci pourrait donc être amenée à exercer sur la Suisse une pression économique, politique et même militaire, pour obtenir libre usage de ces voies de communication.

Ainsi, les exigences allemandes pourraient, tôt ou tard, devenir telles qu’elles seraient inconciliables avec notre indépendance et notre honneur national. La Suisse ne parviendra à échapper à la menace d’une attaque allemande directe que si le haut commandement allemand, dans ses calculs, considère qu’une guerre contre nous serait longue et coûteuse, qu’elle ranimerait, inutilement ou dangereusement, un foyer de luttes au centre de l’Europe et gênerait l’exécution de ses plans.

Dès lors, l’objet et le principe de notre défense nationale sont de démontrer à nos voisins que cette guerre serait une entreprise longue et coûteuse. Si nous devons être entraînés dans la lutte, il s’agira de vendre notre peau aussi cher que possible.

IV. À cette appréciation nouvelle, dans le cadre d’une mission inchangée, correspondent des décisions nouvelles.

Une démobilisation partielle a été effectuée le 7 juillet. J’estime que des mesures de démobilisation plus complètes ne sauraient être envisagées pour 1e moment, sauf en ce qui concerne une partie des troupes légères, dont les chevaux doivent revenir à l’agriculture pour le temps des moissons.

L’articulation do notre dispositif de défense en deux échelons

– troupes frontière et position d’armée — est-elle encore justifiée ?

– Troupes frontière : sans aucun doute ; leur valeur s’est accrue au cours des mois de service actif en même temps que leurs travaux de fortifications se sont développés.

– Position d’armée : elle offre deux avantages principaux :

– elle couvre une partie essentielle du territoire national, avec les ressources qui s’y trouvent

– elle comprend de solides organisations, maintenant presque achevées, et pour lesquelles d’importantes dépenses ont été consenties.

En revanche, telle qu’elle était conçue et occupée jusqu’ici, cette position présentait des inconvénients et des risques. La nécessité de parer à une attaque sur tous les fronts à la fois m’impose une nouvelle répartition des moyens, qui implique une diminution de la densité d’occupation.

De plus, en présence des méthodes de combat modernes, et, notamment, des engins blindés, notre position d’armée risquait d’être prise à revers ; si j’y concentrais le gros de nos moyens, même avec une densité moindre, leur action risquait de se trouver compromise par l’effet d’une menace ou d’une irruption sur ses flancs ou ses arrières.

V. J’ai pris la décision suivante : la défense du territoire s’organisera suivant un principe nouveau, celui de l’échelonnement en profondeur.

A cet effet, j’ai institué trois échelons de résistance principaux, complétés par un système intermédiaire de points d’appui.

Les trois échelons de résistance seront :

– les troupes frontière, qui conserveront leur dispositif actuel;

– une position avancée ou de couverture, qui utilisera le tracé de la position d’armée actuelle entre le lac de Zurich et le massif du Gempen et qui se prolongera par un front ouest, jalonné généralement par le Jura bernois et neuchâtelois-Morat-la Sarine jusqu’à la trouée de Bulle;
– une position des Alpes ou réduit national qui sera flanquée, à l’est, à l’ouest et au sud, par les forteresses, englobées, de Sargans, de St-Maurice et du Gothard.
……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..
Les missions dévolues à ces trois échelons de résistance seront les suivantes :

– celle des troupes frontière sera maintenue;

– la position avancée ou de couverture barrera les axes de pénétration vers l’intérieur du pays;

– les troupes de la position des Alpes, ou réduit national, tiendront, sans esprit de recul, avec des approvisionnements constitués pour une durée maximum.

Entre ces trois échelons, le système défensif intermédiaire comportera des points d’appui de défense antichars, constituant autant de réduits ou de nids de résistance, gardés sur tous les fronts. Leurs méthodes de combat s’inspireront de celles de la guérilla, ainsi que des plus récents enseignements de la guerre.

En cas d’irruption de blindés à l’intérieur de nos positions, la défense antichars devra être assumée ou reprise à n’importe quelle profondeur, avec la même efficacité et la même rapidité.

En plus de ces points d’appui, le système de défense intermédiaire comportera un jeu profond de destructions, qui sera complété dans la zone comprise entre la position de couverture et le réduit national.

Cette défense intermédiaire sera dévolue, suivant les zones :

– à des détachements légers ;

– à des troupes territoriales mobilisant dans la région et agissant en coopération avec les gardes locales.
……………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………….

VI. Ce nouveau dispositif de défense aura pour conséquence inévitable le maintien sur place de la population civile. Des évacuations partielles pourront, sans doute, être ordonnées par le commandement local suivant les circonstances.

Mais il importe avant tout que la population ne reflue, eu aucun cas, vers le réduit national, où elle compromettrait le succès des opérations et ne disposerait pas d’approvisionnements suffisants.

VII. La mise en oeuvre du nouveau dispositif comportera diverses opérations :

– regroupement partiel des internés ;

– regroupement simultané des unités d’armée dans les zones avoisinant le réduit national, où l’instruction sera entreprise selon les enseignements les plus récents ;
– regroupement des troupes destinées à la position de couverture

– travaux de fortification sur la position du réduit national.

VIII. Le nouveau dispositif pourra être achevé au début du mois d’août.

En dépit des difficultés que cette opération comporte, toutes mesures utiles seront prises pour assurer la continuité de la défense pendant cette période de regroupement.

FORTIFICATIONS ET DESTRUCTIONS

Par « mise en état de défense », j’entends ici l’ensemble des mesures de fortification, d’une part, allant de la forteresse permanente à la simple barricade antichars, et de destructions, d’autre part, toutes mesures par lesquelles l’art complète la valeur naturelle du terrain et la remplace où elle fait défaut.

J’avais à considérer d’abord les éléments de fortification déjà existants et dont on peut dire qu’ils ne répondaient pas à une conception d’ensemble, qu’ils ne formaient pas un système complet. On a pu adresser aux solutions adoptées par nos voisins (Lignes Siegfried et Maginot) des critiques plus ou moins fondées il n’en reste pas moins que c’est sur leur existence, complète ou même incomplète, que la manœuvre stratégique des armées allemande et française se fonda au début des hostilités. Que cette conception ait paru justifiée ou non par la suite des événements, il importe assez peu : ces lignes fortifiées jouèrent leur rôle en ce sens qu’elles autorisèrent d’abord, de part et d’autre, une certaine économie des forces.

Il n’en allait pas de même pour nous. Les éléments dont nous disposions à l’époque étaient les forteresses, anciennes mais modernisées, de St-Maurice et du Gotthard, et la forteresse moderne de Sargans, en voie d’achèvement. Pièces isolées, elles remplissaient leur fonction traditionnelle, qui était, pour St-Maurice, le barrage, à la frontière du sud-ouest, de la vallée du Rhône; et pour Sargans, le barrage, à la frontière de l’est, de la vallée du Rhin en son confluent avec celle de la Seez ; autrement dit, le barrage de deux portes d’accès aux régions montagneuses et à une partie du plateau suisse. Situées au centre d’une des régions les plus inaccessibles du pays, les fortifications du Gotthard s’opposaient à une traversée des Alpes centrales en diverses directions. Ces fortifications étaient l’héritage de conceptions et de plans anciens, mais toujours valables, et leur extension dans le cas particulier de Sargans.

A la frontière, nous disposions d’un système encore inachevé qui procédait d’une décision contemporaine des conceptions de la ligne Siegfried et de la ligne Maginot. La situation générale de 1933 et des années suivantes nous avait incités, en effet, à rendre notre frontière plus étanche, afin de mieux assurer la couverture de notre mobilisation. Commençant par les fortins de l’extrême frontière, nous avions construit, dans la suite, certains ouvrages plus importants destinés à battre les voies d’accès qui paraissaient les plus dangereusement ouvertes ; puis nous avions édifié des barrages antichars dans les intervalles les plus exposés. Ces travaux devaient être réalisés selon un ordre d’urgence qui débutait au front nord, où l’obstacle naturel du Rhin semblait relativement faible contre les entreprises éventuelles d’un voisin qui, d’année en année, reconstituait sa puissance militaire. Dans le nord-ouest et l’ouest, l’effort se limitait, provisoirement, à quelques ouvrages qui barraient les principales voies de pénétration à travers le Jura. Le système était, presque toujours, linéaire; mais, par sa combinaison avec le dispositif des troupes frontière nouvellement créées, on obtenait, ici et là, une certaine profondeur tactique.

On voit ce que nos ouvrages frontière, encore inachevés pour une part en 1939, offraient encore de précaire et, tout de même, de précieux. Si nos troupes frontière figuraient, en un sens, leur garnison intérieure et extérieure, ces ouvrages, même incomplets, permettaient à la troupe de constituer des points d’appui, et venaient, dans une mesure appréciable, renforcer l’armement des unités destinées à briser les premières vagues en combattant sur place.

Mais, encore une fois, le système était incomplet; et, lorsque l’armée fut mobilisée en septembre 1939, les tâches primordiales qui lui incombèrent alors, la nécessité de construire au plus tôt d’autres ouvrages de fortification, le manque de main d’œuvre et de matériel et, enfin, les rigueurs de la saison d’hiver, nous empêchèrent de compléter nos fortifications de la frontière au rythme qu’il eût fallu.

En effet, à partir du moment où le principe d’une position d’armée fut acquis — position sur laquelle le gros de nos troupes de campagne devait résister « sans esprit de recul » —, il s’agissait, en première urgence, de mettre cette position en état de défense. Déjà apparaissait ainsi la relation de cause à effet qui, jusqu’à la fin de la guerre, ne cessera d’inspirer nos principales mesures de fortification; c’est de nos grandes décisions stratégiques que procédera avant tout celle de porter ici ou là l’effort de la construction ou celui de la destruction, tandis qu’à l’inverse, la fortification, achevée ou seulement projetée, exercera, suivant les secteurs et les époques, une certaine influence sur le tracé de nos fronts. Cette relation de cause à effet explique dans une large mesure les variations que l’on peut relever dans la disposition de nos ouvrages et la diversité de leur type. Elle explique aussi, en partie, ce que l’on a pu considérer comme un manque d’unité de doctrine en matière de fortification.

Il s’agissait donc de mettre au plus tôt l’armée de campagne en mesure de tenir, dans les meilleures conditions, la position d’armée définie plus haut. Elle s’appuyait à des obstacles naturels de valeur très inégale: plans d’eau larges ou étroits, inondations à tendre, localités à mettre en état de défense, système de collines au relief plus ou moins accentué selon qu’elles participaient du Jura ou du « Plateau ».

D’une alerte à l’autre, le temps pressait ; l’hiver s’annonçait rigoureux. Pour renforcer nos compagnies de sapeurs, des unités entières furent mises au travail sur les fronts les plus importants elles manièrent la pelle, la pioche et la bétonneuse. Très naturellement, les conceptions varièrent avec celles des officiers du génie qui servaient de conseillers techniques au fantassin ou au cavalier. Car la grande difficulté provenait alors de ceci : dans les deux seules campagnes d’où nous tirions nos premiers enseignements, celle de Pologne à l’automne et celle de Finlande en hiver, la fortification n’avait joué aucun rôle décisif, et les leçons principales que nous en tirions valaient surtout pour la manœuvre en terrain libre. Aucun enseignement récent ne pouvait indiquer quels types de fortins et d’obstacles antichars, susceptibles d’être construits rapidement, seraient en mesure de briser les attaques des chars, qui apparaissaient déjà comme un élément capital de la décision; et il était difficile de savoir quels bétons résisteraient à des bombardements aériens dont l’efficacité n’était pas encore révélée. Comme le temps pressait, il paraissait plus utile de construire, même d’après des données provisoires ou des formules d’essai, plutôt que de chercher une doctrine unique, qui ne pouvait se fonder que sur la théorie.

En même temps que nous formions l’ossature d’une position d’armée, les ouvrages et les obstacles que nous construisions ainsi étaient appelés à donner dans la suite, si la situation stratégique se modifiait, une profondeur très appréciable aux positions de notre couverture frontière, notamment dans le Jura, d’Argovie à Soleure.

Parallèlement et à partir du moment surtout (novembre 1939) où mes « Instructions sur la conduite du combat défensif » prescrivirent une action retardatrice entre la frontière et la position d’armée, nous commencions à préparer un jeu de destructions, à former le personnel, à rassembler les moyens nécessaires à cette spécialité, que nous devions considérer à l’égal d’une arme nouvelle.

*

* *

A la fin de juin 1940, lorsque je décidai d’appliquer notre effort principal à la défense du réduit, j’ordonnai qu’on arrêtât les travaux projetés sur l’ancienne position d’armée et qu’on se bornât à achever certains ouvrages en cours.

Une tâche essentielle s’imposait d’urgence : la mise en état de défense du réduit. Mais avant de l’exposer, je montrerai ici la perspective soudaine où notre manœuvre défensive faisait apparaître nos fortifications permanentes. J’ai dit que, pour arrêter le tracé du front, j’avais dû choisir entre diverses variantes : l’une qui me donnait un réduit de dimensions limitées, où je pouvais obtenir une plus forte densité d’occupation; l’autre, plus étendu, qui englobait nos trois grandes forteresses de Sargans, du Gotthard et de St-Maurice. Ce dernier argument joua un rôle déterminant dans ma décision. Dès lors, les trois grandes forteresses n’apparaissaient plus seulement comme les puissants barrages de vallées ou de directions stratégiques importantes. Elles devenaient les principaux piliers du système, entre lesquels nous pourrions en construire d’autres; et l’un d’eux, le Gotthard, devenait la citadelle, c’est-à-dire le centre de résistance suprême, en même temps que le poste de commande central des voies transalpines dont nous devions garder le contrôle. Si ces grandes forteresses n’avaient pu être englobées dans le réduit, si elles avaient été abandonnées à leurs propres moyens de défense, nous aurions perdu, à l’intérieur du réduit, certaines possibilités de manœuvre et l’espace nécessaire à l’économie d’une résistance durable.

C’est alors que les forteresses de Sargans, du Gotthard et de St-Maurice nous apparurent, au Chef de l’Etat-Major Général et à moi, non plus seulement dans leur valeur individuelle, mais comme les pièces maîtresses d’un seul et même système cohérent, et que nous conçûmes l’impérieuse nécessité de les moderniser, de les compléter et de les relier entre elles. Ce faisant, nous eûmes d’emblée la certitude d’accomplir une oeuvre d’intérêt immédiat, tout ensemble, et une œuvre utile à longue échéance. En eussions-nous douté que l’espionnage allemand, qui s’appliquait, dès l’été 1940, à nos fortifications achevées ou commencées, se fût chargé de nous ouvrir les yeux.

Pour la mise en état de défense du réduit, qu’il s’agissait d’entreprendre au plus tôt sous la menace presque constante d’une agression générale, l’ordre d’urgence nous était dicté par le terrain et, dans une certaine mesure, par la saison. C’était incontestablement au front Nord, celui que jalonnaient les versants des Préalpes, que devait s’appliquer notre premier effort, et, singulièrement, à l’ouverture de ces vallées et de ces lacs que nous appelions, dès lors, les « grandes portes » du réduit.

