Historique de l’APSF

 

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Historique de l’APSF

 

L’Association pour la Promotion et le Soutien de la Forteresse Helvétique a été créée en Suisse, à St-Maurice, le 5 septembre 1992, sur l’initiative de M. Pierre Frei.

Le but de l’APSF est de faire connaître la fortification suisse à un public le plus large possible.

L’APSF a créé un autocollant : « Troupe de Forteresse 95 », des maquettes pour une publicité commune des musées de forteresse, ainsi qu’un concept pour une exposition permanente sur l’évolution de la fortification en Suisse.

L’APSF a organisé un voyage d’étude des fortifications en 1993 dans la forteresse du Gothard (avec notamment la visite du prototype pour canons Bison) et en 1994 dans la région de Sargans pour le compte de la Fondation du Fort de Vallorbe.

A partir de 1997, l’APSF est présente au Forum International de la Fortification, elle a représenté pour la première fois l’Association St-Maurice d’Etudes Militaires à l’occasion du 5ème Forum International de la Fortification en France, au fort du Michelsberg, tout en mettant en avant les divers musées de forteresse suisses.

Depuis 1998 l’APSF organise chaque année un voyage d’étude des fortifications suisses qui connaît toujours le même grand succès.

L’APSF tisse de nombreux contacts avec les personnes responsables de la sauvegarde de fortifications en Suisse. On citera notamment la mise sur pied le 10 décembre 1994 au fort de Reuenthal, de la réunion des représentants des musées de forteresse, avec pour conséquence la création de « L’Association des Musées de Forteresse Suisse ». C’est également l’APSF qui a réuni à nouveau ces mêmes représentants au fort d’Obere Nas le 1er mai 1998, avec à la clé, la mise en place de l’organisation faîtière suisse des musées de forteresse : « Fort-CH ».

L’APSF a publié quelques articles sur le thème de la fortification dans différents périodiques liés à ce domaine.

L’APSF tient à jour une importante collection de différents supports traitants du sujet des fortifications.

Par diverses actions et propositions, l’APSF contribue à faire progresser la mise en valeur du patrimoine fortifié suisse.

C’est depuis la fin de l’année 2006 que l’APSF gère le site Internet Hérisson.

 

Article du Nouvelliste du 18 mai 1983 sur le 1er cours d’introduction pour les garde-fortifications à St-Maurice

POUR LA PREMIÈRE FOIS EN SUISSE ROMANDE

SAINT-MAURICE (ruc). – Un cours d’instruction pour jeunes garde-fortifications rentrant au corps se déroule actuellement à Saint-Maurice et dans ses environs. Durant sept semaines, la cinquantaine de nouveaux GF est instruite à la manipulation des différentes armes, protection d’ouvrages, etc. Ce sont essentiellement des Romands. Ils viennent de tous les secteurs de l’arrondissement 13, de Payerne, Gland, Bulle et Saint- Maurice. Ils sont répartis en deux classes.

La première fois

Le cours est commandé par le major Métrailler, de la zone fort 1. Les chefs de classes sont le cap

Pellatton, du secteur 112 et le plt Grosjeand, du secteur 111. Ils ont à leur disposition dix instructeurs GF qui viennent également des diverses régions de l’arrondissement.

Pourquoi une première? L’adjudant Cardinaux a bien voulu éclairer notre lanterne; jusqu’à l’année dernière, ces cours, obligatoires depuis 1974, avaient lieu à Kreuzlingen (canton de Thurgovie). Ils réunissaient environ huitante jeunes GF, engagés à parfaire leur instruction. Le but principal du déplacement des cours a été dicté par le désir d’unifier l’instruction et d’éviter les problèmes linguistiques; d’autant plus que le secteur de Vérolliez est parfaitement apte à satisfaire les exigences. Le «déracinement» constaté à Kreuzlingen est en outre éliminé; donc le travail se déroule dans des meilleures conditions. La discipline est également plus souple; plus conforme avec l’esprit romand; d’où une meilleure ambiance et plus de sérieux dans l’élaboration des diverses tâches journalières.

Pourtant, ce ne sont pas des vacances, note l’adjudant Cardinaux. Neuf à douze heures par jour sont consacrées au travail, sans compter les soirées consacrées à la théorie; presque une petite école de recrues. L’édition 1983 a débuté le 11 avril avec le cours de cadre, et le 18 avril pour les jeunes GF. Il se terminera le 4 juin.

Pour une partie des jeunes GF la journée d’hier a été consacrée à l’instruction au Canon. (de gauche à droite: Raphy Frossard, Philippe Maret, Pierre Frei, Pascal Moll, Philippe Maillard)

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Montée sociale à St-Maurice

[article paru dans le journal SERVICE ET COMMUNAUTÉ du 11 août 1967]
Montée sociale à St-MauriceLe témoignage du vieux militant

1920-1942-1967

Si cette histoire m’était contée !

Le Corps de gardes de fortifications fête cette année le 25ème anniversaire de sa fondation. La presse en a déjà parlé dans divers journaux de Suisse. Chacun commente cet événement selon son propre critère et à sa manière. Des souvenirs sont évoqués, on exalte les étapes parcourues, le service et le travail accomplis, les succès obtenus, etc. Quand le convoi marche bien chacun qui en fait partie estime avoir contribué à cette marche et ainsi avoir droit à une part des éloges qui sont généreusement distribuées à ces occasions-là. C’est d’actualité et c’est humain. Il faut s’en réjouir avec ceux qui y croient; c’est tellement plus sympathique.

Le premier personnel des fortifications
Je pense, cependant, que pour bien situer cet anniversaire il est juste et bon de jeter un regard sur ce qui était «avant» et de remonter le cours du temps, ou de l’histoire si vous voulez, sur les fortifications, car la création du CGF n’est que le prolongement, certes beaucoup plus vaste, de ce qu’étaient les fortifications du St-Gothard et de St-Maurice. Le début de celles-ci se situe vers les années 1890-1895. Beaucoup plus tard viendra s’ajouter Sargans. Dès le commencement, il fallut engager du personnel permanent pour l’entretien des ouvrages fortifiés, du matériel, vivres, armement, etc. Ce personnel était réparti en 3 catégories : 1. les officiers qui avaient rang de fonctionnaire; 2. les sous-officiers supérieurs qui, pour la plupart, avaient rang d’employés chefs de service, plus tard ceux-ci obtinrent la qualité de fonctionnaire; 3. les gardes de fortifications qui, eux, avaient rang d’ouvriers permanents payés à la journée. Les fonctionnaires et employés étaient payés au mois.
Tout ce monde portait l’uniforme et était sous le régime militaire strict, à tel point, et ici je parle plus spécialement des gardes de forts, que si l’un d’eux voulait, pour raison de famille ou autre, quitter son domicile de service ou se mettre en civil, il devait au préalable en faire la demande écrite à son chef, l’Intendant du fort. Celui qui aurait violé cette règle s’exposait à de graves sanctions. Il y avait une garde montante avec sentinelles en permanence devant chaque entrée au fort. La relève de la garde se faisait toutes les 24 heures selon le processus formel.
Ce régime de garde fut supprimé après la guerre 1914-1918 et remplacé alors par un service de planton composé de 2 hommes. Leur tâche était : planton en permanence à la centrale et une patrouille de jour et une de nuit dans le fort, selon un ordre de marche bien défini par l’Intendant du fort, le tout contrôlé par un s.-of.sup. de service. La vie n’était pas facile alors, croyez-moi, pour les gardes de forts. Après avoir accompli sa journée de travail, le garde prenait le service de planton ou de piquet à 18 h jusqu’au lendemain à 18 h, sans aucune compensation.
Puis il y avait le service du samedi et dimanche, qui commençait le vendredi soir à 18 h pour se terminer le lundi soir à 18 h. Ce service

se répartissait en 2 séries, la petite et la grande série. Chaque série comprenait environ 1/3 de l’effectif de la garde. La petite série commençait le vendredi soir à 18 h pour se terminer le samedi à 18 h. Ces agents-là pouvaient rentrer à leur domicile de service le samedi soir et le dimanche soir s’ils étaient mariés, et ils remontaient au fort le matin. La grande série commençait le samedi à 18 h jusqu’au lundi à 18 h sans pouvoir sortir du fort, sinon pour assister au culte ou à la messe le dimanche et sous contrôle. Comme le 1/3 de l’effectif était de service chaque samedi et dimanche le «tournus» donnait : 1 dimanche sur 3 de service, ce qui représente, sans compter les fêtes intermédiaires, 17 à 18 dimanches de service par année et tout ceci sans aucune compensation. Quant à l’indemnité pour les repas, elle se montait, pour les agents mariés, à fr. 1.- par jour; pour les célibataires : zéro.
Tout autre était le régime des fonctionnaires, dont un s.-of. supérieur était désigné de service le samedi et dimanche. Celui-ci bénéficiait de la compensation intégrale du temps, c’est-à-dire 1 1/2 jour ouvrable, ce qui lui permettait de rentrer chez lui du jeudi soir au lundi matin. Quant à l’indemnité de repas, elle lui était payée selon sa classe de traitement, ce qui compensait largement le prix de la pension qu’il payait au fort et même les 3 décis !