Le rapport du Chef de l’Etat-Major Général de l’Armée indique, autant que la conservation du secret l’y autorise, les caractéristiques des ouvrages qui furent construits à cette époque. Les nouveaux forts donnaient à nos corps d’armée et à nos divisions le soutien d’une puissante artillerie, pouvant tirer dans toutes les directions. Le rapport explique aussi la relation qui s’établit entre le nombre des armes et l’importance des installations. Il mentionne enfin les perfectionnements qui furent apportés aux trois grandes forteresses.

La tâche de construction se présentait avec une telle ampleur, dès ce début de l’été 1940, et, dans l’hypothèse même où nous serions épargnés durant la belle saison, les semaines paraissaient si brèves jusqu’au retour de l’automne en montagne, que la tâche de dresser des plans et de construire dut être décentralisée et, dans une large mesure, déléguée aux corps d’armée et aux divisions. Cela comportait, sans doute, des inconvénients évidents, des différences de doctrine et des tâtonnements. Mais d’abord, le personnel et les moyens manquaient pour accomplir cette œuvre comme une seule et même entreprise centralisée ; et ensuite, il était juste que les commandants des grandes unités fussent responsables d’ajuster au mieux leur dispositif tactique et la mise en état de défense du terrain. Ceci valait surtout pour les ouvrages courants. Les ouvrages importants incombaient, bien entendu, aux organes relevant du Chef du Génie de l’Armée.

Pour expliquer la diversité des solutions qui furent adoptées d’une grande unité à l’autre, il faut considérer aussi que les premières d’entre elles s’installèrent dans le réduit au début de l’été 1940 et dressèrent sans retard leurs plans de fortification, tandis que les dernières y furent installées dans le courant de 1941 seulement, alors qu’on pouvait déjà tirer des leçons plus complètes sur le rôle de la fortification dans cette guerre.

Enfin et surtout, le front nord du réduit présentait de grandes différences d’un secteur à l’autre; et il est certain que la même doctrine ne pouvait s’appliquer uniformément à la chaîne du Stockhorn ou à la région des lacs de Zurich et de Zug. En revanche, malgré ces différences, la construction devait être poussée partout au rythme le plus rapide. Je dus intervenir, ici et là, auprès de certaines unités d’armée dont les « bureaux de construction » s’accommodaient d’une cadence trop lente.

Tandis que les travaux suivaient leur cours dans les Alpes, je devais veiller à ce que notre système de fortification fût complété dans certaines zones extérieures au réduit. Quelle valeur conservait, en effet, notre système frontière s’il présentait des solutions de continuité et s’il subsistait, par exemple, à l’ouest, certaines portes béantes au moment où ce front présentait un caractère menaçant ? On pouvait comprendre, dans une certaine mesure, que les commandants de grandes unités attachassent plus ou moins d’importance à la fortification suivant leur tempérament, leur formation et suivant le secteur qu’ils avaient à défendre. Mais une fois le principe établi, la fortification, avec une densité qui pouvait varier, devait former au moins un système logique. C’est pourquoi j’intervins très énergiquement pour faire aveugler ces brèches qui risquaient de compromettre dans son ensemble la mission des troupes frontière.

Enfin, il fallait lutter contre un autre danger: si nous portions, avec raison, l’effort principal des travaux d’abord aux points de passage obligés, nous n’avions pas le droit, pour cela, de négliger les intervalles et, notamment, les zones où une infanterie étrangère spécialisée, entraînée à la guerre de montagne et très agressive, pouvait s’infiltrer à l’aide de ses nouveaux engins. Dans ces zones-là, il n’était pas question, c’est évident, de construire une chaîne de fortins; mais il fallait au moins organiser le champ de bataille à l’aide d’obstacles et en aménageant des abris qui, seuls, donnaient à la troupe la possibilité de résister aux bombardements aériens, de vivre et de durer.

Entre tous ces travaux, les différences de catégories ou de types, auxquelles certains techniciens avaient tendance à donner beaucoup d’importance, n’avaient qu’une valeur relative. Il fallait considérer, je le répète, tous les travaux, de la fortification permanente au simple abatis, comme les aspects divers d’un plan unique, les éléments d’un seul et même champ de bataille, que nous avions la chance de pouvoir choisir et organiser à l’avance.

Pour cela, nul doute que c’était le tacticien qui devait jouer le rôle de chef, et le technicien, celui de conseiller et d’exécutant. Cette conception élémentaire ne s’imposa pas toujours avec toute la netteté désirable. La faute en revenait le plus souvent aux commandants qui avaient abdiqué trop tôt ou trop complètement devant leur chef du génie. Mais il y avait là, aussi, un effet de la tendance générale que je relève dans le chapitre consacré à l’appréciation des cadres.

A partir du moment (1941) où, abandonnant la « position avancée », je ramenai toutes nos grandes unités dans le réduit, l’action retardatrice incomba aux seules troupes légères soutenues par des éléments territoriaux. Le jeu des destructions préparées apparut alors avec une importance plus grande encore. Toutes les leçons de la guerre venaient le confirmer. Nous fûmes ainsi amenés à multiplier le nombre des destructions dans une zone qui commençait à la frontière et s’étendait en profondeur, sans solution de continuité, jusqu’à l’intérieur de nos positions du réduit. Il arriva même que, dans certaines régions du Plateau où nos éléments légers ne disposaient que de faibles moyens, l’action retardatrice se fonda avant tout sur la manœuvre des destructions.

Je ne mentionne ici que pour mémoire le rôle politico-militaire, déjà exposé, que jouèrent les destructions préparées de nos grands passages transalpins, dès l’organisation du réduit jusqu’à la fin de la guerre.

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Cependant, à mesure que nous approchions du dénouement de la guerre en Europe, nous étions obligés d’envisager la possibilité, pour l’armée, de sortir du réduit et de se battre en terrain ouvert. C’est pourquoi nous avons, non seulement conservé, entretenu et modernisé les principaux ouvrages de la position de la Limmat, mais aussi ceux qui jalonnaient, moins fortement en vérité, notre ancienne « position avancée » à l’ouest, entre le Jura et les Alpes, par la région de Morat et le cours de la Sarine. Je n’avais pas d’illusions sur la valeur de ces ouvrages pour une résistance de longue durée, mais je considérais qu’ils offriraient momentanément un soutien appréciable à nos forces si elles étaient obligées de se battre en rase campagne.

Les travaux accomplis en Ajoie pendant l’automne 1944 ne représentaient que la mise en état de défense élémentaire d’un territoire mal protégé par la nature.

Enfin, le rapport du Chef de l’Etat-Major Général de l’Armée mentionne les mesures qui furent prises pour la protection des installations sur le cours du Rhin à la fin de 1944, et, autant que la conservation du secret militaire l’y autorise, celles qui furent prises contre la rupture des barrages de nos lacs alpestres.

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Si je considère aujourd’hui l’oeuvre accomplie de 1939 à 1945 en matière de fortification et destructions et les dépenses qu’elle exigea, je reste persuadé, comme je l’ai été à tout moment, que cette oeuvre était nécessaire. Je suis certain qu’elle sera utile et même indispensable à l’avenir, aussi longtemps que nous serons obligés de compter avec toute entreprise de forces terrestres et aériennes. Plus que cela: notre système de fortification, basé sur la force naturelle du terrain, ne formant qu’un avec lui, sera peut-être un des seuls systèmes, un des seuls principes de défense susceptibles de résister aux nouveaux moyens révélés à la fin de cette guerre. Sans l’existence de ce système, la notion d’une force armée suisse, quelle que soit sa formule, paraît inconcevable. Or, nous possédons ce système et nous le devons en partie, comme je l’ai montré, au service actif et aux grandes décisions stratégiques qui furent prises à cette époque. C’est là un précieux héritage. Mais cet héritage ne gardera sa valeur que si nous le considérons, non pas comme un matériel « magasiné », mais, en quelque sorte, comme un organisme vivant. Le béton, si épais, si résistant soit-il, et le roc lui-même ne vaudront que dans la mesure où les armes qu’ils abritent seront les meilleures, dans la mesure où les installations seront perfectionnées au rythme du progrès.

Enfin et surtout, il faut avoir le courage de le reconnaître: considéré par rapport aux besoins généraux de notre défense nationale, ce système n’est pas complet. Le fait même qu’il garantissait au mieux, hier encore, la mise en place de notre armée dans le réduit n’est pas suffisant en soi. Si nous voulons être logiques, nous devrons le compléter par un ou plusieurs systèmes fortifiés qui serviraient de base aux opérations de notre armée hors réduit. Pour cela, les deux positions de la Limmat et de la Sarine et les ouvrages construits dans le Jura du Hauenstein ne suffisent pas, ni sur le plan stratégique, ni par leur valeur technique. Il appartient aux chefs responsables de notre défense future de chercher quels sont, dans les zones d’importance décisive de notre « Plateau », le ou les secteurs dont une fortification judicieuse pourrait faire soit les môles de positions de résistance orientées diversement, soit le pivot de telle ou telle manoeuvre.

Car il faut bannir toute illusion : notre armée de milices, à laquelle deux grandes guerres mondiales ont épargné le baptême du feu, ne sera jamais en mesure d’affronter avec succès, en rase campagne, le premier choc d’une armée étrangère de métier, si la valeur du terrain auquel elle s’appuie n’est pas renforcée.

L’importance et la valeur de nos forteresses (1966)

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voir les photos de l’article

par le colonel M. Matter, paru dans « L’Armée Suisse aujourd’hui », Editions Ott Thoune 1966