Voilà comment la justice sociale était comprise à l’époque ! Je ne m’arrêterai pas au régime des congés pas plus qu’à celui des salaires. Sachez seulement qu’ils étaient à la mesure de ce qui précède.

Trois pèlerins s’en vont à Berne
Ce qui devait arriver, arriva. Un jour 3 pèlerins gardes des forts prirent le chemin de Berne. C’était pendant une session du Conseil national. Ils y rencontrèrent un monsieur Weber, conseiller national. Ce monsieur s’occupait de questions sociales et était président d’une association de syndicats libres, c’est-à-dire non affiliée à l’Union fédérative. C’était en 1920-21. Nos trois pèlerins, qui avaient convenu d’un rendez-vous, expliquèrent la situation des gardes de forts à St-Maurice. M. Weber avait de la peine à y croire. Pour faire un travail utile et correct, il proposa de fonder une association du personnel des fortifications de St-Maurice, ceci basé sur l’art. 56 de la Constitution fédérale garantissant à tout citoyen le libre droit d’association.

Une lettre explosive

Ainsi fut fait et sur le champ il écrivit une lettre au chef du bureau des fortifications de St-Maurice, pour lui annoncer la création de la section des gardes de forts de St-Maurice, sans les syndicats libres. Ah!! mes amis… Quel coup de pied dans ce nid de fourmis ! Vous représentez-vous ce que cela voulait dire en 1921, 3 ans après la fameuse grève des cheminots de

1918, la création d’un syndicat dans une administration militaire ! C’était impensable, révolutionnaire, tout juste que nous ne méritions pas le poteau ! Et pourtant je le dis bien haut : aucun garde des forts ne regardait direction Moscou. Nous étions tout simplement d’honnêtes et paisibles citoyens, soldats-ouvriers, qui ne désiraient qu’un peu plus de justice, d’équité et de compréhension de la part des chefs à notre égard, particulièrement dans le domaine salaire, durée du travail et compensation des heures supplémentaires et de service. En un mot un petit peu de ce qu’eux avaient en abondance.

A quelques jours de la réception, au bureau, de la fameuse lettre, le chef du personnel, un colonel, monta à Dailly. Nous étions à l’appel principal du soir. L’intendant du fort nous mit au «fixe» et annonça la garde au colonel, en lui donnant la parole. Celui-ci n’y alla pas avec le dos de la cuillère. Dans une harangue dénuée de «fioriture», il nous fit part du profond mécontentement du chef du bureau et de lui-même sur la création d’un «Verband», c’est le terme qu’il employa, au sein du personnel militaire de St-Maurice, et qu’ils voyaient cela d’un très mauvais oeil. Vous êtes à la Croix du ciel, dit-il (il est vrai qu’à Dailly nous étions à 1200 m) et le bureau a toujours donné suite à toutes demandes du personnel dans quel domaine que ce soit et qu’en conséquence il n’était nullement utile de créer un «Verband» pour défendre les intérêts des gardes de forts, etc., etc. Cela dura environ 8 à 10 minutes et nous étions toujours au «fixe». La harangue terminée, ce fut le : «rompez vos rangs».
Que je dise tout de suite que les droits du personnel, à l’époque, se résumaient à ceci : 1. le droit de plainte conformément au règlement de service de l’armée suisse; 2. la demande d’entretien pour affaires de service personnelles. Concluez vous-mêmes sur les chances de succès que nous aurions eu en utilisant l’une ou l’autre des deux possibilités dans les cas précités. Il faut bien dire que cette façon de nous mettre au «fixe» pour nous «enguirlander» sur un sujet comme celui du droit d’association a complètement desservi la cause que ce brave colonel voulait défendre. En effet, à part 2 ou 3 défections, en l’espace de quelques jours toute la garde des forts et plusieurs fonctionnaires signèrent leur adhésion à l’Association des Gardes de forts de St-Maurice. Le syndicat était fondé. Une assemblée eut lieu, un comité fut nommé avec à sa tête comme président l’adj. s.-of. Rebaud qui vit encore. Retraité, il habite à Yvonand. Il a plus de 90 ans.

Premiers résultats
Puis ce fut l’ère des séances de comité, des assemblées avec son cortège de revendications et, Dieu sait, s’il y en avait ! Avec l’appui de notre président central, M. le conseiller national Weber, le contact s’établit d’abord avec le bureau, où tout ne fut pas facile, puis, par la voie de service, avec la section des fortifications à Berne, Petit à petit nous prenions droit de cité. Les chefs changèrent et les successeurs se montrèrent plus compréhensifs à notre égard. Le dialogue put s’établir. Une première amélioration intervint par la compensation d’une demi-journée le samedi matin pour ceux qui avaient été de service un dimanche. Puis ce fut la compensation intégrale du service du samedi et dimanche, ainsi que l’amélioration des indemnités pour les gardes qui ne pouvaient pas prendre leur repas à la maison. Enfin, ce fut la révision de l’échelle de traitement et règlement de la garde des forts, ainsi que la promotion à la qualité de fonctionnaires des chefs cibarres, chefs d’ateliers tailleurs et menuisiers, de plusieurs fonctions de commis de bureau et d’intendants, etc.

Toutes ces améliorations qui, il faut bien le souligner, s’échelonnèrent sur plusieurs années, créèrent un climat favorable et bénéfique pour l’administration comme pour le personnel. Les relations avec les chefs étaient meilleures. A l’occasion des fêtes de St-Barbe, Noël et 1er Août, chefs et subordonnés fraternisaient. L’on faisait du théâtre, un orchestre était créé à Dailly où l’intendant jouait du violon avec ses soldats; un air de confiance régnait. Ce fut une période agréable qui se termina par une crise dangereuse pour le syndicat.

Crise et heureux dénouement
Notre président central, le conseiller national Weber, s’en alla rejoindre la maison du Père. Ce fut un gros vide pour nous. Son remplacement posa de gros problèmes. Aucune bonne solution de rechange ne pointait à l’horizon. Des contacts furent pris avec diverses personnalités, voire conseillers nationaux. Ce fut échec sur échec. La barque de l’Association du personnel allait à la dérive. Les gardes de forts, syndicalement parlant, se séparèrent des fonctionnaires et vice-versa. Chacun créa sa propre section. Il y avait du chaos. Ce fut alors que le président de la section de la garde des forts, le cpl. Glauss prit contact avec le grand lutteur syndicaliste chrétien : Albert Curty. Alors les affaires ne traînèrent pas. Dans une conférence mémorable, dont il avait le secret, il amena d’un seul coup toute la garde des forts à la VGCV. Ce fut un coup de maître. A quelque temps de là, ce fut la section des fonctionnaires qui y adhéra également. Ainsi tout le personnel des fortifications de St-Maurice passa sous la houlette des syndicats chrétiens VGCV. Il m’est difficile de situer exactement cette période. Je la place entre les années 1932-1936.