Les historiens ont pu prouver qu’aux temps primitifs déjà l’homme se défendait contre des surprises et des attaques ennemies en créant des obstacles tout autour de sa maison et de sa colonie. Ces renforcements du terrain étaient encore très simples: haies d’épines, palissades, murs de pierres, fossés remplis d’eau, etc. Nous savons aujourd’hui qu’à certaines époques les hommes vivaient dans des cavernes, sur les arbres ou dans des habitations lacustres pour se protéger contre des ennemis éventuels. Au cours des siècles la population est devenue de plus en plus nombreuse et les ressources des hommes se sont développées. Les armes par exemple, qui servaient d’abord à la chasse, furent utilisées par la suite pour se combattre et s’anéantir réciproquement. En même temps se développèrent les moyens de défense pour la guerre proprement dite. L’idée de la «forteresse» naquit sans aucun doute aux temps les plus reculés de l’histoire et n’est pas une invention de l’époque moderne.
Tandis qu’au moyen âge, on pouvait encore trouver refuge dans des châteaux forts ou des citadelles protégés par des enceintes, des fossés ou des remparts, seules de puissantes forteresses peuvent suffire de nos jours. Nous avons reconnu depuis longtemps la nécessité des fortifications, soit sous forme de forts isolés ou de régions fortifiées. Toutefois la fortification n’est pas seulement un moyen utilisé par les petits Etats pour protéger leur territoire; ce furent d’abord les grandes armées qui surent apprécier les avantages des fortifications et en tirer profit. De tous temps, les Etats puissants s’efforcèrent de posséder, outre de fortes armées de campagne, des fortifications étendues pour parer à toute éventualité sans toutefois renoncer à conserver l’initiative.
Nos propres forteresses ne servent pas de base pour déclencher une offensive; elles ont été au contraire construites pour défendre nos frontières contre toute attaque et pour sauvegarder notre neutralité, c’est-à-dire pour montrer aux pays étrangers que nous sommes prêts à défendre notre liberté, notre indépendance et nos frontières contre quiconque. Si l’on veut vraiment se défendre avec efficacité, on ne doit pas s’imaginer que les forteresses, une fois construites, peuvent être abandonnées à leur sort. Au contraire, elles doivent être sans cesse adaptées aux progrès de la technique et aux exigences des armes modernes; par conséquent, elles doivent être continuellement améliorées. Doivent aussi être considérées comme armes modernes les armes chimiques, biologiques et nucléaires. Une forteresse qu’on ne modernise pas dans tous ces domaines, vieillira très vite et ne pourra guère accomplir sa tâche au moment donné. Des erreurs pareilles ont été commises à l’étranger dans certains cas, parce que l’on croyait pouvoir exécuter en peu de temps les travaux négligés.
L’idée d’une fortification moderne en Suisse naquit au cours des trente premières années du 19e siècle. Par la suite, on construisit les forteresses de St-Maurice, de la Luzisteig, du St-Gothard et d’autres encore. Après la première guerre mondiale, les travaux de fortification furent pratiquement interrompus, pour ne reprendre qu’en 1936 en vue de développer et de moderniser nos ouvrages. Il s’agissait alors avant tout de fortifier nos frontières en temps de paix déjà, bien que selon certains optimistes la fortification de campagne, construite à la mobilisation, eût été suffisante. L’expérience a toutefois clairement prouvé que la fortification de fortune ne pouvait plus répondre aux exigences du combat moderne. D’une part, elle ne protège pas assez le combattant et le matériel contre les effets du feu ennemi; dès le début nous aurions à subir des pertes énormes en hommes et en matériel. D’autre part, la deuxième guerre mondiale a prouvé suffisamment qu’un agresseur ne laissera pas à son adversaire le temps nécessaire pour construire en toute tranquillité un système de fortifications étendu. Enfin, il y a lieu de préciser qu’un système de défense construit avec des moyens de fortune, même si nous avons le temps de le créer, ne fournira jamais à un commandant une base de décision suffisante; en effet, les avantages d’un système de fortifications permanentes feraient précisément défaut au moment où on en aurait le plus urgent besoin. Le seul avantage de la fortification de campagne est d’éviter des dépenses en temps de paix; on court toutefois le risque avec cette solution de tout perdre en temps de guerre. Malgré ces considérations nous ne voulons nullement contester la valeur de la fortification de campagne. Elle constitue un moyen précieux et peut servir, notamment dans une région fortifiée, comme abri pour la défense extérieure mobile. Au début de la deuxième guerre mondiale, nous disposions de deux forteresses modernes: St-Maurice et St-Gothard; celle de Sargans était quasi terminée et le long de nos frontières, un système de fortifications était également en construction ou presque terminé.
Pendant le service actif, ce système fut renforcé et étendu surtout en profondeur. C’est ainsi qu’une zone fortifiée fut constituée tout autour de la Suisse. En outre, les fortifications du réduit ont été construites pendant les années 1941-1945, tenant compte de la situation politico-militaire de 1940/41, situation qui pourrait sans autre se représenter à l’avenir. Depuis lors, nous n’avons pas cessé de développer notre système fortifié. En premier lieu, nous avons achevé les ouvrages importants commencés pendant la guerre; en outre, certains secteurs ont été pourvus de puissantes armes modernes et les installations techniques ont été améliorées et complétées. Tenant compte des expériences de la guerre, on a construit un grand nombre d’importantes installations souterraines servant à la fois à l’économie et à la défense nationale. Actuellement, nous possédons un réseau de fortifications très dense, dont nous pouvons non seulement être fiers mais en qui nous pouvons avoir toute confiance.
Nous savons que pendant la guerre de nombreuses forteresses importantes sont tombées entre les mains de l’ennemi. On s’est par conséquent demandé, surtout après les événements des années 1939 à 1945, si, lors d’une guerre future, il fallait encore accorder une certaine importance à la fortification ou s’il n’était pas plus judicieux de réserver à l’armée de campagne les crédits prévus pour les ouvrages fortifiés. Actuellement, on peut constater que précisément les Etats pour qui les fortifications ne semblaient jouer qu’un rôle secondaire ont commencé à construire de nouvelles lignes fortifiées ou à moderniser les ouvrages existants. Il semble que ce développement résulte d’une part de la nécessité de se protéger et de se couvrir sur des fronts menacés et se fonde d’autre part sur les expériences de la guerre qui ont montré les moyens considérables nécessaires pour percer par exemple les fortifications de l’Atlantique ou la ligne Siegfried. Il fallut des mois pour préparer l’attaque, et l’organisation chargée du ravitaillement prit des proportions gigantesques. Certes, l’une ou l’autre forteresse a succombé, mais de nombreux forts ont résisté héroïquement. Un examen approfondi des causes de la chute d’un ouvrage fortifié prouve cependant que la fortification en soi n’a pas failli. On peut donc prétendre en toute franchise que nous ne saurions imaginer notre pays sans ses fortifications qui prouvent indubitablement à l’étranger que nous sommes bien décidés à défendre notre territoire avec tous les moyens disponibles. L’importance de nos fortifications est encore illustrée par le fait que nous les entretenons sans cesse et que nous veillons à ce qu’elles répondent aux exigences les plus modernes.
Les causes amenant la chute d’une forteresse résident quelquefois dans le fait que l’on imposait des tâches qu’elle n’était nullement à même de remplir. En outre, une garnison mal conduite et n’ayant pas reçu une bonne instruction ne pourra jamais être à la hauteur de sa tâche. Les fortifications de l’Atlantique de même que la ligne Siegfried n’auraient jamais succombé si rapidement si elles avaient été dotées au moment décisif d’un nombre suffisant de troupes défensives de premier ordre. Il y a lieu de relever en outre que la chute d’une forteresse peut aussi être due au manque de troupes mobiles de la défense extérieure. Nous savons que dans certains cas on avait renoncé aux troupes mobiles, de sorte qu’il n’y avait personne pour combattre un ennemi qui s’était infiltré entre les ouvrages. La troupe de forteresse seule ne pourrait jamais gagner une bataille; la collaboration de toutes les armes est absolument nécessaire. Dans nos conditions, la forteresse, les troupes terrestres et l’aviation constituent les éléments de la conduite du combat. Il est clair qu’une garnison se caractérisant par un moral élevé et conduite par un commandant expérimenté, peut jouer un rôle déterminant dans l’évolution du combat. Prenons comme exemple le fort de Verdun dont la garnison a non seulement immobilisé l’agresseur, mais a influencé d’une façon décisive l’issue de la bataille.
En considérant les buts d’une attaque contre notre pays, nous pouvons constater combien avait été judicieuse la conception consistant à fortifier et à renforcer notre territoire par des ouvrages fortifiés proprement dits, par des barrages en béton ou en fer, par des mines ou par d’autres moyens. Il y a lieu de relever en outre que tous les ouvrages d’art, tels que ponts, tunnels, etc. furent préparés en vue de leur destruction. Grâce à ce renforcement du terrain nous avons obtenu une forte protection de tous les axes de pénétration, ce qui importait en tout premier lieu. En effet, on ne peut guère admettre qu’un agresseur cherchera à progresser dans un terrain impraticable ou particulièrement difficile. De tous temps on s’efforça d’occuper d’abord les communications et celles-ci resteront aussi à l’avenir l’objectif principal.
Les garnisons de nos ouvrages fortifiés jouissent d’une excellente instruction; elles sont en général recrutées dans les environs des ouvrages, de sorte que ceux-ci, notamment en ce qui concerne la zone frontière, sont occupés et prêts dans un délai minimum. De cette façon, nous empêchons un ennemi éventuel de troubler notre mobilisation sur notre territoire; en outre, comme les ouvrages sont immédiatement prêts à intervenir, nous pouvons gêner efficacement les desseins stratégiques de l’adversaire. Les projets d’une traversée ou d’une occupation de notre pays peuvent être ainsi sinon anéantis du moins freinés dans une forte mesure. Les ouvrages remplissent donc une mission importante: couvrir la mobilisation de l’armée de campagne. L’élan qui pousse tout agresseur au début d’une attaque sera ainsi sensiblement diminué lorsqu’il se verra en face d’un défenseur énergique et bien préparé. Grâce à nos fortifications et aux mesures prises dans ce domaine, nos frontières seront immédiatement protégées et leur violation ne pourra s’effectuer sans combat. Outre le renforcement général de notre défense, nos fortifications présentent encore d’autres avantages:
Les forteresses exigent la mise en oeuvre de forces relativement restreintes, autrement dit, on ne soustrait que peu de soldats à l’armée de campagne. La fortification constitue donc une compensation par rapport aux forces plus nombreuses de l’adversaire.
Les garnisons ainsi que les armes, les munitions, le matériel et les réserves de tous genres sont bien abrités. Même si le ravitaillement devait être réduit ou momentanément interrompu, le combat pourrait être poursuivi sans inconvénient.
Les excellentes installations techniques permettent de soutenir les troupes au dehors sans interruption, même de nuit ou par brouillard épais.
Les forteresses immobilisent des forces ennemies et, en collaboration avec les troupes mobiles, entravent les attaques prévues.
Grâce à un combat mené habilement depuis une position fortifiée que l’on ne peut atteindre même avec des armes puissantes, on infligera à l’ennemi de lourdes pertes.
Par leur seule existence, les forteresses influencent les décisions de l’agresseur, car si nos frontières n’étaient que peu ou pas fortifiées, l’ennemi serait beaucoup plus libre dans le choix de ses actions.
Les fortifications implantées le long de la frontière imposent à l’agresseur notre propre volonté.
Tels sont quelques uns des avantages que l’on peut retirer de nos fortifications. Elles servent en premier lieu au commandement militaire, ensuite aux garnisons et finalement à la population toute entière. Quoique nos forteresses ne soient pas en mesure d’empêcher des attaques aériennes à l’intérieur du pays, elles constituent tout de même une protection efficace du pays en cas d’attaques terrestres de la frontière.
A la fin du dernier service actif, on ne voua pas nos ouvrages à l’abandon; on se rendit compte au contraire que la fortification ne pouvait conserver toute sa valeur que si elle n’était ni démodée ni négligée. L’entretien des ouvrages fortifiés est assuré par un minimum de personnel spécialement instruit à cet effet. En outre, on accorde une grande importance à la modernisation des ouvrages; là où on le jugea nécessaire, on renforça l’armement afin d’obtenir une concentration de feu maximum dans tous les secteurs. Si nous considérons l’aspect technique de nos forteresses ainsi que les autres facteurs qui déterminent leur puissance tels que leurs garnisons bien entraînées, leur excellent matériel, etc., nous osons prétendre que nos ouvrages seront en mesure de remplir entièrement leur mission en
cas de danger. Nos fortifications, en partie habilement camouflées, ne manquent de rien: elles disposent de bonnes liaisons, d’installations techniques de haute valeur, telles que ventilation, climatisation, etc.; elles sont en outre dotées de réserves suffisantes en eau, vivres, etc. Il va de soi que tous nos ouvrages militaires ne sont pas seulement entretenus, mais aussi discrètement surveillés afin de les protéger contre le sabotage. Cette surveillance n’est pas seulement exercée par des militaires mais aussi par des organisations civiles. De cette façon, il est possible de contrôler sans cesse tous nos ouvrages militaires.
Le passé a prouvé que nos fortifications jouissaient à l’étranger d’une haute estime. Nous savons qu’elles ont joué un rôle essentiel dans les plans des belligérants. Toutefois, il serait dangereux d’en conclure qu’à l’avenir les forteresses resteront imprenables ou qu’elles seraient même en mesure d’arrêter une offensive ennemie. A cet effet, la collaboration et le soutien réciproque des troupes de terre et de l’air sont indispensables. Nous sommes en droit d’admettre qu’à l’avenir nos forteresses feront honneur à leur mission répondant ainsi à l’opinion exprimée par le général Guisan à la fin du dernier service actif:
«Sans l’existence de ce système, la notion d’une force armée suisse, quelle que soit sa formule, paraît inconcevable.»

Article Réduit National

Un coup d’oeil dans le Réduit national
(article tiré du livre sur le Général Guisan et la guerre de 39-45)

Depuis les temps les plus reculés, les hommes ont toujours rêvé de se réfugier dans les montagnes à l’heure du danger. La nature a eu soin d’y aménager des grottes et des ravins difficilement accessibles qui offrent, du moins passagèrement, repos, abri et secret. Il y a aussi le rêve merveilleux des contes légendaires: le portail qui s’ouvre dans le rocher pour découvrir le passage vers de mystérieux appartements souterrains.

La technique moderne de construction avec ses perceuses mécaniques, ses charges de dynamite, ses moteurs électriques et ses funiculaires, a réalisé ce rêve. Vu de l’extérieur, tout semble être tel qu’autrefois : rochers, pierriers et prairies en pente; dans un bosquet, un amas de fils de fer barbelés, un peu plus loin un barrage antichars. Un sentier pierreux serpente vers les hauteurs pour finir quelque part. Si l’on réussit à franchir le portail, on se retrouve à l’intérieur de la montagne, dans une galerie qui s’élargit en grande salle et se ramifie en couloirs latéraux. Au bout d’un moment, on perd le sens de l’orientation. Des lueurs de jour dans le lointain indiquent l’emplacement des canons.

Les installations principales de la forteresse alpine se trouvent au coeur de la montagne. Elles sont creusées dans le calcaire, le granit, le gneiss et la roche cristalline. Les constructeurs ont pensé à tout ce qui est nécessaire à la garnison d’une telle forteresse. Mais il est nullement prévu que les troupes attendent l’assaut sur place. Au contraire l’assiégeant sera énergiquement attaqué et repoussé. La forteresse demeure le retranchement sûr que le défenseur rejoindra après chaque sortie.

L’espace habitable est généralement étroit et modeste, mais l’eau et l’électricité sont installés partout. Des provisions de toute sorte y sont entreposées en abondance, particulièrement de grandes quantités de munitions. Les installations indispensables à l’homme civilisé n’y manquent pas non plus. De la cuisine aux installations sanitaires, du dortoir à la douche et jusqu’à l’hôpital moderne, tout est prévu. De vastes installations d’aération amènent l’air frais nécessaire dans tous les recoins.

L’armée n’est pas seule à avoir ses postes de commandement et ses appareils dans les cavernes. Le Conseil fédéral dispose également de ses propres locaux pour se réunir, prendre ses décisions et en informer le peuple. Des machines d’imprimerie et des postes émetteurs sont prêts à fonctionner — sans parler du téléphone — afin de maintenir la liaison avec la population. Les quelques photos que nous pouvons montrer ici laissent entrevoir qu’on peut à la rigueur vivre dans la montagne. Mais cet univers de rochers et de murailles est une dure réalité. Aussi longtemps que cette forteresse jouera un rôle dans le cadre de la défense nationale, elle donnera à l’armée suisse les moyens de sauvegarder l’indépendance du pays, même en cas d’encerclement. Mais tout aussi longtemps, le Réduit construit sous les ordres du général Guisan fera partie du secret militaire. Voir les photos de l’article

Texte de Jean-Jacques Rapin, écrit dans le cadre de l’étude «FestungsKonzeption 2010»

Résumé du Chapitre historique

La fortification, dès l’origine de la Confédération, est étroitement liée à la politique de défense et de libre accès des cols alpins. Cette nécessité, vitale pour l’existence des états riverains, se renforce encore au 19e siècle, avec l’ouverture de nouveaux passages et le développement des communications routières d’abord, ferroviaires vers la fin du siècle. Elle se renforce aussi avec la montée de tensions sur nos frontières Sud et Nord, avec la création d’États modernes en Italie en 1860, en Allemagne, de 1866 à 1871, et la signature de la Triplice, en 1882, année du percement du Gothard.

Parallèlement, le développement du sentiment national en Suisse au 19e siècle, la création d’une véritable armée fédérale, seul instrument possible d’une réelle politique de défense de notre neutralité, les menaces extérieures, tout converge vers une prise de conscience qui émerge peu à peu — aidée en cela par les efforts d’un Guillaume Henri Dufour, entre autres — et qui se concrétise par une organisation militaire de mieux en mieux adaptée aux besoins.

À partir de 1830, divers systèmes fortifiés sont érigés en quelques points de notre pays — Saint-Maurice, Aarberg, Luzisteig, Bâle — qui sont à la fois un signe clair de dissuasion à l’intention de l’étranger et un facteur de confiance pour notre peuple. Mais c’est en 1885 que la décision capitale est prise de fortifier le Gothard, avec la mission d’assurer le portail Sud du tunnel et le carrefour de l’Urseren. La construction du fort d’Airolo, de 1886 à 1890, bénéficie de l’expérience étrangère dans ce domaine et, malgré la crise due à l’invention de l’obus explosif, en 1885, est terminée en 1890, année des premières écoles d’artillerie de forteresse.

Le développement des fortifications — la construction de Saint-Maurice débute en 1892— amène la création de l’infrastructure administrative nécessaire, prélude à la création de l’Arme elle-même. Au Tessin, le barrage fortifié réalisé par Dufour à la hauteur de Bellinzone est reporté plus au Sud, au profit des positions de Magadino, de Gordola et du Mte Ceneri. Le Luzisteig ne reçoit pas d’amélioration importante.

Après la Première Guerre mondiale, les efforts se relâchent, mais sous les menaces grandissantes du front Sud, puis du front Nord, dès 1936, sont entreprises les constructions nécessaires au renforcement du terrain. Toutefois, l’impulsion déterminante est donnée lors du Rapport du Rütli du 25 juillet 1940, avec la conception opérative du Réduit, basée sur les trois grands bastions de Sargans, du Gothard et de Saint-Maurice. Cette fois, l’effort consenti est considérable, et chargé de signification pour un agresseur potentiel. Les travaux s’étendent jusque dans les années1950 et dotent non seulement les trois systèmes fortifiés des gros ouvrages d’artilleries nécessaires, mais encore créent une véritable profondeur dans le dispositif. Le front Sud est renforcé par la modernisation des ouvrages d’Airolo, du Ceneri, de Gordola et de Magadino, le front Ouest par la construction d’ouvrages fortifiés en certains points-clés, comme Vallorbe ou Delémont.

La fin de la guerre 1939 – 1945, marquée par l’arrivée du feu nucléaire sur le champ de bataille, signifie aussi la fin de la construction de grands ouvrages fortifiés confinés dans le secteur alpin. Une nouvelle génération d’ouvrages va naître, beaucoup plus petits,implantés dès la frontière, nés de la nécessité de décentraliser les sources de feu, avec une densité dictée par la valeur stratégique du secteur à défendre, à la fois pour éviter le feu nucléaire et pour mieux s’adapter à la fluidité du combat moderne.