Une ère nouvelle
Une ère nouvelle s’ouvrait à St-Maurice. Albert Curty s’attaqua d’emblée au problème de la nomination des gardes de fort à la qualité de fonctionnaires. Ses interventions furent nombreuses, mais hélas sans succès. Il faut dire que la conjoncture était mauvaise. C’était la période où il y eut la baisse des salaires pour le personnel fédéral, il y avait du chômage en Suisse un peu partout. Notre pays passait par une vilaine crise économique. Tout ceci n’était pas favorable pour une promotion de la garde des forts dans le rang des fonctionnaires. Petit-à-petit, et sans le savoir, l’on s’approchait de la grande guerre. Il y eut, à cette époque, un changement important à St-Maurice. Les intendances de Dailly et Savatan furent supprimées et remplacées par une seule instance : l’Intendance des fortifications de St-Maurice avec à sa tête le colonel Otto Weber, nommé Intendant des fortifications de St-Maurice, sous la juridiction administrative du cdt de la Br. Mont. 10, col. Br. Schwarz. L’Intendant avait un adjoint : le cap. Apothéloz avec résidence à Dailly. Tout un réseau de fortifications s’édifiait dans le secteur de la Br. Mont. 10. La Cp. volontaire 10 était à Savatan et dans le secteur de la brigade. Nous arrivions ainsi à la grande guerre 1939-1945. Cette période fut celle qui décida, par un sort injuste, du destin et de la fin de la garde des forts de St-Maurice.
Ecoutez plutôt. C’était au printemps 1941. Par un temps d’orage et en pleine nuit une voiture pilotée par le cdt de la Br. Mont 10, le col. Br. Schwarz, et dans laquelle se trouvait le col. Weber, Intendant des fortifications de St-Maurice, et le chauffeur du brigadier, l’app. Claret, se dirigeait sur St-Maurice, A l’entrée du village d’Evionnaz, la voiture fit une formidable «embardée» pour s’arrêter, après quelques tonneaux au milieu d’un pré. Résultat: 2 morts, le col. Weber et le chauffeur Clarret. Le col. Br. Schwarz s’en sortait sain et sauf. Nous étions en pleine période de guerre. Partout dans le pays l’on oeuvrait aux travaux de fortifications. Notre secteur n’en était pas le moins important. Il fallait activer, car nous n’étions pas à l’abri d’un éventuel envahisseur. A Berne, la section des fortifications étudiait et élaborait les nouvelles et futures dispositions sur le service des fortifications. Le col. Weber, en sa qualité de chef de l’Intendance des fortifications de St-Maurice, avait pris une part active à ces travaux et collaborait étroitement en la matière avec la section à Berne. Son brusque départ n’était pas de nature à faciliter les choses. Il fallut lui trouver un remplaçant. Qui ? Ce n’est pas les colonels qui manquaient, mais peut-être les compétences ! On ne remplace pas aisément un chef à la tête d’un pareil dicastère, ceci d’autant plus que le col. Weber avait plus de 25 ans de pratique dans les fortifications. Le cdt de la Garnison de St-Maurice, le col. Mamin prit les rennes en mains momentanément et en attendant que l’on donne un successeur au col. Weber, Ce fut le col. Cause, cdt territorial à Martigny, qui fut désigné intendant AI. Pourquoi le cap. Apothéloz, adjoint à Dailly, ne fut-il pas appelé ? Trop jeune ! C’est un défaut qui se corrige tous les jours ! Pas assez gradé ? Peut-être !

Le Corps des Gardes fortifications est créé

Un mois après le départ du col. Weber, le Conseil fédéral promulguait son arrêté fédéral du 25 juin 1941 sur le service des fortifications. Cet arrêté est entré en vigueur le 1er avril 1942. Il fixe les bases de la création du Corps des Gardes Fortifications. Dans les dispositions finales de cet arrêté, il est prévu l’intégration des anciennes intendances des fortifications dans la nouvelle formation. Pour tout le complexe du Gothard et de Sargans il n’eut pas de problème; ce fut passage pur et simple d’un régime à l’autre. Il n’en fut pas de même à St-Maurice. Pourquoi ? Il vaut mieux ne pas répondre à cette question ! C’est ici cependant que le départ si brusque du col. Weber se fit cruellement sentir. Jamais les choses n’auraient tourné à une pareille confusion s’il avait été là ! Maïs hélas ! Il n’était plus là pour la défendre, «sa garde», comme il l’appelait volontiers.
Toujours est-il que celle-ci fut mutilée et déchiquetée, On en fit trois parts: Une pour le CGF, une pour l’IMG et une pour le CCG qui avait préparé et trouvé ce savant dosage, auquel le personnel n’eut jamais droit de regard ? Il vaut mieux ne pas y répondre. C’était la guerre, les pleins pouvoirs, le règne des colonels. Et malgré les vigoureuses interventions et protestations de notre vaillant secrétaire, Albert Curty, il fallut passer par là !

Et c’est ainsi que commença, le 1er avril 1942, le ménage à trois dans les fortifications de St-Maurice. Vous pouvez bien penser que tout ne marcha pas comme sur des roulettes. Les forts étaient occupés par la troupe, qui n’avait rien à voir dans cette affaire. Pour certaines choses il fallait s’adresser à «ceux» de l’IMG, pour d’autres à «ceux» du CCG, pour d’autres encore aux «GF». A la vérité, ceux qui eurent le plus à souffrir dans ce «Capharnaum» ce furent certainement les nouveaux venus, c’est-à-dire les GF qui, eux, n’en pouvaient rien, les «pauvres». A Dailly, cela allait mieux. Là-haut une grande partie des anciens avait passé à la nouvelle garde, dont pour un le regretté adj, s.-of, Kühni, qui en était le chef

d’ouvrage et qui connaissait tout ! Mais ailleurs !

Heureusement, il y avait de la bonne volonté de part et d’autre parmi ceux de la base, les prolos comme dit l’oncle Séraphin. Quantité de choses s’arrangeaient à l’amiable et sans histoire. En définitive nous tirions tous à la même corde «fédérale» et entretenir l’animosité n’aurait fait qu’aggraver un état d’esprit malsain, qui avait suffisamment été mis à l’épreuve. Ceux qui ont vécu cette période me comprennent.

Mutations et intégration

La guerre mondiale continuait et les années passaient. On arriva ainsi à la fin de la guerre en 1945. La démobilisation générale commença et les soldats rentraient dans leur foyer. Ici se situe certainement l’épisode le plus douloureux pour les anciens gardes de forts qui n’avaient pas passé au CGF. Ordre leur fut donné de déposer l’uniforme militaire et de se mettre en civil du jour au lendemain. Dernier outrage, suprême humiliation à ces vieux gardes qui avaient accompli 10, 20, 30 ans de service et plus sous l’uniforme militaire. Du même coup l’assurance militaire fut supprimée.

Vous tous qui fêtez cette année le 25ème anniversaire du CGF, comment «encaisseriez-vous», si cela vous arrivait aujourd’hui, et sans aucune faute de votre part ? Je ne demande pas de réponse et je souhaite du plus profond de mon coeur que cela ne vous arrive jamais.
Puis ce fut le départ de tous les anciens, mis en civil, de l’IMG qui étaient encore dans les forts et qui furent transférés à l’Arsenal de St-Maurice. Pour eux tout était consommé. Ceux du CGF, par contre, restèrent dans les forts en civil; les casernes ne se transportant pas en plaine ! Et la vie continua comme cela pour eux jusqu’en 1948. Mais, comme vous pouvez bien le penser cela ne pouvait durer éternellement d’avoir dans les forts deux instances : les GF qui représentaient le gros de l’effectif en uniforme et une poignée d’agents du CCG en civil. Cette association hybride devait disparaître; c’est pourquoi, dans un geste qui l’honore, le CGF s’employa à y mettre fin. Une conférence eut lieu à Savatan entre le chef du personnel du CGF et le Cdt de la Cp GF 10 d’une part et le représentant du CCG et de la section des fonctionnaires d’autre part. Les conclusions de cette conférence furent que tout le personnel du CCG, qui avait appartenu à l’ancienne garde passerait au CGF avec effet au 1er janvier 1948. Ainsi se terminait le dernier acte de l’intégration de l’ancienne garde des forts au CGF. Une seule ombre restait au tableau et qui ne put être effacée:
la réintégration des anciens gardes transférés à l’IMG et qui n’ont pu rejoindre leurs camarades du CCG dans le CGF. Pour eux, comme dit plus haut : tout était consommé; dans leur coeur subsiste une injustice dont ils ont été les victimes involontaires.

Il y aurait encore quantité de choses à dire sur ce que fut l’ancienne garde des forts jusqu’au 1er avril 1942, mais cela nous amènerait à écrire un roman. Un témoin restera pour toujours : le petit fanion, emblème de l’ancienne garde, dont feu de col. Weber était si fier d’avoir fait confectionner au temps où il était Intendant des fortifications de St-Maurice. Ce fanion est en dépôt à Savatan où la nouvelle garde veille sur lui. Il sort du fort pour venir s’incliner sur la tombe d’un ancien qui nous quitte pour la maison du Père, puis il rejoint son poste.
Un vieux proverbe dit : Le Roi est mort, vive le Roi, et moi je dirai: «L’ancienne garde n’est plus, vive la nouvelle».
Bon anniversaire

Bon anniversaire au Corps des Gardes de Fortifications de toute la Suisse. Bon anniversaire à vous, compagnons de la Compagnie GF 10, anciens camarades de service, Avec vous j’ai aussi «bourlingué» dans le secteur de la Cp. Il y eut des mauvais moments, mais aussi beaucoup de bons, je ne veux me souvenir que de ceux-ci. Bon anniversaire à tous. A l’instar de votre Cdt., qui a si bien su exprimer à l’occasion de vos 25 ans de service, toute la noblesse de votre rôle dans l’accomplissement fidèle et journalier de votre devoir de soldat et d’ouvrier, je forme pour vous tous mes voeux les meilleurs.

Votre tâche est belle, elle ne sera pas uniquement parsemée de fleurs, il y aura aussi parfois des épines; écartez celles-ci avec patience et conservez celles-là avec amour. Soyez généreux et fidèles au poste et lorsque sonnera pour vous l’heure de la retraite, comme elle a sonné pour nous, vous serez contents et heureux de vous reposer dans le souvenir du devoir fidèlement accompli pour la sauvegarde de notre cher et beau pays. A vous tous Chefs et Soldats :

Bon anniversaire en ces premiers 25 ans du Corps des Gardes-Fortifications. Un ancien

Cet article est paru dans le journal SERVICE ET CUMMUNAUTÉ du 11 août 1967

 

Extrait du livre de John McPhee « La Place de la Concorde Suisse » paru aux Editions Grasset Paris 1985 ISBN 2-246-34591-X

 

Si l’on peut affirmer que le paysage helvétique est celui du monde le mieux mis en valeur, c’est parce que les Suisses, quand ils ont retouché leur sol, l’ont fait avec infiniment de talent. Une telle réussite découle dans une certaine mesure d’une exigence profonde. La Suisse n’a guère d’espace à gâcher; sa taille pose d’autre part un problème d’ordre militaire. Il n’y a pas de rose sans épines. Alors que chaque site de ce pays suffirait à faire la fortune d’un calendrier des Postes, pas une vallée, pas une montagne, pas un village, pas un paysage en Suisse qui ne soit prêt à exploser pour se défendre contre une invasion. « C’est un sujet dont nous ne parlons pas, m’a dit l’autre jour un colonel de l’Etat-Major. Ne me posez pas de question là-dessus. Mais ouvrez bien les yeux et vous allez voir ce que vous allez voir. »Il n’est pas obligatoire d’avoir passé à la rude école de la CIA pour distinguer, partout dans les Alpes, des pistes d’atterrissage. On ne cherche d’ailleurs pas à les dissimuler. Personne ne pourrait croire que ce ne sont que des tronçons d’autoroute dont la société aurait soudain fait faillite. Des installations plus récentes, comme certains hangars construits au cœur même de la montagne, présentent plus de mystère. Dans les forêts, on découvre des clairières qui ne semblent pas avoir leur raison d’être. Sur des calendriers, on pourrait les confondre avec des alpages. Mais on n’y rencontre ni vache, ni chalet, ni berger. En Suisse, personne n’abattra un arbre dans une forêt sans une autorisation fédérale. Alors, pourquoi ces trouées nettement dessinées au milieu des bois ? Ce sont tout simplement des champs de tir, qui ouvrent sur des canons du dernier modèle dissimulés dans la roche et pointés sur un objectif bien défini : l’entrée d’un tunnel, l’arche d’un pont — qui pourraient avoir besoin tout à coup des soins empressés d’un tir bien ajusté. Tout a été programmé depuis longtemps; les obus sont prêts à voler dans l’espace.

Des milliers de gros canons sont installés dans le roc et, dans une mesure qui reste confidentielle, ils sont continuellement prêts à tirer. Au-dessus de Brigue, sur la route du col du Simplon, à dix kilomètres environ du secteur où patrouillent Massy et ses camarades, se dresse un pont flambant neuf qui repose sur des piliers élancés, rectangulaires. Il domine, à près de cent cinquante mètres, une gorge profonde. C’est un pont arqué, de béton blanc. Ses câbles de suspension sont invisibles. Il est superbe à voir, s’incurvant ainsi à travers l’espace; bref, un chef-d’oeuvre du Génie civil. Il rend l’accès au Simplon plus court et plus aisé. Le Simplon étant ce qu’il est sur le plan stratégique, il ne fait aucun doute que les Suisses sont prêts à faire sauter ce pont, n’importe quand, à l’instant même s’il le faut. La vérification du système de destruction est un exercice de routine. C’est souvent l’ingénieur civil ayant conçu le pont qui, revêtu de son uniforme d’officier, sera chargé de le faire sauter. Une fois détruit, il faudra, par un feu de couverture, empêcher l’ennemi de le reconstruire.
La route du Simplon, qui se fraie un passage à travers de formidables masses rocheuses, offre aux yeux des automobilistes tant de surprises qu’ils ont tendance à ne pas remarquer la pierre des murs de soutènement. Ce sont des blocs de granit, ou quelque chose d’approchant, mais par places le grain de la pierre est comme altéré. On peut observer ce phénomène à deux kilomètres au nord du fameux pont en courbe dont nous venons de parler. Il n’y a là ni barrage ni contrefort au bord de la route; mais si vous vous arrêtez devant l’anfractuosité la plus proche qui sert de refuge contre les avalanches, retournez-vous : vous vous apercevrez alors, en regardant très attentivement, qu’une partie des pierres du mur de soutènement est en plastique. Deux douzaines de blocs de plastique, imitation granit, forment deux panneaux mobiles*. En fait, ce sont des meurtrières, invisibles pour le moment. Elles donnent directement sur l’extrémité toute proche du pont. Feu préparé. « Ne me posez pas de question là-dessus. Mais ouvrez bien les yeux ! Vous allez voir ce que vous allez voir !

Pour interdire à un ennemi éventuel l’usage des ponts, des tunnels, des routes, des voies de chemin de fer, la Suisse a installé trois mille points de destruction. C’est le chiffre publié officiellement. On m’a laissé entendre que, pour approcher de la vérité, il faudrait le multiplier par deux. Partout où un pont franchit une voie de chemin de fer, un segment de ce pont est programmé pour s’écrouler sur les rails. D’autre part, des pièces d’artillerie ont été dissimulées à proximité, pour interdire à l’ennemi de déblayer les décombres ou de réparer les dégâts. On évalue ces pièces, qu’elles soient camouflées ou non, à plus de douze mille. C’est le principe du Porc-Épic. Près de la frontière allemande, chaque tunnel routier ou ferroviaire est prêt à s’effondrer sur lui-même ! Les montagnes alentour sont devenues si poreuses que des divisions entières peuvent s’y caser. Des soldats complètement équipés peuvent s’entasser dans des refuges aménagés sous des granges factices. On a posté des canons dans de ravissantes maisonnettes. Partout où les routes suisses longent une bande étroite de terrain entre lac et falaise, des avalanches de rochers, préparées par la main de l’homme, sont prêtes à débouler.