Mais à travers le changement de type d’ouvrages, le principe fondamental n’a pas varié : obtenir le seuil de dissuasion le plus élevé possible en combinant de la manière optimale un réseau intense de destructions préparées et le feu des fortifications.

Il est évidemment important pour nous de connaître l’opinion de l’étranger sur notre système fortifié. Ces témoignages ne sont pas légion, mais deux d’entre eux, du début du siècle, en 1901, des deux chefs d’État-Major allemand et italien, montrent que l’effet dissuasif des fortifications du Gothard et de Saint-Maurice a joué : leur avis est très clair ! De récentes publications — outre le cas déjà connu des plans d’opération allemands réunis sous le nom de Tannenbaum, où l’importance numérique envisagée pour une attaque est déjà en soi révélateur — montrent que les plans italiens contre la Suisse, pendant la Deuxième Guerre mondiale, ont bien existé, à la fois dans un but offensif et à la fois pour couvrir leur flanc Nord si la Suisse n’était pas capable de garantir elle-même sa neutralité. Là aussi, le prix d’entrée semble avoir été estimé très élevé.

En fait, la fortification et notre pays, dès ses origines, ont vécu une sorte de symbiose, comme si sa situation géostratégique et la défense des passages qui en découle dictaient cette nécessité. C’est pourquoi il est permis de paraphraser la conclusion du journaliste Mc Phee, dans son étonnant ouvrage sur l’armée helvétique qui déclare : “La Suisse n’a pas une armée, la Suisse est une armée !” et nous dirons : “La Suisse n’a pas une fortification, elle est une fortification !”

Montée sociale à St-Maurice

[article paru dans le journal SERVICE ET COMMUNAUTÉ du 11 août 1967]
Montée sociale à St-MauriceLe témoignage du vieux militant

1920-1942-1967

Si cette histoire m’était contée !

Le Corps de gardes de fortifications fête cette année le 25ème anniversaire de sa fondation. La presse en a déjà parlé dans divers journaux de Suisse. Chacun commente cet événement selon son propre critère et à sa manière. Des souvenirs sont évoqués, on exalte les étapes parcourues, le service et le travail accomplis, les succès obtenus, etc. Quand le convoi marche bien chacun qui en fait partie estime avoir contribué à cette marche et ainsi avoir droit à une part des éloges qui sont généreusement distribuées à ces occasions-là. C’est d’actualité et c’est humain. Il faut s’en réjouir avec ceux qui y croient; c’est tellement plus sympathique.

Le premier personnel des fortifications
Je pense, cependant, que pour bien situer cet anniversaire il est juste et bon de jeter un regard sur ce qui était «avant» et de remonter le cours du temps, ou de l’histoire si vous voulez, sur les fortifications, car la création du CGF n’est que le prolongement, certes beaucoup plus vaste, de ce qu’étaient les fortifications du St-Gothard et de St-Maurice. Le début de celles-ci se situe vers les années 1890-1895. Beaucoup plus tard viendra s’ajouter Sargans. Dès le commencement, il fallut engager du personnel permanent pour l’entretien des ouvrages fortifiés, du matériel, vivres, armement, etc. Ce personnel était réparti en 3 catégories : 1. les officiers qui avaient rang de fonctionnaire; 2. les sous-officiers supérieurs qui, pour la plupart, avaient rang d’employés chefs de service, plus tard ceux-ci obtinrent la qualité de fonctionnaire; 3. les gardes de fortifications qui, eux, avaient rang d’ouvriers permanents payés à la journée. Les fonctionnaires et employés étaient payés au mois.
Tout ce monde portait l’uniforme et était sous le régime militaire strict, à tel point, et ici je parle plus spécialement des gardes de forts, que si l’un d’eux voulait, pour raison de famille ou autre, quitter son domicile de service ou se mettre en civil, il devait au préalable en faire la demande écrite à son chef, l’Intendant du fort. Celui qui aurait violé cette règle s’exposait à de graves sanctions. Il y avait une garde montante avec sentinelles en permanence devant chaque entrée au fort. La relève de la garde se faisait toutes les 24 heures selon le processus formel.
Ce régime de garde fut supprimé après la guerre 1914-1918 et remplacé alors par un service de planton composé de 2 hommes. Leur tâche était : planton en permanence à la centrale et une patrouille de jour et une de nuit dans le fort, selon un ordre de marche bien défini par l’Intendant du fort, le tout contrôlé par un s.-of.sup. de service. La vie n’était pas facile alors, croyez-moi, pour les gardes de forts. Après avoir accompli sa journée de travail, le garde prenait le service de planton ou de piquet à 18 h jusqu’au lendemain à 18 h, sans aucune compensation.
Puis il y avait le service du samedi et dimanche, qui commençait le vendredi soir à 18 h pour se terminer le lundi soir à 18 h. Ce service

se répartissait en 2 séries, la petite et la grande série. Chaque série comprenait environ 1/3 de l’effectif de la garde. La petite série commençait le vendredi soir à 18 h pour se terminer le samedi à 18 h. Ces agents-là pouvaient rentrer à leur domicile de service le samedi soir et le dimanche soir s’ils étaient mariés, et ils remontaient au fort le matin. La grande série commençait le samedi à 18 h jusqu’au lundi à 18 h sans pouvoir sortir du fort, sinon pour assister au culte ou à la messe le dimanche et sous contrôle. Comme le 1/3 de l’effectif était de service chaque samedi et dimanche le «tournus» donnait : 1 dimanche sur 3 de service, ce qui représente, sans compter les fêtes intermédiaires, 17 à 18 dimanches de service par année et tout ceci sans aucune compensation. Quant à l’indemnité pour les repas, elle se montait, pour les agents mariés, à fr. 1.- par jour; pour les célibataires : zéro.
Tout autre était le régime des fonctionnaires, dont un s.-of. supérieur était désigné de service le samedi et dimanche. Celui-ci bénéficiait de la compensation intégrale du temps, c’est-à-dire 1 1/2 jour ouvrable, ce qui lui permettait de rentrer chez lui du jeudi soir au lundi matin. Quant à l’indemnité de repas, elle lui était payée selon sa classe de traitement, ce qui compensait largement le prix de la pension qu’il payait au fort et même les 3 décis !

Voilà comment la justice sociale était comprise à l’époque ! Je ne m’arrêterai pas au régime des congés pas plus qu’à celui des salaires. Sachez seulement qu’ils étaient à la mesure de ce qui précède.

Trois pèlerins s’en vont à Berne
Ce qui devait arriver, arriva. Un jour 3 pèlerins gardes des forts prirent le chemin de Berne. C’était pendant une session du Conseil national. Ils y rencontrèrent un monsieur Weber, conseiller national. Ce monsieur s’occupait de questions sociales et était président d’une association de syndicats libres, c’est-à-dire non affiliée à l’Union fédérative. C’était en 1920-21. Nos trois pèlerins, qui avaient convenu d’un rendez-vous, expliquèrent la situation des gardes de forts à St-Maurice. M. Weber avait de la peine à y croire. Pour faire un travail utile et correct, il proposa de fonder une association du personnel des fortifications de St-Maurice, ceci basé sur l’art. 56 de la Constitution fédérale garantissant à tout citoyen le libre droit d’association.

Une lettre explosive

Ainsi fut fait et sur le champ il écrivit une lettre au chef du bureau des fortifications de St-Maurice, pour lui annoncer la création de la section des gardes de forts de St-Maurice, sans les syndicats libres. Ah!! mes amis… Quel coup de pied dans ce nid de fourmis ! Vous représentez-vous ce que cela voulait dire en 1921, 3 ans après la fameuse grève des cheminots de

1918, la création d’un syndicat dans une administration militaire ! C’était impensable, révolutionnaire, tout juste que nous ne méritions pas le poteau ! Et pourtant je le dis bien haut : aucun garde des forts ne regardait direction Moscou. Nous étions tout simplement d’honnêtes et paisibles citoyens, soldats-ouvriers, qui ne désiraient qu’un peu plus de justice, d’équité et de compréhension de la part des chefs à notre égard, particulièrement dans le domaine salaire, durée du travail et compensation des heures supplémentaires et de service. En un mot un petit peu de ce qu’eux avaient en abondance.

A quelques jours de la réception, au bureau, de la fameuse lettre, le chef du personnel, un colonel, monta à Dailly. Nous étions à l’appel principal du soir. L’intendant du fort nous mit au «fixe» et annonça la garde au colonel, en lui donnant la parole. Celui-ci n’y alla pas avec le dos de la cuillère. Dans une harangue dénuée de «fioriture», il nous fit part du profond mécontentement du chef du bureau et de lui-même sur la création d’un «Verband», c’est le terme qu’il employa, au sein du personnel militaire de St-Maurice, et qu’ils voyaient cela d’un très mauvais oeil. Vous êtes à la Croix du ciel, dit-il (il est vrai qu’à Dailly nous étions à 1200 m) et le bureau a toujours donné suite à toutes demandes du personnel dans quel domaine que ce soit et qu’en conséquence il n’était nullement utile de créer un «Verband» pour défendre les intérêts des gardes de forts, etc., etc. Cela dura environ 8 à 10 minutes et nous étions toujours au «fixe». La harangue terminée, ce fut le : «rompez vos rangs».
Que je dise tout de suite que les droits du personnel, à l’époque, se résumaient à ceci : 1. le droit de plainte conformément au règlement de service de l’armée suisse; 2. la demande d’entretien pour affaires de service personnelles. Concluez vous-mêmes sur les chances de succès que nous aurions eu en utilisant l’une ou l’autre des deux possibilités dans les cas précités. Il faut bien dire que cette façon de nous mettre au «fixe» pour nous «enguirlander» sur un sujet comme celui du droit d’association a complètement desservi la cause que ce brave colonel voulait défendre. En effet, à part 2 ou 3 défections, en l’espace de quelques jours toute la garde des forts et plusieurs fonctionnaires signèrent leur adhésion à l’Association des Gardes de forts de St-Maurice. Le syndicat était fondé. Une assemblée eut lieu, un comité fut nommé avec à sa tête comme président l’adj. s.-of. Rebaud qui vit encore. Retraité, il habite à Yvonand. Il a plus de 90 ans.

Premiers résultats
Puis ce fut l’ère des séances de comité, des assemblées avec son cortège de revendications et, Dieu sait, s’il y en avait ! Avec l’appui de notre président central, M. le conseiller national Weber, le contact s’établit d’abord avec le bureau, où tout ne fut pas facile, puis, par la voie de service, avec la section des fortifications à Berne, Petit à petit nous prenions droit de cité. Les chefs changèrent et les successeurs se montrèrent plus compréhensifs à notre égard. Le dialogue put s’établir. Une première amélioration intervint par la compensation d’une demi-journée le samedi matin pour ceux qui avaient été de service un dimanche. Puis ce fut la compensation intégrale du service du samedi et dimanche, ainsi que l’amélioration des indemnités pour les gardes qui ne pouvaient pas prendre leur repas à la maison. Enfin, ce fut la révision de l’échelle de traitement et règlement de la garde des forts, ainsi que la promotion à la qualité de fonctionnaires des chefs cibarres, chefs d’ateliers tailleurs et menuisiers, de plusieurs fonctions de commis de bureau et d’intendants, etc.

Toutes ces améliorations qui, il faut bien le souligner, s’échelonnèrent sur plusieurs années, créèrent un climat favorable et bénéfique pour l’administration comme pour le personnel. Les relations avec les chefs étaient meilleures. A l’occasion des fêtes de St-Barbe, Noël et 1er Août, chefs et subordonnés fraternisaient. L’on faisait du théâtre, un orchestre était créé à Dailly où l’intendant jouait du violon avec ses soldats; un air de confiance régnait. Ce fut une période agréable qui se termina par une crise dangereuse pour le syndicat.

Crise et heureux dénouement
Notre président central, le conseiller national Weber, s’en alla rejoindre la maison du Père. Ce fut un gros vide pour nous. Son remplacement posa de gros problèmes. Aucune bonne solution de rechange ne pointait à l’horizon. Des contacts furent pris avec diverses personnalités, voire conseillers nationaux. Ce fut échec sur échec. La barque de l’Association du personnel allait à la dérive. Les gardes de forts, syndicalement parlant, se séparèrent des fonctionnaires et vice-versa. Chacun créa sa propre section. Il y avait du chaos. Ce fut alors que le président de la section de la garde des forts, le cpl. Glauss prit contact avec le grand lutteur syndicaliste chrétien : Albert Curty. Alors les affaires ne traînèrent pas. Dans une conférence mémorable, dont il avait le secret, il amena d’un seul coup toute la garde des forts à la VGCV. Ce fut un coup de maître. A quelque temps de là, ce fut la section des fonctionnaires qui y adhéra également. Ainsi tout le personnel des fortifications de St-Maurice passa sous la houlette des syndicats chrétiens VGCV. Il m’est difficile de situer exactement cette période. Je la place entre les années 1932-1936.

Une ère nouvelle
Une ère nouvelle s’ouvrait à St-Maurice. Albert Curty s’attaqua d’emblée au problème de la nomination des gardes de fort à la qualité de fonctionnaires. Ses interventions furent nombreuses, mais hélas sans succès. Il faut dire que la conjoncture était mauvaise. C’était la période où il y eut la baisse des salaires pour le personnel fédéral, il y avait du chômage en Suisse un peu partout. Notre pays passait par une vilaine crise économique. Tout ceci n’était pas favorable pour une promotion de la garde des forts dans le rang des fonctionnaires. Petit-à-petit, et sans le savoir, l’on s’approchait de la grande guerre. Il y eut, à cette époque, un changement important à St-Maurice. Les intendances de Dailly et Savatan furent supprimées et remplacées par une seule instance : l’Intendance des fortifications de St-Maurice avec à sa tête le colonel Otto Weber, nommé Intendant des fortifications de St-Maurice, sous la juridiction administrative du cdt de la Br. Mont. 10, col. Br. Schwarz. L’Intendant avait un adjoint : le cap. Apothéloz avec résidence à Dailly. Tout un réseau de fortifications s’édifiait dans le secteur de la Br. Mont. 10. La Cp. volontaire 10 était à Savatan et dans le secteur de la brigade. Nous arrivions ainsi à la grande guerre 1939-1945. Cette période fut celle qui décida, par un sort injuste, du destin et de la fin de la garde des forts de St-Maurice.
Ecoutez plutôt. C’était au printemps 1941. Par un temps d’orage et en pleine nuit une voiture pilotée par le cdt de la Br. Mont 10, le col. Br. Schwarz, et dans laquelle se trouvait le col. Weber, Intendant des fortifications de St-Maurice, et le chauffeur du brigadier, l’app. Claret, se dirigeait sur St-Maurice, A l’entrée du village d’Evionnaz, la voiture fit une formidable «embardée» pour s’arrêter, après quelques tonneaux au milieu d’un pré. Résultat: 2 morts, le col. Weber et le chauffeur Clarret. Le col. Br. Schwarz s’en sortait sain et sauf. Nous étions en pleine période de guerre. Partout dans le pays l’on oeuvrait aux travaux de fortifications. Notre secteur n’en était pas le moins important. Il fallait activer, car nous n’étions pas à l’abri d’un éventuel envahisseur. A Berne, la section des fortifications étudiait et élaborait les nouvelles et futures dispositions sur le service des fortifications. Le col. Weber, en sa qualité de chef de l’Intendance des fortifications de St-Maurice, avait pris une part active à ces travaux et collaborait étroitement en la matière avec la section à Berne. Son brusque départ n’était pas de nature à faciliter les choses. Il fallut lui trouver un remplaçant. Qui ? Ce n’est pas les colonels qui manquaient, mais peut-être les compétences ! On ne remplace pas aisément un chef à la tête d’un pareil dicastère, ceci d’autant plus que le col. Weber avait plus de 25 ans de pratique dans les fortifications. Le cdt de la Garnison de St-Maurice, le col. Mamin prit les rennes en mains momentanément et en attendant que l’on donne un successeur au col. Weber, Ce fut le col. Cause, cdt territorial à Martigny, qui fut désigné intendant AI. Pourquoi le cap. Apothéloz, adjoint à Dailly, ne fut-il pas appelé ? Trop jeune ! C’est un défaut qui se corrige tous les jours ! Pas assez gradé ? Peut-être !