Vous devinez dans le flanc des montagnes, au-delà de portes verrouillées, des couloirs qui se prolongent dans le roc. Entrons : au plafond, des lampes sont disposées tous les cinq mètres, bien trop nombreuses pour qu’on en fasse l’addition. Nous nous trouvons dans un hôpital, creusé au plus profond du roc, ou dans un de ces dépôts de carburant bien assez vastes pour alimenter pendant plus d’une année l’armée entière, du premier avion à réaction au dernier Haflinger. On y trouve aussi, bien sûr, de la nourriture et, inutile de le dire, des munitions. Les réserves alimentaires, en parfait état de fraîcheur, sont mises en vente régulièrement dans le public, ou consommées par la troupe, puis aussitôt reconstituées. Il existe un pain de l’armée suisse qu’on peut conserver deux ans. Enveloppé sous vide et dur comme de la pierre. Exposé à l’air, il gonfle et redevient moelleux. On cache aussi des munitions dans les forêts; seuls les officiers savent où se trouvent ces cachettes.

Plusieurs pays, l’Union soviétique comprise — dont le projet d’établir une carte militaire du territoire helvétique n’a pas échappé à l’attention des Suisses —, espionnent ces points de défense et cherchent à situer ces mystérieuses installations. Il est clair que les Russes considèrent la neutralité armée comme une agréable formule de pure rhétorique. Pour eux, la Suisse et le pacte de l’Atlantique ne font qu’un, même si Berne s’élève vivement contre cette affirmation. Il semble que les Soviétiques considèrent la Suisse comme une espèce de Fort Alamo capitaliste, l’ultime position de défense d’une Europe occidentale en train de s’écrouler.

Circulez à travers la Suisse avec toutes ces idées en tête : vous découvrirez alors de petites routes qui vont buter contre des parois montagneuses; des entrées de souterrains, grosses taches sombres, aménagées sous des voies ferrées alpines et sous de sinueuses routes en corniche; des portails de toutes formes, tapissés de pierre. Il vous sera facile d’imaginer que presque tous ces ouvrages d’art ne sont que supercherie, dissimulant quelque installation militaire. Voici par exemple un bâtiment, aux vastes portes closes, qui ressemble à un dépôt de chasse-neige. Mais pourquoi faudrait-il protéger des chasse-neige par une clôture de barbelés aussi élevée ? Peut-être dégage-t-on ici la neige à coups de canon de dix centimètres et demi ? Peut-être cette construction est-elle l’émergence d’un puits de mine ? On ne pénètre pas toujours dans ces installations souterraines par le flanc des montagnes, mais pour certaines d’entre elles, par des bâtiments ordinaires dont les sous-sols se prolongent bien loin sous terre.

Voilà une montagne : elle semble tout à fait capable de tenir debout toute seule mais non, elle est dotée à sa base d’une immense paroi aveugle de béton. Plus loin, vous découvrez un amas d’éboulis, mais si vous levez les yeux pour chercher la montagne d’où il est descendu, vous ne trouvez pas de montagne. Vous en déduisez que ce matériau est bien venu de quelque part et vous percevez intuitivement que sous terre doivent s’étendre de vastes espaces évidés qui expliquent la présence de ces blocs de rochers répandus à la surface du sol.

Il existe en Suisse trois centres de défense principaux, chacun soigneusement dissimulé. Ce sont en fait trois forteresses. L’une d’elles se trouve près de la frontière autrichienne, une autre en amont du lac Léman et la troisième dans la région du Saint-Gothard, le passage central des Alpes. Ces forteresses sont pareilles à des colonies de fourmis souterraines. Elles sont opérationnelles de manière permanente. Tandis que les soldats, comme Massy et Wettstein, font leur cours de répétition par monts et par vaux, d’autres soldats de l’armée passent le même temps sous terre. Ces installations sont désignées sous le nom de Festungen (forteresses) d’une manière impropre. Le mot évoque en effet une citadelle qui constituerait une seule unité, une sorte de Fort Ticonderoga au bord du lac Champlain. En fait, ces forteresses sont constituées d’un entrelacs de tunnels, de souterrains, de bunkers, d’installations de surface, et s’étendent chacune sur plusieurs dizaines de kilomètres carrés. S’ajoutant à ces places fortes principales, il existe tout un système de redoutes dispersées sur le territoire; ce sont des ouvrages fortifiés du même type, creusés dans le roc, parfois encore plus vastes que ces trois Festungen. Même au sein de l’armée, les dimensions, la situation, les objectifs de toutes ces installations défensives, restent secrets et ne sont connus que de quelques-uns directement concernés. Certaines d’entre elles — quelle ironie ! — ont été construites par des travailleurs étrangers. Eux savent où elles sont — mais pas les Suisses !

* A ce sujet il est particulièrement intéressant de savoir que quelques temps après la parution de ce livre, l’armée a modifié le camouflage de ces embrasures en recouvrant les murs en polystyrène extrudé (Styrofoam) par du béton projeté sur treillis, imitation rocher…ainsi les 2 types de camouflages se trouvent superposés

Ci-dessous, 3 courts extraits du livre à l’image de son contenu…

« Le Jura est si parfaitement paré contre une invasion qu’il fait penser à un cuirassé camouflé qu’on aurait tiré à sec. »

«…une demi-douzaine de soldats en tenue de combat surgirent au pas de course en tirant derrière eux un long filin qu’ils introduisirent dans un trou. De temps à autre, une tête émergeait du trou. Les passants semblaient à peine remarquer le manège. A Bâle, s’exercer à faire sauter un pont, c’est presque de la routine. »

«…Le Château de Chillon se dresse là, à proximité immédiate de la route, les pieds dans l’eau. C’est là aussi que l’on a mis en place tout ce que l’homme a pu inventer comme engins de guerre capables de barrer la route à une avance ennemie menaçante. En face du Château, un ouvrage de pierre savamment fortifié abrite toute une artillerie. » Voir le plan du fort de Chillon

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Histoire des fortifications de St-Maurice