Le Corps des Gardes fortifications est créé

Un mois après le départ du col. Weber, le Conseil fédéral promulguait son arrêté fédéral du 25 juin 1941 sur le service des fortifications. Cet arrêté est entré en vigueur le 1er avril 1942. Il fixe les bases de la création du Corps des Gardes Fortifications. Dans les dispositions finales de cet arrêté, il est prévu l’intégration des anciennes intendances des fortifications dans la nouvelle formation. Pour tout le complexe du Gothard et de Sargans il n’eut pas de problème; ce fut passage pur et simple d’un régime à l’autre. Il n’en fut pas de même à St-Maurice. Pourquoi ? Il vaut mieux ne pas répondre à cette question ! C’est ici cependant que le départ si brusque du col. Weber se fit cruellement sentir. Jamais les choses n’auraient tourné à une pareille confusion s’il avait été là ! Maïs hélas ! Il n’était plus là pour la défendre, «sa garde», comme il l’appelait volontiers.
Toujours est-il que celle-ci fut mutilée et déchiquetée, On en fit trois parts: Une pour le CGF, une pour l’IMG et une pour le CCG qui avait préparé et trouvé ce savant dosage, auquel le personnel n’eut jamais droit de regard ? Il vaut mieux ne pas y répondre. C’était la guerre, les pleins pouvoirs, le règne des colonels. Et malgré les vigoureuses interventions et protestations de notre vaillant secrétaire, Albert Curty, il fallut passer par là !

Et c’est ainsi que commença, le 1er avril 1942, le ménage à trois dans les fortifications de St-Maurice. Vous pouvez bien penser que tout ne marcha pas comme sur des roulettes. Les forts étaient occupés par la troupe, qui n’avait rien à voir dans cette affaire. Pour certaines choses il fallait s’adresser à «ceux» de l’IMG, pour d’autres à «ceux» du CCG, pour d’autres encore aux «GF». A la vérité, ceux qui eurent le plus à souffrir dans ce «Capharnaum» ce furent certainement les nouveaux venus, c’est-à-dire les GF qui, eux, n’en pouvaient rien, les «pauvres». A Dailly, cela allait mieux. Là-haut une grande partie des anciens avait passé à la nouvelle garde, dont pour un le regretté adj, s.-of, Kühni, qui en était le chef

d’ouvrage et qui connaissait tout ! Mais ailleurs !

Heureusement, il y avait de la bonne volonté de part et d’autre parmi ceux de la base, les prolos comme dit l’oncle Séraphin. Quantité de choses s’arrangeaient à l’amiable et sans histoire. En définitive nous tirions tous à la même corde «fédérale» et entretenir l’animosité n’aurait fait qu’aggraver un état d’esprit malsain, qui avait suffisamment été mis à l’épreuve. Ceux qui ont vécu cette période me comprennent.

Mutations et intégration

La guerre mondiale continuait et les années passaient. On arriva ainsi à la fin de la guerre en 1945. La démobilisation générale commença et les soldats rentraient dans leur foyer. Ici se situe certainement l’épisode le plus douloureux pour les anciens gardes de forts qui n’avaient pas passé au CGF. Ordre leur fut donné de déposer l’uniforme militaire et de se mettre en civil du jour au lendemain. Dernier outrage, suprême humiliation à ces vieux gardes qui avaient accompli 10, 20, 30 ans de service et plus sous l’uniforme militaire. Du même coup l’assurance militaire fut supprimée.

Vous tous qui fêtez cette année le 25ème anniversaire du CGF, comment «encaisseriez-vous», si cela vous arrivait aujourd’hui, et sans aucune faute de votre part ? Je ne demande pas de réponse et je souhaite du plus profond de mon coeur que cela ne vous arrive jamais.
Puis ce fut le départ de tous les anciens, mis en civil, de l’IMG qui étaient encore dans les forts et qui furent transférés à l’Arsenal de St-Maurice. Pour eux tout était consommé. Ceux du CGF, par contre, restèrent dans les forts en civil; les casernes ne se transportant pas en plaine ! Et la vie continua comme cela pour eux jusqu’en 1948. Mais, comme vous pouvez bien le penser cela ne pouvait durer éternellement d’avoir dans les forts deux instances : les GF qui représentaient le gros de l’effectif en uniforme et une poignée d’agents du CCG en civil. Cette association hybride devait disparaître; c’est pourquoi, dans un geste qui l’honore, le CGF s’employa à y mettre fin. Une conférence eut lieu à Savatan entre le chef du personnel du CGF et le Cdt de la Cp GF 10 d’une part et le représentant du CCG et de la section des fonctionnaires d’autre part. Les conclusions de cette conférence furent que tout le personnel du CCG, qui avait appartenu à l’ancienne garde passerait au CGF avec effet au 1er janvier 1948. Ainsi se terminait le dernier acte de l’intégration de l’ancienne garde des forts au CGF. Une seule ombre restait au tableau et qui ne put être effacée:
la réintégration des anciens gardes transférés à l’IMG et qui n’ont pu rejoindre leurs camarades du CCG dans le CGF. Pour eux, comme dit plus haut : tout était consommé; dans leur coeur subsiste une injustice dont ils ont été les victimes involontaires.

Il y aurait encore quantité de choses à dire sur ce que fut l’ancienne garde des forts jusqu’au 1er avril 1942, mais cela nous amènerait à écrire un roman. Un témoin restera pour toujours : le petit fanion, emblème de l’ancienne garde, dont feu de col. Weber était si fier d’avoir fait confectionner au temps où il était Intendant des fortifications de St-Maurice. Ce fanion est en dépôt à Savatan où la nouvelle garde veille sur lui. Il sort du fort pour venir s’incliner sur la tombe d’un ancien qui nous quitte pour la maison du Père, puis il rejoint son poste.
Un vieux proverbe dit : Le Roi est mort, vive le Roi, et moi je dirai: «L’ancienne garde n’est plus, vive la nouvelle».
Bon anniversaire

Bon anniversaire au Corps des Gardes de Fortifications de toute la Suisse. Bon anniversaire à vous, compagnons de la Compagnie GF 10, anciens camarades de service, Avec vous j’ai aussi «bourlingué» dans le secteur de la Cp. Il y eut des mauvais moments, mais aussi beaucoup de bons, je ne veux me souvenir que de ceux-ci. Bon anniversaire à tous. A l’instar de votre Cdt., qui a si bien su exprimer à l’occasion de vos 25 ans de service, toute la noblesse de votre rôle dans l’accomplissement fidèle et journalier de votre devoir de soldat et d’ouvrier, je forme pour vous tous mes voeux les meilleurs.

Votre tâche est belle, elle ne sera pas uniquement parsemée de fleurs, il y aura aussi parfois des épines; écartez celles-ci avec patience et conservez celles-là avec amour. Soyez généreux et fidèles au poste et lorsque sonnera pour vous l’heure de la retraite, comme elle a sonné pour nous, vous serez contents et heureux de vous reposer dans le souvenir du devoir fidèlement accompli pour la sauvegarde de notre cher et beau pays. A vous tous Chefs et Soldats :

Bon anniversaire en ces premiers 25 ans du Corps des Gardes-Fortifications. Un ancien

Cet article est paru dans le journal SERVICE ET CUMMUNAUTÉ du 11 août 1967

 

Extrait du livre de John McPhee « La Place de la Concorde Suisse » paru aux Editions Grasset Paris 1985 ISBN 2-246-34591-X

 

Si l’on peut affirmer que le paysage helvétique est celui du monde le mieux mis en valeur, c’est parce que les Suisses, quand ils ont retouché leur sol, l’ont fait avec infiniment de talent. Une telle réussite découle dans une certaine mesure d’une exigence profonde. La Suisse n’a guère d’espace à gâcher; sa taille pose d’autre part un problème d’ordre militaire. Il n’y a pas de rose sans épines. Alors que chaque site de ce pays suffirait à faire la fortune d’un calendrier des Postes, pas une vallée, pas une montagne, pas un village, pas un paysage en Suisse qui ne soit prêt à exploser pour se défendre contre une invasion. « C’est un sujet dont nous ne parlons pas, m’a dit l’autre jour un colonel de l’Etat-Major. Ne me posez pas de question là-dessus. Mais ouvrez bien les yeux et vous allez voir ce que vous allez voir. »Il n’est pas obligatoire d’avoir passé à la rude école de la CIA pour distinguer, partout dans les Alpes, des pistes d’atterrissage. On ne cherche d’ailleurs pas à les dissimuler. Personne ne pourrait croire que ce ne sont que des tronçons d’autoroute dont la société aurait soudain fait faillite. Des installations plus récentes, comme certains hangars construits au cœur même de la montagne, présentent plus de mystère. Dans les forêts, on découvre des clairières qui ne semblent pas avoir leur raison d’être. Sur des calendriers, on pourrait les confondre avec des alpages. Mais on n’y rencontre ni vache, ni chalet, ni berger. En Suisse, personne n’abattra un arbre dans une forêt sans une autorisation fédérale. Alors, pourquoi ces trouées nettement dessinées au milieu des bois ? Ce sont tout simplement des champs de tir, qui ouvrent sur des canons du dernier modèle dissimulés dans la roche et pointés sur un objectif bien défini : l’entrée d’un tunnel, l’arche d’un pont — qui pourraient avoir besoin tout à coup des soins empressés d’un tir bien ajusté. Tout a été programmé depuis longtemps; les obus sont prêts à voler dans l’espace.

Des milliers de gros canons sont installés dans le roc et, dans une mesure qui reste confidentielle, ils sont continuellement prêts à tirer. Au-dessus de Brigue, sur la route du col du Simplon, à dix kilomètres environ du secteur où patrouillent Massy et ses camarades, se dresse un pont flambant neuf qui repose sur des piliers élancés, rectangulaires. Il domine, à près de cent cinquante mètres, une gorge profonde. C’est un pont arqué, de béton blanc. Ses câbles de suspension sont invisibles. Il est superbe à voir, s’incurvant ainsi à travers l’espace; bref, un chef-d’oeuvre du Génie civil. Il rend l’accès au Simplon plus court et plus aisé. Le Simplon étant ce qu’il est sur le plan stratégique, il ne fait aucun doute que les Suisses sont prêts à faire sauter ce pont, n’importe quand, à l’instant même s’il le faut. La vérification du système de destruction est un exercice de routine. C’est souvent l’ingénieur civil ayant conçu le pont qui, revêtu de son uniforme d’officier, sera chargé de le faire sauter. Une fois détruit, il faudra, par un feu de couverture, empêcher l’ennemi de le reconstruire.
La route du Simplon, qui se fraie un passage à travers de formidables masses rocheuses, offre aux yeux des automobilistes tant de surprises qu’ils ont tendance à ne pas remarquer la pierre des murs de soutènement. Ce sont des blocs de granit, ou quelque chose d’approchant, mais par places le grain de la pierre est comme altéré. On peut observer ce phénomène à deux kilomètres au nord du fameux pont en courbe dont nous venons de parler. Il n’y a là ni barrage ni contrefort au bord de la route; mais si vous vous arrêtez devant l’anfractuosité la plus proche qui sert de refuge contre les avalanches, retournez-vous : vous vous apercevrez alors, en regardant très attentivement, qu’une partie des pierres du mur de soutènement est en plastique. Deux douzaines de blocs de plastique, imitation granit, forment deux panneaux mobiles*. En fait, ce sont des meurtrières, invisibles pour le moment. Elles donnent directement sur l’extrémité toute proche du pont. Feu préparé. « Ne me posez pas de question là-dessus. Mais ouvrez bien les yeux ! Vous allez voir ce que vous allez voir !

Pour interdire à un ennemi éventuel l’usage des ponts, des tunnels, des routes, des voies de chemin de fer, la Suisse a installé trois mille points de destruction. C’est le chiffre publié officiellement. On m’a laissé entendre que, pour approcher de la vérité, il faudrait le multiplier par deux. Partout où un pont franchit une voie de chemin de fer, un segment de ce pont est programmé pour s’écrouler sur les rails. D’autre part, des pièces d’artillerie ont été dissimulées à proximité, pour interdire à l’ennemi de déblayer les décombres ou de réparer les dégâts. On évalue ces pièces, qu’elles soient camouflées ou non, à plus de douze mille. C’est le principe du Porc-Épic. Près de la frontière allemande, chaque tunnel routier ou ferroviaire est prêt à s’effondrer sur lui-même ! Les montagnes alentour sont devenues si poreuses que des divisions entières peuvent s’y caser. Des soldats complètement équipés peuvent s’entasser dans des refuges aménagés sous des granges factices. On a posté des canons dans de ravissantes maisonnettes. Partout où les routes suisses longent une bande étroite de terrain entre lac et falaise, des avalanches de rochers, préparées par la main de l’homme, sont prêtes à débouler.

Vous devinez dans le flanc des montagnes, au-delà de portes verrouillées, des couloirs qui se prolongent dans le roc. Entrons : au plafond, des lampes sont disposées tous les cinq mètres, bien trop nombreuses pour qu’on en fasse l’addition. Nous nous trouvons dans un hôpital, creusé au plus profond du roc, ou dans un de ces dépôts de carburant bien assez vastes pour alimenter pendant plus d’une année l’armée entière, du premier avion à réaction au dernier Haflinger. On y trouve aussi, bien sûr, de la nourriture et, inutile de le dire, des munitions. Les réserves alimentaires, en parfait état de fraîcheur, sont mises en vente régulièrement dans le public, ou consommées par la troupe, puis aussitôt reconstituées. Il existe un pain de l’armée suisse qu’on peut conserver deux ans. Enveloppé sous vide et dur comme de la pierre. Exposé à l’air, il gonfle et redevient moelleux. On cache aussi des munitions dans les forêts; seuls les officiers savent où se trouvent ces cachettes.