GARNISON DE SAINT-MAURICE 1939-1945

Histoire des fortifications de Saint-Maurice

Visitez les fortifications de St-Maurice

Saint-Maurice est une des plus anciennes localités de notre pays. Son nom primitif d’Acaunum, qui signifie rocher, et conservé de nos jours dans Saint-Maurice d’Agaune, est celui d’une bourgade qui existait déjà avant la conquête du Valais par les armées romaines (15 avant J.-C.). Pendant l’occupation romaine, qui dura plus de quatre siècles, la cité fut connue sous le nom de Tarnaiae et joua un rôle militaire sur la voie de communication que les Romains établirent entre Aoste et l’Helvétie par le col du Mont-Joux, l’actuel Grand-Saint-Bernard. Une tour de garde fut édifiée, qui a été démolie lors de la construction de la route moderne en 1690. Elle se trouvait entre le château actuel et le Rhône. C’est à cette même époque encore que, selon la légende, des chrétiens de la légion thébéenne conduits par Saint-Maurice furent massacrés près du défilé sur l’ordre de l’empereur Maximien, pour n’avoir pas voulu sacrifier aux dieux de Rome.
Après le départ des Romains, l’évêque Théodorus fit construire une église et un couvent en souvenir des martyrs chrétiens et la cité prit le nom de Saint-Maurice d’Agaune. La petite bourgade chrétienne vit son église transformée plus tard en abbaye, mais elle dut prendre des mesures de protection à l’égard des incursions des pillards lombards et sarrasins ; c’est de cette époque, au XIe siècle, que date le clocher de l’abbaye, qui fut à l’origine une tour fortifiée dans laquelle les défenseurs pouvaient se retrancher. La tour de la colline de Saint-Triphon a la même histoire. Saint-Maurice d’Agaune fut enfin doté, au sud, d’une muraille d’enceinte qui s’étendait du Rhône au pied des rochers. La position du défilé était très forte, car seuls des ponts suspendus aux rochers permettaient une circulation facile à contrôler. L’actuel pont de pierre et le château datent du XVIe siècle, mais la disposition des constructions maintenait la surveillance absolue du passage. Le château était la résidence du bailli du Haut-Valais. Sur l’autre rive du Rhône, on ne vit apparaître des ouvrages militaires qu’à l’époque de l’occupation du Pays de Vaud par les Bernois ; mais il ne s’agissait que de fortifications de campagne qui durent être démolies en 1718, à la suite de représentations faites par l’Etat du Valais.
Cette brève incursion dans le passé montre bien que la valeur milliaire de la position de Saint-Maurice n’avait échappé à aucun des maîtres du pays. Plus tard, en 1802, elle frappa également un général de l’armée d’occupation française, qui écrivit ce qui suit : « Saint-Maurice offre une position si magnifique à fortifier, que je me chargerais volontiers de faire avec cette petite ville, avec ses hauteurs, une place qui, avec le vingtième de ce qu’a coûté Briançon, serait plus forte, et surtout fermerait mieux la vallée du Rhône que l’autre ne ferme la vallée de la Durance.» Après la politique, c’est toujours dans la géographie qu’il faut rechercher les éléments essentiels de toutes les décisions militaires. A ce point de vue, la position de Saint-Maurice est une constante de la défense militaire de la Suisse.
En 1814, la nouvelle Confédération suisse des 19 cantons, née des tristes conditions politiques qui succédèrent à l’occupation étrangère, eut immédiatement le souci d’assurer la sécurité du territoire. Mais, ruinée par les guerres dont elle avait été le théâtre, en pleine organisation politique et administrative, sans armée fédérale, elle ne pouvait faire beaucoup. Il est d’autant plus remarquable de voir ses autorités décider très tôt de fortifier Saint-Maurice, et cela bien avant de prendre en considération d’autres points du territoire. Ce n’est que beaucoup plus tard, par exemple, que la défense fortifiée du Saint-Gothard fut envisagée et considérée comme plus importante que le Bas-Valais. Cependant, à l’époque en question, on ne fit rien encore à Saint-Maurice; mais en 1831, la situation politique en Europe préoccupant la Diète, on décida d’étudier la fortification du pays. Saint-Maurice fut à nouveau proposé, avec, en Suisse romande, Chillon, la Porte-du-Scex et Gondo. Aussitôt, des travaux furent entrepris à Saint-Maurice sous la direction du colonel Guillaume-Henri Dufour, le futur général de 1847.
Le caractère essentiel des fortifications construites à Saint-Maurice de 1831 à 1860, selon les plans ou les directives de Dufour, est celui d’une double tête de pont établie sur les deux rives du Rhône, du défilé jusqu’aux étages de la colline de Chiètres et du plateau de Vérossaz. Le réduit ainsi constitué était en outre fermé vers le sud par la redoute d’Evionnaz et le front bastionné de Lavey. Il devait servir de pivot à une troupe de défense de 12 000 à 15 000 hommes en lui assurant un changement de rive. L’armement d’artillerie prévu était de 50 canons. Il n’est pas possible de décrire ici ce dispositif qui ne fut jamais complètement achevé, faute de moyens financiers, et, parfois aussi, parce qu’il fut l’objet de vives critiques. A cette époque déjà, le principe même de la fortification permanente était souvent combattu, et la Diète même motiva en ces termes la modicité des crédits qu’elle y affectait : «La puissance militaire repose d’avantage sur la force des citoyens entraînés aux armes et à l’esprit de sacrifice que sur des ouvrages d’art».
Des fortifications de cette époque, on retrouve entre autres les fossés et murs crénelés des deux côtés du défilé, la tour ronde près du château, ainsi que trois redoutes, l’une sur la rive droite, l’autre à Vérossaz, la dernière à Evionnaz. D’autres ouvrages intéressants ont disparu, notamment les deux batteries de canons Saint-Martin et Wiélandi, et le fossé du front bastionné de Lavey, comblé en 1935 à la demande de l’Etat de Vaud, soucieux de faire disparaître ce gîte à moustiques.
A partir de 1880 environ, l’histoire des fortifications de Saint-Maurice doit être placée dans celle plus générale des fortifications nationales dont elles ne constituent plus qu’un chapitre particulier et souvent secondaire. Notre pays éprouve en effet le besoin de développer toujours mieux les mesures propres à assurer le maintien de sa neutralité dans une Europe dont l’équilibre politique a été profondément modifié par la formation de la Triple alliance survenue après la guerre de 1870-71. Formée d’abord en 1872 de l’Allemagne, l’Autriche et la Russie, puis dès 1887 des deux premiers Etats et de l’Italie, elle plaça la Suisse entre ce puissant bloc et la France. Cette situation dura jusqu’en 1915, année où la Triplice fut rompue par l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de la France, ce qui apporta à la Suisse un changement de conjonctures stratégiques important pour vingt ans. Mais on peut considérer que la situation résultant pour nous de la Triplice se renouvela par la formation d’une coalition semblable après l’Anschluss de l’Autriche et le Pacte d’acier entre l’Allemagne et l’Italie. A deux époques différentes, les mêmes situations politiques provoquèrent les mêmes renforcements de la défense militaire de la Suisse. Mais il est un autre facteur qui, vers 1880, intervint vigoureusement en faveur de la fortification permanente, c’est le développement des passages des Alpes. En 1882, c’est l’achèvement du tunnel du Saint-Gothard, en 1906, celui du Simplon, ouvrages qu’il nous appartient de défendre à tout prix. C’est de ces diverses circonstances que sont nées, en 1874, l’armée de campagne, et dès 1880, la grande préoccupation de renforcer la barrière des Alpes, que l’historien Paul Martin relate en ces termes : « L’idée de barrer les routes d’invasion des pays voisins, de couper les bases d’opération qui passent par notre territoire, est l’éternel postulat de la défense de la Suisse ».
Les premiers travaux commencèrent au Saint-Gothard, car son importance était momentanément plus grande que celle du Bas-Valais. En 1886, on fortifiait la sortie sud du tunnel, puis les travaux s’étendirent à l’ensemble du massif où, en 1892, on avait déjà dépensé plus de 9 millions de francs. L’opinion publique s’inquiétait de ces fortes dépenses et craignait au surplus qu’elles nuisent à l’armée de campagne dont on tenait à maintenir l’armement et les effectifs à la mesure de la mission qu’on lui confiait. Cependant, le 24 juin 1892, les Chambres fédérales votèrent le premier crédit, s’élevant à 2 millions 100 000 francs, pour fermer la vallée du Rhône par des fortifications semi-permanentes à Saint-Maurice. Cette décision fut précédée d’études stratégiques, tactiques et techniques sur le choix de la position, et aussi de vives controverses qui retardèrent quelque peu la construction que, pour des raisons de politique internationale, le Conseil fédéral se proposait de réaliser avant le 1er mai 1892.
En 1891, le chef de l’E.M.G. avait proposé tout d’abord au chef du Département militaire fédéral de renforcer provisoirement les anciennes fortifications du défilé et d’installer des positions d’artillerie sur le plateau de Vérossaz et à Lavey. Mais un officier attaché au Département militaire fédéral, le lieutenant-colonel R. Weber, établit simultanément un contre- projet intitulé « Projet de barrage du défilé du Rhône à Saint-Maurice par la fortification semi-permanente à Savatan-Dailly », où il proposait de placer un armement de 50 canons et mitrailleuses et de les confier à une garnison de 1350 hommes, capable de se défendre elle-même, sans dépendre de troupes d’opérations.
Quoique adopté par la suite, le projet Weber fut tout d’abord très vivement combattu par le chef de l’E.M.G. qui, abandonnant son intention première de renforcer le défilé, proposa de choisir la position de Martigny. Cette idée n’était d’ailleurs pas nouvelle; d’autre part, elle était entièrement fondée du point de vue stratégique. En 1862, le major Hermann Siegfried, aussi bon stratège que cartographe, avait obtenu un prix de la Société militaire fédérale pour une remarquable étude sur « la valeur de la position militaire de Saint-Maurice ». Il démontrait que la position militaire de Martigny satisfaisait à toutes les conditions de la défense de la vallée du Rhône, interposée qu’elle était entre le Simplon, objectif de l’invasion, et les routes y conduisant, et disposant en outre des communications avec l’arrière. Cependant, il estimait que Saint-Maurice partageait tous ces avantages à la seule exception du débouché de la vallée de Chamonix et que le renforcement de cette position ne devait pas être exclu. Les deux projets avaient donc des motifs sérieux d’être retenus l’un et l’autre, et le Conseil fédéral ne put se déterminer sans ordonner une étude plus approfondie. Elle fut confiée à la Commission des fortifications qui, en avril 1892, effectua une reconnaissance de plusieurs jours dans la région de Martigny, à la suite de laquelle elle prit à l’unanimité la décision de recommander au Département militaire fédéral la construction de fortifications à Saint-Maurice.