Plusieurs pays, l’Union soviétique comprise — dont le projet d’établir une carte militaire du territoire helvétique n’a pas échappé à l’attention des Suisses —, espionnent ces points de défense et cherchent à situer ces mystérieuses installations. Il est clair que les Russes considèrent la neutralité armée comme une agréable formule de pure rhétorique. Pour eux, la Suisse et le pacte de l’Atlantique ne font qu’un, même si Berne s’élève vivement contre cette affirmation. Il semble que les Soviétiques considèrent la Suisse comme une espèce de Fort Alamo capitaliste, l’ultime position de défense d’une Europe occidentale en train de s’écrouler.

Circulez à travers la Suisse avec toutes ces idées en tête : vous découvrirez alors de petites routes qui vont buter contre des parois montagneuses; des entrées de souterrains, grosses taches sombres, aménagées sous des voies ferrées alpines et sous de sinueuses routes en corniche; des portails de toutes formes, tapissés de pierre. Il vous sera facile d’imaginer que presque tous ces ouvrages d’art ne sont que supercherie, dissimulant quelque installation militaire. Voici par exemple un bâtiment, aux vastes portes closes, qui ressemble à un dépôt de chasse-neige. Mais pourquoi faudrait-il protéger des chasse-neige par une clôture de barbelés aussi élevée ? Peut-être dégage-t-on ici la neige à coups de canon de dix centimètres et demi ? Peut-être cette construction est-elle l’émergence d’un puits de mine ? On ne pénètre pas toujours dans ces installations souterraines par le flanc des montagnes, mais pour certaines d’entre elles, par des bâtiments ordinaires dont les sous-sols se prolongent bien loin sous terre.

Voilà une montagne : elle semble tout à fait capable de tenir debout toute seule mais non, elle est dotée à sa base d’une immense paroi aveugle de béton. Plus loin, vous découvrez un amas d’éboulis, mais si vous levez les yeux pour chercher la montagne d’où il est descendu, vous ne trouvez pas de montagne. Vous en déduisez que ce matériau est bien venu de quelque part et vous percevez intuitivement que sous terre doivent s’étendre de vastes espaces évidés qui expliquent la présence de ces blocs de rochers répandus à la surface du sol.

Il existe en Suisse trois centres de défense principaux, chacun soigneusement dissimulé. Ce sont en fait trois forteresses. L’une d’elles se trouve près de la frontière autrichienne, une autre en amont du lac Léman et la troisième dans la région du Saint-Gothard, le passage central des Alpes. Ces forteresses sont pareilles à des colonies de fourmis souterraines. Elles sont opérationnelles de manière permanente. Tandis que les soldats, comme Massy et Wettstein, font leur cours de répétition par monts et par vaux, d’autres soldats de l’armée passent le même temps sous terre. Ces installations sont désignées sous le nom de Festungen (forteresses) d’une manière impropre. Le mot évoque en effet une citadelle qui constituerait une seule unité, une sorte de Fort Ticonderoga au bord du lac Champlain. En fait, ces forteresses sont constituées d’un entrelacs de tunnels, de souterrains, de bunkers, d’installations de surface, et s’étendent chacune sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés. S’ajoutant à ces places fortes principales, il existe tout un système de redoutes dispersées sur le territoire; ce sont des ouvrages fortifiés du même type, creusés dans le roc, parfois encore plus vastes que ces trois Festungen. Même au sein de l’armée, les dimensions, la situation, les objectifs de toutes ces installations défensives, restent secrets et ne sont connus que de quelques-uns directement concernés. Certaines d’entre elles — quelle ironie ! — ont été construites par des travailleurs étrangers. Eux savent où elles sont — mais pas les Suisses !

* A ce sujet il est particulièrement intéressant de savoir que quelques temps après la parution de ce livre, l’armée a modifié le camouflage de ces embrasures en recouvrant les murs en polystyrène extrudé (Styrofoam) par du béton projeté sur treillis, imitation rocher…ainsi les 2 types de camouflages se trouvent superposés

Ci-dessous, 3 courts extraits du livre à l’image de son contenu…

« Le Jura est si parfaitement paré contre une invasion qu’il fait penser à un cuirassé camouflé qu’on aurait tiré à sec. »

«…une demi-douzaine de soldats en tenue de combat surgirent au pas de course en tirant derrière eux un long filin qu’ils introduisirent dans un trou. De temps à autre, une tête émergeait du trou. Les passants semblaient à peine remarquer le manège. A Bâle, s’exercer à faire sauter un pont, c’est presque de la routine. »

«…Le Château de Chillon se dresse là, à proximité immédiate de la route, les pieds dans l’eau. C’est là aussi que l’on a mis en place tout ce que l’homme a pu inventer comme engins de guerre capables de barrer la route à une avance ennemie menaçante. En face du Château, un ouvrage de pierre savamment fortifié abrite toute une artillerie. » Voir le plan du fort de Chillon

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Histoire des fortifications de St-Maurice

GARNISON DE SAINT-MAURICE 1939-1945

Histoire des fortifications de Saint-Maurice

Visitez les fortifications de St-Maurice

Saint-Maurice est une des plus anciennes localités de notre pays. Son nom primitif d’Acaunum, qui signifie rocher, et conservé de nos jours dans Saint-Maurice d’Agaune, est celui d’une bourgade qui existait déjà avant la conquête du Valais par les armées romaines (15 avant J.-C.). Pendant l’occupation romaine, qui dura plus de quatre siècles, la cité fut connue sous le nom de Tarnaiae et joua un rôle militaire sur la voie de communication que les Romains établirent entre Aoste et l’Helvétie par le col du Mont-Joux, l’actuel Grand-Saint-Bernard. Une tour de garde fut édifiée, qui a été démolie lors de la construction de la route moderne en 1690. Elle se trouvait entre le château actuel et le Rhône. C’est à cette même époque encore que, selon la légende, des chrétiens de la légion thébéenne conduits par Saint-Maurice furent massacrés près du défilé sur l’ordre de l’empereur Maximien, pour n’avoir pas voulu sacrifier aux dieux de Rome.
Après le départ des Romains, l’évêque Théodorus fit construire une église et un couvent en souvenir des martyrs chrétiens et la cité prit le nom de Saint-Maurice d’Agaune. La petite bourgade chrétienne vit son église transformée plus tard en abbaye, mais elle dut prendre des mesures de protection à l’égard des incursions des pillards lombards et sarrasins ; c’est de cette époque, au XIe siècle, que date le clocher de l’abbaye, qui fut à l’origine une tour fortifiée dans laquelle les défenseurs pouvaient se retrancher. La tour de la colline de Saint-Triphon a la même histoire. Saint-Maurice d’Agaune fut enfin doté, au sud, d’une muraille d’enceinte qui s’étendait du Rhône au pied des rochers. La position du défilé était très forte, car seuls des ponts suspendus aux rochers permettaient une circulation facile à contrôler. L’actuel pont de pierre et le château datent du XVIe siècle, mais la disposition des constructions maintenait la surveillance absolue du passage. Le château était la résidence du bailli du Haut-Valais. Sur l’autre rive du Rhône, on ne vit apparaître des ouvrages militaires qu’à l’époque de l’occupation du Pays de Vaud par les Bernois ; mais il ne s’agissait que de fortifications de campagne qui durent être démolies en 1718, à la suite de représentations faites par l’Etat du Valais.
Cette brève incursion dans le passé montre bien que la valeur milliaire de la position de Saint-Maurice n’avait échappé à aucun des maîtres du pays. Plus tard, en 1802, elle frappa également un général de l’armée d’occupation française, qui écrivit ce qui suit : « Saint-Maurice offre une position si magnifique à fortifier, que je me chargerais volontiers de faire avec cette petite ville, avec ses hauteurs, une place qui, avec le vingtième de ce qu’a coûté Briançon, serait plus forte, et surtout fermerait mieux la vallée du Rhône que l’autre ne ferme la vallée de la Durance.» Après la politique, c’est toujours dans la géographie qu’il faut rechercher les éléments essentiels de toutes les décisions militaires. A ce point de vue, la position de Saint-Maurice est une constante de la défense militaire de la Suisse.
En 1814, la nouvelle Confédération suisse des 19 cantons, née des tristes conditions politiques qui succédèrent à l’occupation étrangère, eut immédiatement le souci d’assurer la sécurité du territoire. Mais, ruinée par les guerres dont elle avait été le théâtre, en pleine organisation politique et administrative, sans armée fédérale, elle ne pouvait faire beaucoup. Il est d’autant plus remarquable de voir ses autorités décider très tôt de fortifier Saint-Maurice, et cela bien avant de prendre en considération d’autres points du territoire. Ce n’est que beaucoup plus tard, par exemple, que la défense fortifiée du Saint-Gothard fut envisagée et considérée comme plus importante que le Bas-Valais. Cependant, à l’époque en question, on ne fit rien encore à Saint-Maurice; mais en 1831, la situation politique en Europe préoccupant la Diète, on décida d’étudier la fortification du pays. Saint-Maurice fut à nouveau proposé, avec, en Suisse romande, Chillon, la Porte-du-Scex et Gondo. Aussitôt, des travaux furent entrepris à Saint-Maurice sous la direction du colonel Guillaume-Henri Dufour, le futur général de 1847.
Le caractère essentiel des fortifications construites à Saint-Maurice de 1831 à 1860, selon les plans ou les directives de Dufour, est celui d’une double tête de pont établie sur les deux rives du Rhône, du défilé jusqu’aux étages de la colline de Chiètres et du plateau de Vérossaz. Le réduit ainsi constitué était en outre fermé vers le sud par la redoute d’Evionnaz et le front bastionné de Lavey. Il devait servir de pivot à une troupe de défense de 12 000 à 15 000 hommes en lui assurant un changement de rive. L’armement d’artillerie prévu était de 50 canons. Il n’est pas possible de décrire ici ce dispositif qui ne fut jamais complètement achevé, faute de moyens financiers, et, parfois aussi, parce qu’il fut l’objet de vives critiques. A cette époque déjà, le principe même de la fortification permanente était souvent combattu, et la Diète même motiva en ces termes la modicité des crédits qu’elle y affectait : «La puissance militaire repose d’avantage sur la force des citoyens entraînés aux armes et à l’esprit de sacrifice que sur des ouvrages d’art».
Des fortifications de cette époque, on retrouve entre autres les fossés et murs crénelés des deux côtés du défilé, la tour ronde près du château, ainsi que trois redoutes, l’une sur la rive droite, l’autre à Vérossaz, la dernière à Evionnaz. D’autres ouvrages intéressants ont disparu, notamment les deux batteries de canons Saint-Martin et Wiélandi, et le fossé du front bastionné de Lavey, comblé en 1935 à la demande de l’Etat de Vaud, soucieux de faire disparaître ce gîte à moustiques.
A partir de 1880 environ, l’histoire des fortifications de Saint-Maurice doit être placée dans celle plus générale des fortifications nationales dont elles ne constituent plus qu’un chapitre particulier et souvent secondaire. Notre pays éprouve en effet le besoin de développer toujours mieux les mesures propres à assurer le maintien de sa neutralité dans une Europe dont l’équilibre politique a été profondément modifié par la formation de la Triple alliance survenue après la guerre de 1870-71. Formée d’abord en 1872 de l’Allemagne, l’Autriche et la Russie, puis dès 1887 des deux premiers Etats et de l’Italie, elle plaça la Suisse entre ce puissant bloc et la France. Cette situation dura jusqu’en 1915, année où la Triplice fut rompue par l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de la France, ce qui apporta à la Suisse un changement de conjonctures stratégiques important pour vingt ans. Mais on peut considérer que la situation résultant pour nous de la Triplice se renouvela par la formation d’une coalition semblable après l’Anschluss de l’Autriche et le Pacte d’acier entre l’Allemagne et l’Italie. A deux époques différentes, les mêmes situations politiques provoquèrent les mêmes renforcements de la défense militaire de la Suisse. Mais il est un autre facteur qui, vers 1880, intervint vigoureusement en faveur de la fortification permanente, c’est le développement des passages des Alpes. En 1882, c’est l’achèvement du tunnel du Saint-Gothard, en 1906, celui du Simplon, ouvrages qu’il nous appartient de défendre à tout prix. C’est de ces diverses circonstances que sont nées, en 1874, l’armée de campagne, et dès 1880, la grande préoccupation de renforcer la barrière des Alpes, que l’historien Paul Martin relate en ces termes : « L’idée de barrer les routes d’invasion des pays voisins, de couper les bases d’opération qui passent par notre territoire, est l’éternel postulat de la défense de la Suisse ».
Les premiers travaux commencèrent au Saint-Gothard, car son importance était momentanément plus grande que celle du Bas-Valais. En 1886, on fortifiait la sortie sud du tunnel, puis les travaux s’étendirent à l’ensemble du massif où, en 1892, on avait déjà dépensé plus de 9 millions de francs. L’opinion publique s’inquiétait de ces fortes dépenses et craignait au surplus qu’elles nuisent à l’armée de campagne dont on tenait à maintenir l’armement et les effectifs à la mesure de la mission qu’on lui confiait. Cependant, le 24 juin 1892, les Chambres fédérales votèrent le premier crédit, s’élevant à 2 millions 100 000 francs, pour fermer la vallée du Rhône par des fortifications semi-permanentes à Saint-Maurice. Cette décision fut précédée d’études stratégiques, tactiques et techniques sur le choix de la position, et aussi de vives controverses qui retardèrent quelque peu la construction que, pour des raisons de politique internationale, le Conseil fédéral se proposait de réaliser avant le 1er mai 1892.
En 1891, le chef de l’E.M.G. avait proposé tout d’abord au chef du Département militaire fédéral de renforcer provisoirement les anciennes fortifications du défilé et d’installer des positions d’artillerie sur le plateau de Vérossaz et à Lavey. Mais un officier attaché au Département militaire fédéral, le lieutenant-colonel R. Weber, établit simultanément un contre- projet intitulé « Projet de barrage du défilé du Rhône à Saint-Maurice par la fortification semi-permanente à Savatan-Dailly », où il proposait de placer un armement de 50 canons et mitrailleuses et de les confier à une garnison de 1350 hommes, capable de se défendre elle-même, sans dépendre de troupes d’opérations.
Quoique adopté par la suite, le projet Weber fut tout d’abord très vivement combattu par le chef de l’E.M.G. qui, abandonnant son intention première de renforcer le défilé, proposa de choisir la position de Martigny. Cette idée n’était d’ailleurs pas nouvelle; d’autre part, elle était entièrement fondée du point de vue stratégique. En 1862, le major Hermann Siegfried, aussi bon stratège que cartographe, avait obtenu un prix de la Société militaire fédérale pour une remarquable étude sur « la valeur de la position militaire de Saint-Maurice ». Il démontrait que la position militaire de Martigny satisfaisait à toutes les conditions de la défense de la vallée du Rhône, interposée qu’elle était entre le Simplon, objectif de l’invasion, et les routes y conduisant, et disposant en outre des communications avec l’arrière. Cependant, il estimait que Saint-Maurice partageait tous ces avantages à la seule exception du débouché de la vallée de Chamonix et que le renforcement de cette position ne devait pas être exclu. Les deux projets avaient donc des motifs sérieux d’être retenus l’un et l’autre, et le Conseil fédéral ne put se déterminer sans ordonner une étude plus approfondie. Elle fut confiée à la Commission des fortifications qui, en avril 1892, effectua une reconnaissance de plusieurs jours dans la région de Martigny, à la suite de laquelle elle prit à l’unanimité la décision de recommander au Département militaire fédéral la construction de fortifications à Saint-Maurice.
La raison essentielle de la décision prise en 1892 réside dans le coût extrêmement élevé du projet de Martigny. Cette position aurait exigé des fortifications permanentes, alors que celles de Savatan et de Dailly, plus fortes naturellement, pouvaient être renforcées à moins de frais par des ouvrages semi-permanents. Enfin, la fermeture du noeud de communications de Martigny exigeait la construction de plusieurs gros ouvrages, l’un dans la plaine, et trois autres à Gilloud, Follatères et Chemin, le tout devisé à 10 ou 11 millions de francs, et un délai de construction de 4 ans. Ce sont, très brièvement résumées, les circonstances dans lesquelles le paisible pâturage dc Savatan, la terrasse ensoleillée de Dailly et les rochers de l’Aiguille sont entrés dans l’histoire militaire de Saint-Maurice. Les discussions terminées, les esprits apaisés, le choix fut bien accepté. La décision avait sans doute été dictée par l’état des finances fédérales et le désir de ne pas affecter à Martigny une garnison qu’il aurait fallu porter à 20 000 hommes à prélever sur les effectifs de l’armée de campagne. La ténacité du lieutenant-colonel Weber l’avait emporté, et son sens tactique avait eu raison, car la nouvelle position, imprenable de front, avait une valeur défensive considérable.
Les travaux de fortification à Savatan et à Dailly commencèrent donc au cours de l’été 1892. On n’avait pas eu le temps d’élaborer des projets détaillés et la Commission des fortifications, entièrement absorbée par les travaux du Gothard, délégua ses pouvoirs à une commission restreinte dans laquelle siégeait l’auteur du projet et le colonel brigadier David Perret, désigné comme commandant de la défense du Bas-Valais. Le capitaine J. Rebold fut désigné comme chef des travaux. Cependant, les premiers artilleurs de forteresse de la garnison de Saint-Maurice furent formés à Airolo en 1893, et ce n’est qu’en 1894, dans le courant de l’été, que les ouvrages de Dailly et de Savatan, assez avancés, purent être utilisés pour l’instruction; ils furent achevés au mois de novembre. La même année, le colonel Perret fut nommé commandant des fortifications de Saint-Maurice. Le colonel Dietier et le capitaine Rebold firent partie du premier E.M. des fortifications, le premier comme chef de l’artillerie et commandant des écoles de recrues, le second comme chef du génie. Les noms de ces chefs méritent d’être retenus car, à l’esprit d’entreprise, ils joignirent une grande foi dans leur oeuvre. Le colonel Perret ne resta cependant pas longtemps à ce poste, mais Dietier et Rebold, en fonctions jusqu’en 1910, furent véritablement l’âme de nos fortifications. Attachés durant 20 ans à la même oeuvre, ils évitèrent dans les charges importantes qu’ils occupèrent les mutations si préjudiciables à la continuité des réalisations. Ainsi, bien qu’en 1903 la Commission des fortifications reléguât nettement Saint-Maurice au second plan, les travaux effectués durant cette période firent plus de progrès qu’au Gothard.
Dès le début, Savatan fut le fort d’arrêt et Dailly l’ouvrage de protection du premier. Mais l’armement qu’ils reçurent était bien inférieur à ce que prévoyait le premier mémoire de Weber. A Savatan, on réserva l’artillerie cuirassée d’obusiers de 12 cm, les canons cuirassés de 5,3 cm à tir rapide que l’on dissimulait dans les broussailles du fort, les canons de casemate de 8,4 cm en bronze et quelques mitrailleuses. A DaiIly, la mission d’interdiction était assumée essentiellement par les canons de 12 cm sur affûts à éclipse mobiles dans des tranchées. La Commission des fortifications avait pleinement conscience de l’insuffisance numérique de l’armement et du caractère provisoire des installations; elle rendait le Département militaire fédéral attentif au fait qu’il fallait prendre en considération les propositions du commandant de la garnison pour compléter l’oeuvre commencée. C’est bien ce que l’on fit, car, peu à peu, on amena de nouvelles pièces et on développa les installations nécessaires à la vie d’une garnison. En dépit de ces modestes débuts, les fortifications de Savatan et Dailly faisaient bonne figure. On était fier d’une artillerie moderne, précise, tirant sans fumée, et si vite même, qu’elle permettait de donner aux ouvrages « une force de résistance inconnue jusqu’à ce jour », et dont l’effet était estimé de quatre à huit fois supérieur à celui d’une artillerie de siège d’un calibre équivalent.
De 1895 à 1903, on fit de nombreuses améliorations; on installa à Savatan et à Dailly les batteries ouvertes de canons 12 cm de position avec frein hydraulique. On réussit à placer définitivement à Dailly deux canons de 10,5 cm, un de 15 cm et des mortiers de même calibre, matériel qui avait servi à Thoune à des essais. En 1899, on signalait déjà la nécessité d’un ouvrage de flanquement dans la paroi rocheuse de Vérossaz. A une époque périlleuse, on plaça déjà sur la terrasse de l’Ermitage des canons de 8,4 cm avec une dotation de munition. Mais c’est en 1911 seulement que les premiers travaux de construction commencèrent à la Galerie du Scex, dont la conception tactique était extrêmement heureuse. Il est intéressant de relever que la surveillance, l’entretien et le service des mines du tunnel du Simplon furent longtemps placés sous la direction du commandant des fortifications de Saint-Maurice.
La mobilisation de guerre de 1914 à 1918 donna aux fortifications de Saint-Maurice un développement considérable. Ce fut l’époque de l’organisation et de l’armement de la défense extérieure. Le caractère des défilés est de présenter les points les plus faibles vers les hauteurs par lesquelles on peut les dominer. Aussi longtemps que l’on n’eut pas à craindre les armées motorisées et les engins blindés, on considéra comme suffisante la défense de la plaine, et on porta toute l’attention à la défense des hauteurs. On trouvait toujours une position plus élevée à fortifier, afin qu’elle ne devînt pas un poste dominant aux mains d’un ennemi. C’est alors que de la Croix de Javernaz à Collonges, sans négliger la plus petite des vires de haute montagne apte à appuyer une défense, on creusa des fossés, on édifia des abris, on arma tout ce qu’on put armer. En comptant la défense extérieure, le nombre total des pièces d’artillerie s’élevait à 65. Mais l’armistice de 1918 suspendit tous les travaux et les fortifications de Saint-Maurice connurent jusqu’en 1929 toutes les conséquences néfastes de l’esprit pacifiste qui s’étendit alors sur le pays. Cependant, le colonel Ernest Grosselin continua la grande oeuvre de Dietier. Dans cette période critique, il fut l’âme de Saint-Maurice menacé et réussit à faire subsister trois facteurs importants : les ouvrages maintenus en bon état, l’instruction et surtout l’esprit de la garnison. Durant cette période, aucun crédit ne fut plus accordé pour la construction de nouveaux ouvrages. On désarma même les forts de Savatan et de Dailly de l’artillerie mobile de 7,5 cm et 12 cm qui permit d’armer les batteries mobiles de l’ancien Régiment d’artillerie 5 de Saint-Maurice. On déclassa sans les remplacer les canons Krupp de 10,5 cm et les mortiers de 15 cm qui ont été remis au Musée militaire de Morges. Le canon de 15 cm survécut jusqu’en 1941, où l’éclatement d’un obus dans le tube mit fin à une glorieuse carrière, dont les échos se répercutent encore à la Vire aux Boeufs et dans la Glacière de Pont de Nant.
Dès 1930, la situation s’améliora quelque peu, sous la pression d’événements politiques trop récents pour qu’il soit nécessaire de les évoquer, et surtout aussi sous l’impulsion de plusieurs commandants énergiques qui ont, à des titres divers, oeuvré patiemment pour moderniser les armements de Savatan et de Dailly. Le colonel Huber, qui fut dès 1940 le Chef de l’Etat-Major général de l’Armée, fit beaucoup, lors de l’exercice de son commandement à Saint-Maurice, pour que l’on fixât un programme de construction de longue haleine « basé sur la mission de la place fortifiée et sur l’effectif des troupes qui y sont attribuées ». Il estima avec raison que la mission de Saint-Maurice ne consiste pas seulement à barrer le défilé, mais à le maintenir ouvert eu vue d’une action offensive, en servant de tête de pont. Avec raison, il déplora que Martigny ne soit pas fortifié, car depuis 1880, l’amélioration de toutes les routes qui y aboutissent a donné à ce noeud de communications une importance accrue. La justesse de ces vues est attestée par le fait que l’on n’a pas tardé à doter le fort de Dailly d’une nouvelle et puissante artillerie à longue portée destinée à des barrages opératifs, puis à incorporer en 1938 les fortifications dans la Brigade de montagne 10.
La période de fortification qui commença en 1938 est trop récente pour autoriser une description détaillée. Il faut se borner à relever que les fortifications de Saint-Maurice sont devenues le noyau d’un nouveau système fortifié qui comprend tous les nouveaux ouvrages du Bas-Valais, du lac Léman aux approches du Col du Grand-Saint-Bernard. La nouvelle période de service actif de 1939 à 1945 a permis de réaliser en partie les conceptions des anciens promoteurs des fortifications de Martigny, tout en leur conférant une structure moderne qui les rendra efficaces pour longtemps. Chillon, Champillon et Follatères ont enfin des ouvrages souhaités depuis longtemps. Vernayaz et la région de Champex ont été savamment creusés et armés. Le Bas-Valais est bien fortifié, et il faut s’en féliciter. Sans doute, quelques désirs n’ont-ils pu être pris en considération, toujours par manque de crédits ou d’effectifs, mais, comme le dit si bien Paul Martin, déjà cité, « le défaut de tout système fortifié est de n’être jamais ni achevé, ni complet ». Cela n’est-il pas vrai aussi pour les autres armes et pour d’autres pays dont les flottes aériennes et les marines sont en constante transformation ?
Parvenues au 20 août 1945, date qui marque la fin de la plus grande menace que notre pays ait jamais connue, nos fortifications n’ont pas eu à subir l’épreuve décisive des combats. Nous n’avons donc pas de critère pour juger de leur valeur, et nous n’aurons pas la fatuité de déclarer qu’elles étaient supérieures à d’autres. Mais nous sommes en droit de dire que le but pour lequel elles ont été construites a été atteint, puisqu’elles ont contribué à sauvegarder notre existence nationale. Cette conclusion est une promesse pour l’avenir. Elle permet de penser que la fortification des Alpes est basée sur des idées justes et durables. Elle permet de penser que, dans une guerre future, le Réduit des Alpes, bien aménagé, serait encore le sûr refuge de notre indépendance. Cependant, les garnisons qui en ont été la vie et l’âme constituent une force beaucoup plus grande encore que le roc et l’acier. L’histoire de celle de Saint-Maurice a dû être laissée de côté dans ce court aperçu. Je souhaite qu’elle trouve bientôt celui qui saura l’écrire afin d’en conserver la réconfortante leçon pour les générations futures.

Major ANDRÉ RENAUD. Visitez les fortifications de St-Maurice


L’INFRASTRUCTURE DE NOTRE DÉFENSE MILITAIRE, «Le Sous-Officier» N° 2 Février 1976


L’INFRASTRUCTURE DE NOTRE DÉFENSE MILITAIRE

in «Le Sous-Officier romand et tessinois» N° 2 Février 1976

Supplément détachable

Case postale 47

2300 La Chaux-de-Fonds

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INTRODUCTION

Dans le domaine militaire, l’infrastructure englobe l’ensemble des ouvrages permanents qui, en raison de leur destination, servent à la défense militaire.
En fonction des buts pour lesquels ils ont été construits, on distingue les ouvrages destinés :

— au combat au sol, soit : les installations pour
— protéger les troupes et leur armement
— retarder ou stopper l’offensive ennemie

— au combat aérien, soit : les installations pour
— le trafic aérien
— la défense contre avions
— la préalerte
— la conduite du combat aérien et l’engagement des aéronefs

— à la logistique, soit : les installations pour la logistique de notre armée (ravitaillement,
approvisionnement, réserves, etc.)

— à la conduite des opérations, soit : les installations pour protéger les postes de commandement et assurer leurs
liaisons.

Outre cette infrastructure réservée à la guerre, il en existe encore une autre, tout aussi importante :
— pour la préparation à la guerre
— pour l’instruction (les casernes, les places d’armes, les places d’exercices)
— pour la fabrication d’armements (les ateliers militaires)
— pour l’administration et l’entretien du matériel (les arsenaux, les parcs automobiles de l’armée, les magasins, etc.).


Dernièrement, lors d’une conférence de presse, le divisionnaire Edmund Muller, sous-chef d’état-major logistique, a précisé que cette rencontre devait permettre de jeter un regard dans certaines parties de l’infrastructure réservée à la guerre, notamment les ouvrages de la logistique. Basée sur les exposés du chef de l’état-major général, son introduction tient lieu de vue d’ensemble sur toute l’infrastructure de notre défense militaire.
II est bien évident que les ouvrages permanents érigés au cours de ces dernières décennies, dans le domaine de notre infrastructure militaire, ont considérablement augmenté notre potentiel de combat et de défense. Un agresseur en puissance a dès lors tout intérêt à connaître l’emplacement de chaque installation, à quoi elle sert, son aménagement, sa capacité et ce qu’elle contient. Plus l’attaquant possédera de renseignements précis et mieux il pourra établir un ordre de priorité pour ses combattants et s’assurer ainsi de toucher nos ouvrages et de les détruire. C’est pourquoi, d’une part, il importe de tout entreprendre pour empêcher qu’un adversaire possible puisse acquérir de telles informations, mais d’autre part, nous sommes tenus à maintenir le plus grand secret au sujet de tous nos préparatifs. Pour protéger la garnison, il faut non seulement des ouvrages munis d’une superstructure massive et épaisse, mais aussi les entourer du voile du secret.
Par ailleurs, on ne doit pas oublier que tous les moyens militaires que nous mettons en oeuvre ont surtout pour but de dissuader un adversaire de nous attaquer. Nous devons le persuader, aujourd’hui déjà, que le prix d’entrée en Suisse serait beaucoup trop élevé et qu’il existe pour n’importe quel assaillant une disproportion flagrante entre les avantages qu’il se propose d’obtenir et les risques encourus. Dans ce but, il importe de démontrer à l’évidence la valeur intrinsèque de notre infrastructure de guerre, ce qui ne peut se faire sans divulguer certaines données essentielles concernant le genre et l’importance de nos installations. De telles informations ne serviront pas seulement à dissuader un adversaire potentiel, mais aussi à renforcer la confiance de nos troupes et à montrer aux contribuables à quoi servent les milliards prélevés sur le produit de leurs impôts et investis, «littéralement sous terre», dans notre infrastructure militaire.
En conséquence, celui qui doit décrire cette infrastructure se voit immanquablement plongé dans le dilemme :

ou bien se taire, afin d’obéir aux impératifs du maintien du secret
ou alors il doit parler, pour remplir son devoir d’informateur et assurer ainsi l’effet de dissuasion.