La raison essentielle de la décision prise en 1892 réside dans le coût extrêmement élevé du projet de Martigny. Cette position aurait exigé des fortifications permanentes, alors que celles de Savatan et de Dailly, plus fortes naturellement, pouvaient être renforcées à moins de frais par des ouvrages semi-permanents. Enfin, la fermeture du noeud de communications de Martigny exigeait la construction de plusieurs gros ouvrages, l’un dans la plaine, et trois autres à Gilloud, Follatères et Chemin, le tout devisé à 10 ou 11 millions de francs, et un délai de construction de 4 ans. Ce sont, très brièvement résumées, les circonstances dans lesquelles le paisible pâturage dc Savatan, la terrasse ensoleillée de Dailly et les rochers de l’Aiguille sont entrés dans l’histoire militaire de Saint-Maurice. Les discussions terminées, les esprits apaisés, le choix fut bien accepté. La décision avait sans doute été dictée par l’état des finances fédérales et le désir de ne pas affecter à Martigny une garnison qu’il aurait fallu porter à 20 000 hommes à prélever sur les effectifs de l’armée de campagne. La ténacité du lieutenant-colonel Weber l’avait emporté, et son sens tactique avait eu raison, car la nouvelle position, imprenable de front, avait une valeur défensive considérable.
Les travaux de fortification à Savatan et à Dailly commencèrent donc au cours de l’été 1892. On n’avait pas eu le temps d’élaborer des projets détaillés et la Commission des fortifications, entièrement absorbée par les travaux du Gothard, délégua ses pouvoirs à une commission restreinte dans laquelle siégeait l’auteur du projet et le colonel brigadier David Perret, désigné comme commandant de la défense du Bas-Valais. Le capitaine J. Rebold fut désigné comme chef des travaux. Cependant, les premiers artilleurs de forteresse de la garnison de Saint-Maurice furent formés à Airolo en 1893, et ce n’est qu’en 1894, dans le courant de l’été, que les ouvrages de Dailly et de Savatan, assez avancés, purent être utilisés pour l’instruction; ils furent achevés au mois de novembre. La même année, le colonel Perret fut nommé commandant des fortifications de Saint-Maurice. Le colonel Dietier et le capitaine Rebold firent partie du premier E.M. des fortifications, le premier comme chef de l’artillerie et commandant des écoles de recrues, le second comme chef du génie. Les noms de ces chefs méritent d’être retenus car, à l’esprit d’entreprise, ils joignirent une grande foi dans leur oeuvre. Le colonel Perret ne resta cependant pas longtemps à ce poste, mais Dietier et Rebold, en fonctions jusqu’en 1910, furent véritablement l’âme de nos fortifications. Attachés durant 20 ans à la même oeuvre, ils évitèrent dans les charges importantes qu’ils occupèrent les mutations si préjudiciables à la continuité des réalisations. Ainsi, bien qu’en 1903 la Commission des fortifications reléguât nettement Saint-Maurice au second plan, les travaux effectués durant cette période firent plus de progrès qu’au Gothard.
Dès le début, Savatan fut le fort d’arrêt et Dailly l’ouvrage de protection du premier. Mais l’armement qu’ils reçurent était bien inférieur à ce que prévoyait le premier mémoire de Weber. A Savatan, on réserva l’artillerie cuirassée d’obusiers de 12 cm, les canons cuirassés de 5,3 cm à tir rapide que l’on dissimulait dans les broussailles du fort, les canons de casemate de 8,4 cm en bronze et quelques mitrailleuses. A DaiIly, la mission d’interdiction était assumée essentiellement par les canons de 12 cm sur affûts à éclipse mobiles dans des tranchées. La Commission des fortifications avait pleinement conscience de l’insuffisance numérique de l’armement et du caractère provisoire des installations; elle rendait le Département militaire fédéral attentif au fait qu’il fallait prendre en considération les propositions du commandant de la garnison pour compléter l’oeuvre commencée. C’est bien ce que l’on fit, car, peu à peu, on amena de nouvelles pièces et on développa les installations nécessaires à la vie d’une garnison. En dépit de ces modestes débuts, les fortifications de Savatan et Dailly faisaient bonne figure. On était fier d’une artillerie moderne, précise, tirant sans fumée, et si vite même, qu’elle permettait de donner aux ouvrages « une force de résistance inconnue jusqu’à ce jour », et dont l’effet était estimé de quatre à huit fois supérieur à celui d’une artillerie de siège d’un calibre équivalent.
De 1895 à 1903, on fit de nombreuses améliorations; on installa à Savatan et à Dailly les batteries ouvertes de canons 12 cm de position avec frein hydraulique. On réussit à placer définitivement à Dailly deux canons de 10,5 cm, un de 15 cm et des mortiers de même calibre, matériel qui avait servi à Thoune à des essais. En 1899, on signalait déjà la nécessité d’un ouvrage de flanquement dans la paroi rocheuse de Vérossaz. A une époque périlleuse, on plaça déjà sur la terrasse de l’Ermitage des canons de 8,4 cm avec une dotation de munition. Mais c’est en 1911 seulement que les premiers travaux de construction commencèrent à la Galerie du Scex, dont la conception tactique était extrêmement heureuse. Il est intéressant de relever que la surveillance, l’entretien et le service des mines du tunnel du Simplon furent longtemps placés sous la direction du commandant des fortifications de Saint-Maurice.
La mobilisation de guerre de 1914 à 1918 donna aux fortifications de Saint-Maurice un développement considérable. Ce fut l’époque de l’organisation et de l’armement de la défense extérieure. Le caractère des défilés est de présenter les points les plus faibles vers les hauteurs par lesquelles on peut les dominer. Aussi longtemps que l’on n’eut pas à craindre les armées motorisées et les engins blindés, on considéra comme suffisante la défense de la plaine, et on porta toute l’attention à la défense des hauteurs. On trouvait toujours une position plus élevée à fortifier, afin qu’elle ne devînt pas un poste dominant aux mains d’un ennemi. C’est alors que de la Croix de Javernaz à Collonges, sans négliger la plus petite des vires de haute montagne apte à appuyer une défense, on creusa des fossés, on édifia des abris, on arma tout ce qu’on put armer. En comptant la défense extérieure, le nombre total des pièces d’artillerie s’élevait à 65. Mais l’armistice de 1918 suspendit tous les travaux et les fortifications de Saint-Maurice connurent jusqu’en 1929 toutes les conséquences néfastes de l’esprit pacifiste qui s’étendit alors sur le pays. Cependant, le colonel Ernest Grosselin continua la grande oeuvre de Dietier. Dans cette période critique, il fut l’âme de Saint-Maurice menacé et réussit à faire subsister trois facteurs importants : les ouvrages maintenus en bon état, l’instruction et surtout l’esprit de la garnison. Durant cette période, aucun crédit ne fut plus accordé pour la construction de nouveaux ouvrages. On désarma même les forts de Savatan et de Dailly de l’artillerie mobile de 7,5 cm et 12 cm qui permit d’armer les batteries mobiles de l’ancien Régiment d’artillerie 5 de Saint-Maurice. On déclassa sans les remplacer les canons Krupp de 10,5 cm et les mortiers de 15 cm qui ont été remis au Musée militaire de Morges. Le canon de 15 cm survécut jusqu’en 1941, où l’éclatement d’un obus dans le tube mit fin à une glorieuse carrière, dont les échos se répercutent encore à la Vire aux Boeufs et dans la Glacière de Pont de Nant.
Dès 1930, la situation s’améliora quelque peu, sous la pression d’événements politiques trop récents pour qu’il soit nécessaire de les évoquer, et surtout aussi sous l’impulsion de plusieurs commandants énergiques qui ont, à des titres divers, oeuvré patiemment pour moderniser les armements de Savatan et de Dailly. Le colonel Huber, qui fut dès 1940 le Chef de l’Etat-Major général de l’Armée, fit beaucoup, lors de l’exercice de son commandement à Saint-Maurice, pour que l’on fixât un programme de construction de longue haleine « basé sur la mission de la place fortifiée et sur l’effectif des troupes qui y sont attribuées ». Il estima avec raison que la mission de Saint-Maurice ne consiste pas seulement à barrer le défilé, mais à le maintenir ouvert eu vue d’une action offensive, en servant de tête de pont. Avec raison, il déplora que Martigny ne soit pas fortifié, car depuis 1880, l’amélioration de toutes les routes qui y aboutissent a donné à ce noeud de communications une importance accrue. La justesse de ces vues est attestée par le fait que l’on n’a pas tardé à doter le fort de Dailly d’une nouvelle et puissante artillerie à longue portée destinée à des barrages opératifs, puis à incorporer en 1938 les fortifications dans la Brigade de montagne 10.
La période de fortification qui commença en 1938 est trop récente pour autoriser une description détaillée. Il faut se borner à relever que les fortifications de Saint-Maurice sont devenues le noyau d’un nouveau système fortifié qui comprend tous les nouveaux ouvrages du Bas-Valais, du lac Léman aux approches du Col du Grand-Saint-Bernard. La nouvelle période de service actif de 1939 à 1945 a permis de réaliser en partie les conceptions des anciens promoteurs des fortifications de Martigny, tout en leur conférant une structure moderne qui les rendra efficaces pour longtemps. Chillon, Champillon et Follatères ont enfin des ouvrages souhaités depuis longtemps. Vernayaz et la région de Champex ont été savamment creusés et armés. Le Bas-Valais est bien fortifié, et il faut s’en féliciter. Sans doute, quelques désirs n’ont-ils pu être pris en considération, toujours par manque de crédits ou d’effectifs, mais, comme le dit si bien Paul Martin, déjà cité, « le défaut de tout système fortifié est de n’être jamais ni achevé, ni complet ». Cela n’est-il pas vrai aussi pour les autres armes et pour d’autres pays dont les flottes aériennes et les marines sont en constante transformation ?
Parvenues au 20 août 1945, date qui marque la fin de la plus grande menace que notre pays ait jamais connue, nos fortifications n’ont pas eu à subir l’épreuve décisive des combats. Nous n’avons donc pas de critère pour juger de leur valeur, et nous n’aurons pas la fatuité de déclarer qu’elles étaient supérieures à d’autres. Mais nous sommes en droit de dire que le but pour lequel elles ont été construites a été atteint, puisqu’elles ont contribué à sauvegarder notre existence nationale. Cette conclusion est une promesse pour l’avenir. Elle permet de penser que la fortification des Alpes est basée sur des idées justes et durables. Elle permet de penser que, dans une guerre future, le Réduit des Alpes, bien aménagé, serait encore le sûr refuge de notre indépendance. Cependant, les garnisons qui en ont été la vie et l’âme constituent une force beaucoup plus grande encore que le roc et l’acier. L’histoire de celle de Saint-Maurice a dû être laissée de côté dans ce court aperçu. Je souhaite qu’elle trouve bientôt celui qui saura l’écrire afin d’en conserver la réconfortante leçon pour les générations futures.