L’INFRASTRUCTURE DU COMBAT AU SOL

Depuis les temps les plus anciens et pour renforcer le combat au sol, notre pays a toujours accordé une grande importance à nos ouvrages permanents.

Dans les années antérieures, mais surtout au cours de la deuxième guerre mondiale, de gros efforts ont été faits pour développer notre infrastructure du combat au sol. Depuis lors, et malgré une réduction sensible de leur volume, les travaux se sont poursuivis inlassablement.

Sur le plan des opérations, l’importance va d’abord à nos trois grandes fortifications désignées sous les noms de Gothard, de Saint-Maurice et de Sargans.

Sont d’importance tactique, les barrages établis aux accès nord et sud du réduit.

D’ici quelques années, toutes les troupes combattantes des secteurs frontière, est, nord et ouest, disposeront de points d’appui permanents.

Les nombreux fortins, le grand nombre d’ouvrages d’artillerie qui complètent tous les secteurs fortifiés, permettent un combat autonome et de longue durée. En outre, et répartis dans toute la profondeur du secteur concerné, de nombreux obstacles, des champs de mines à profusion et une quantité d’ouvrages minés renforcent les effets du feu de nos armes.

Dans l’ensemble, toutes ces fortifications et ces points d’appui comptent quelque

400 pièces d’artillerie

600 armes antichars

250 canons de défense contre avions

1800 mitrailleuses

ainsi que des abris pour protéger le cinquième des effectifs de notre armée.

Dans certains secteurs importants du Plateau, on est en train d’y ajouter des abris contre les effets des armes nucléaires.

Les obstacles antichars, sous forme de barricades, de renforcement du terrain et de champs de mines permanents, sont au nombre de 4000 environ.

Dans ce domaine, le réseau permanent des destructions préparées revêt une importance toute particulière.

Le fait que toutes les routes principales et secondaires qui traversent le secteur frontière peuvent être coupées en maints endroits, par des ouvrages minés, a une importance considérable sur le plan tactique.

Sur le Plateau, la possibilité de couper en plusieurs points tous les passages obligés des grands cours d’eau, d’une part, et d’autre part, dans le secteur central, de pouvoir interrompre en maints endroits la circulation routière et le trafic ferroviaire, est certainement d’une importance capitale sur le plan des opérations.

Plus de 2000 ouvrages minés permettent de couper notre réseau des communications et cela de telle manière que les réparations exigeraient des heures et des jours, voire même des semaines et des mois en montagne.

L’INFRASTRUCTURE DU COMBAT AERIEN


Sous l’impulsion du général Guisan, une série d’aérodromes de guerre ont été aménagés, durant le service actif, dans le secteur central. De grandes cavernes ont remplacé les abris légers pour les avions; elles servent non seulement à protéger les avions, mais abritent aussi des ateliers, des postes de commandement, des cantonnements, ainsi que des milliers de pièces de rechange les plus diverses. Enfin, et sous la pression des événements de la guerre des Six jours de 1967, des abris décentralisés ont été construits pour les escadrilles ne disposant pas de cavernes; ils protègent les troupes, le commandement et les avions. Il n’est pas exagéré de prétendre qu’aucune aviation en Europe n’est aussi bien protégée au sol que la nôtre.

Si l’on excepte les positions permanentes de défense contre avions de nos forteresses, seuls les engins guidés sol-air sont dotés d’une infrastructure permanente, ils couvrent la plus grande partie du territoire suisse.
Pour la recherche du renseignement en sondant l’espace aérien et pour l’intervention de notre aviation, nous disposons du système de surveillance et de conduite semi-automatique FLORIDA. Ce système englobe les stations en altitude, bien protégées, et qui surveillent l’espace aérien tout en transmettant, par le réseau des ondes dirigées de l’armée, les observations aux centrales d’engagement. C’est là que des ordinateurs dépouillent ces informations et proposent au chef de l’engagement quelles escadrilles d’aviation ou quelles unités de feu de la défense contre avions il peut choisir pour combattre l’agresseur. La décision prise, l’officier transmet les ordres en code au commandement de l’arme qui doit être engagée (avions ou défense contre avions) et, dans le cas de l’avion, le vol pour l’aller au but et celui du retour sont imposés.

L’INFRASTRUCTURE DE LA LOGISTIQUE

Il n’y a pas si longtemps que le terme de « logistique » a été introduit dans la terminologie de notre armée; il importe donc de le définir, de même que l’expression « soutien » :

La logistique est l’ensemble des mesures et des moyens concernant :

— le soutien

— le service sanitaire

— le service des transports

— l’exploitation, le développement et l’entretien de l’infrastructure de guerre

— l’aide du service territorial pour le soutien des troupes.

Le soutien est l’activité devant permettre aux troupes de vivre et de combattre, soit:

le ravitaillement et les évacuations, la remise en état du matériel de guerre, le traitement et les soins à donner aux animaux de l’armée.

Le service sanitaire

dispose, dans sa base, d’une vaste organisation d’hôpitaux territoriaux et de base comptant 30 000 lits au total. L’hôpital territorial est un établissement annexe d’un hôpital civil, sous la même direction et une collaboration réciproque et où l’on soigne des patients militaires et civils. L’hôpital de base est un établissement militaire autonome du secteur central. Tous ces hôpitaux font l’objet d’un programme de développement visant à les doter d’un bloc opératoire protégé (sous terre ou sous roc), relié en principe à des édifices en surface, tels que : une caserne, un bâtiment scolaire, un camp de vacances ou un hôpital civil.

En plus de ces installations de base, les brigades de combat disposent, dans leur secteur, de stations protégées de traitement sanitaire, qui, dans les brigades de forteresse, ont déjà l’importance de petits hôpitaux.

Pour le soutien en matériel sanitaire, il existe des pharmacies de base, des dépôts décentralisés de matériel sanitaire et huit laboratoires équipés pour fabriquer notamment des comprimés, des solutions, des onguents et des gaz médicinaux. Une partie de ces installations sont souterraines.

Le service des transports

dispose d’une infrastructure très étendue sous la forme des réseaux civils, ferroviaires et routiers. Le Département militaire fédéral finance dans une large mesure l’achat de matériel roulant des chemins de fer propre à assurer certains transports lors de rupture de courant; en outre, les administrations des chemins de fer disposent en plus, sur le réseau à voie normale, de 100 locomotives diesel, et, pour la voie étroite, de huit locomotives à vapeur ou diesel.

Citons enfin les téléphériques militaires, soit 42 installés en permanence et 72 en dépôt, mais qui peuvent être mis en service, selon les besoins, par un bataillon de téléphériques entraîné à ce travail.

Les munitions

Les munitions de la base sont entreposées dans de nombreux magasins, en majorité souterrains, et répartis sur tout le territoire suisse. La longueur totale de ces galeries, y compris celles pour les accès et pour les raccordements, est de 80 km, soit plus de cinq fois celle du tunnel du Gothard. Par ailleurs, les formations d’ouvrages et de forteresses disposent de nombreux dépôts de munitions aménagés sous béton ou sous roc.

Vous avez appris récemment que des attentats ont été perpétrés à plusieurs reprises contre des dépôts de munitions. Il s’agit en l’occurrence des conséquences d’une criminalité accrue, alliée partiellement à des manœuvres politiques. Dès lors, nous sommes amenés à réaliser un vaste programme d’amélioration, afin d’emmagasiner si possible toutes les munitions dans des installations souterraines à l’abri des effractions; il importe en outre d’équiper les autres dépôts en surface de dispositifs de sécurité propres à alarmer à bref délai les organes de surveillance en vue d’appréhender les cambrioleurs.

Les subsistances

Dans ce domaine, les réserves de guerre, sous forme de rations de réserve et de rations de combat, auxquelles s’ajoutent des denrées qui se conservent longtemps, sont emmagasinées dans des installations souterraines combinées. De plus, et dès la mobilisation de guerre, l’armée pourra mettre à contribution les approvisionnements civils que l’économie de guerre lui aura attribués auprès des grossistes et des producteurs.

Les carburants

nécessaires à l’armée sont entièrement stockés dans ses propres installations. Réparties dans tout le pays, elles sont de capacité diverse : la plus petite contient
30 000 litres et la plus grande 190 millions de litres ! Ces réservoirs sont généralement en sous-sol ou sous roc, donc protégés.

Le service du matériel

possède un grand nombre de dépôts, d’ateliers et d’installations de fabrication, en partie souterrains eux aussi.

Quelque 280 000 articles, d’un poids total de 65 000 tonnes, sont répartis dans une centaine de dépôts de matériel.

100 ateliers, en chiffres ronds, sont disponibles pour les réparations, du canon au véhicule à moteur jusqu’aux appareils de transmission et de radar.

Plus d’une douzaine de fabriques sont nécessaires pour produire des biens d’une durée limitée d’entreposage, notamment des batteries électriques et de l’oxygène.

Un nouveau système d’installations souterraines de soutien est en voie d’achèvement. Ces installations, dites «combinées », contiennent des réserves de guerre pour le service sanitaire, le service des subsistances et le service du matériel.

Pour le soutien, nous disposons de quelque 600 installations et les biens qu’elles abritent pèsent 650 000 tonnes, en chiffres ronds, soit plus d’une tonne par soldat suisse !

Le service territorial

De par sa nature, le service territorial repose en majeure partie sur l’infrastructure civile. Le service d’alerte fait exception; il a pour mission d’avertir la population et l’armée en cas de danger d’attaques aériennes, d’attaques nucléaires, biologiques ou chimiques, ainsi qu’en cas d’inondations ou d’avalanches. Le service d’alerte dispose de nombreux postes d’observation qui sont reliés, par un réseau de transmission autonome, aux centrales d’émission d’alerte. Les centrales d’engagement de la défense aérienne transmettent également leurs informations aux centrales d’émission «alerte, de sorte que ces dernières sont en mesure de diffuser, dans leur région d’exploitation, des avis complets d’alarme pour la population et pour l’armée.

L’INFRASTRUCTURE DU COMMANDEMENT

Elle sert en premier lieu à protéger les états-majors de l’armée et des grandes unités, ainsi qu’à garantir leurs liaisons.

Les postes de commandement

Leur protection est assurée par des postes de commandement souterrains qui existent pour l’armée et pour les brigades de combat. Il y a quelque temps, un programme de développement a été établi pour les corps d’armée, les divisions et les zones territoriales; il s’agit de construire un grand nombre d’ouvrages, répartis sur tout le pays, et que les états-majors des divers échelons puissent occuper, selon les circonstances et l’engagement des grandes unités. Les ouvrages non utilisés par des états-majors seront disponibles pour d’autres affectations, par exemple pour le service sanitaire ou comme cantonnements. Alors que presque tous les chefs locaux de la protection civile disposent d’abris protégés, il est grand temps d’en faire autant pour les centres névralgiques du commandement militaire, entendu que sans de tels ouvrages un travail d’état-major, continu et efficace, devient problématique.

Les liaisons

Pour ses liaisons, l’armée s’appuie en premier lieu sur le réseau civil des PTT. Afin de rendre moins vulnérable aux actions ennemies le réseau à longue distance des câbles des télécommunications et grâce â la mise à contribution de crédits militaires, d’autres câbles ont été posés pour contourner des centres particulièrement exposés, des ponts, etc., tout en installant des centraux manuels de secours qui donnent la possibilité d’établir des communications en nombre limité et selon leur degré d’urgence. Dès que le réseau automatique des PTT est surchargé, il s’ensuit immédiatement des interruptions dans le trafic des télécommunications rendant impossible la transmission des messages urgents. C’est pourquoi, et pour garantir les liaisons entre tous les organes de la défense générale — pas seulement militaire — il est nécessaire de prendre des mesures particulières pour restreindre, en temps opportun, le trafic téléphonique civil, ce qui conduit à désigner certains abonnés comme étant indispensables à l’effort de guerre et pour lesquels le maintien des télécommunications, parlées ou écrites, doit être assuré.

La transmission des messages parlés, émanant des postes de commandements sédentaires, a lieu par le réseau civil, dit «réseau D», auquel on connecte des lignes téléphoniques supplémentaires de l’armée ainsi que des centraux militaires.

Des centres permanents de télécommunications (CPT) assurent les liaisons des grandes unités et de l’armée; ils sont intégrés dans le système des câbles militaires et civils, reliés d’une part aux différents états-majors, et d’autre part, au réseau des ondes dirigées de l’armée. Ces centres permettent au commandement supérieur de disposer d’un réseau de télécommunications relativement dense, peu vulnérable aux destructions et pouvant être adapté à toute situation.

LE COÛT ET L’UTILITÉ DE INFRASTRUCTURE

Pour l’aménagement de notre infrastructure de guerre, nous avons consacré :

— 1,2 milliard jusqu’en 1945 (surtout pendant la deuxième guerre mondiale),

— 2,6 milliards de 1945 à nos jours, soit un total de 3,8 milliards.

Pendant ce même laps de temps, 2,0 milliards, en chiffres ronds, ont été dépensés pour des ouvrages dits «de paix » et qui servent à l’instruction, la production d’armements ou à l’administration du matériel.

De ce total de 5,8 milliards, 65 % ont donc été utilisés pour l’infrastructure de guerre.

En quoi réside l’utilité de ces dépenses ? Elle est assurément de nature très diverse.

Un avantage particulier de l’infrastructure permanente mérite d’être cité, soit le gain de temps qu’elle permet de réaliser dans tous les domaines lors de la préparation au combat. Cela a pour nous une importance capitale si l’on considère la situation politico-militaire actuelle en Europe, ainsi que le court délai de préavis opératif auquel nous serons exposés avant une attaque.

Pour conclure, relevons que l’infrastructure permanente revêt une grande importance dans le domaine opérationnel, voire stratégique et qu’elle représente dès lors un élément appréciable de dissuasion pour une puissance en mal d’agression. Les moyens d’attaque que cet adversaire devra déployer contre nous seront d’autant plus considérables que, de notre côté :

— plus de personnes et de biens seront efficacement protégés grâce à l’infrastructure permanente

— et plus durablement les voies de communication traversant notre pays seront interrompues

— et, qu’enfin, nous avons la possibilité de barrer l’accès à tous les secteurs convoités par l’assaillant pour ses propres
opérations.