Major ANDRÉ RENAUD. Visitez les fortifications de St-Maurice


La catastrophe de Dailly par Pierre Frei

voir les photos de la catastrophe

Cet article a été publié dans le journal La Forteresse en 1996 ainsi que dans le bulletin de l’ASMEM (sous une autre forme).

Située à 1400m d’altitude, dans l’arête rocheuse de l’Aiguille, la galerie des “10,5”, avec ses 500m de long et ses 9 ramifications, permettait d’accéder à 10 embrasures avec des canons de 10,5cm mobiles dont les différentes directions de tir constituaient 3 batteries (bttr) intégrées dans le plus grand complexe relié de fortifications en Suisse. Sa dotation de munitions, alors plus faible que de nos jours, était entreposée dans 3 magasins de munitions (MM), répartis sur une distance de 80m. Chaque MM contenait environ 5500 obus avec leurs charges ainsi que de la munition d’infanterie, soit un total de 449 tonnes dont 29 de trotyle et 77 de nitrocellulose (base des poudres sans fumée). C’était il y a plus de 50 ans, le mardi 28 mai 1946. C’était hier, et pourquoi pas (si vous le permettez) aujourd’hui… il est 23h38, une lueur vive illumine l’Aiguille, suivie immédiatement d’une forte explosion sourde. Une minute plus tard le même effet se reproduit et des pierres sont projetées jusque sur les toits du village de Morcles situé un peu en dessous, la terre tremble jusqu’en plaine. Trois à quatre minutes après, une troisième explosion un peu moins forte; à cet instant le courant électrique est interrompu à Dailly et Morcles et le téléphone automatique ne fonctionne plus. Des lueurs traçantes environnent L’Aiguille et une multitude de petites explosions provoquées par l’éclatement de projectiles se fait entendre avec la chute de rochers et d’arbres au-dessus de Lavey. Le souffle des explosions se répand dans presque tout l’ouvrage, des gaz sortent jusqu’à la Place du Casino à Savatan (500m en dessous).

Avec un courage remarquable, quelques garde-forts (GF) aidés par des soldats réussissent à maîtriser un incendie qui a éclaté à l’atelier de mécanique proche de deux dépôts de munitions. Déjà à 1h30, des GF équipés d’appareils “O” (oxygène) recherchent une partie des 18 ouvriers qui travaillent de nuit pour compenser par avance les heures du “pont” de l’Ascension. A la caserne XII, neuf hommes de l’entreprise Ganty de Pully étaient occupés à des travaux de réfection de la maçonnerie, dont quatre à l’extérieur. Dans la galerie du funiculaire, longue de 560m, qui relie Savatan, travaillaient 9 mineurs de l’entreprise Liebhauser de Montreux dont 2 à la station supérieure, 3 à 80m en dessous et 4 à 200m. A l’intérieur de la cas XII, on se rend compte que les ouvriers doivent être morts. A 4h, on retrouve dans la galerie du funiculaire, 3 hommes qui ont chuté jusqu’au bas, tandis que 2 étaient arrivés à quelques mètres seulement de la sortie de l’attaque intermédiaire. Les autres ont pu s’échapper vers Dailly au travers des gaz, deux ayant réussi à remonter 80m de cette galerie particulièrement en pente (102 %). Le cap Imesch, aumônier de la Garnison, descend à 4h30 par le sentier militaire car un ouvrier vers la galerie d’attaque intermédiaire a le pouls qui bat encore. A son arrivée il rencontre le médecin de la Garnison qui déjà, n’a pu que constater le décès. A 8h, on commence les travaux de déblaiement de la cas XII où trois corps sont retrouvés, mais à 10h30 on interrompt les recherches car les lampes de poche ne suffisent plus et les lampes à gaz sont trop dangereuses. L’usage d’une génératrice fournie par l’arsenal de St-Maurice, permet de découvrir à 17h30 les 2 derniers hommes. Par la suite l’autopsie des victimes révèlera que toutes furent intoxiquées par le CO (gaz de combustion des poudres). Sur les 5 de la cas XII, 3 avaient des lésions dues aux chutes de pierres et l’une en était morte avant que le CO n’exerce pleinement son effet. Les lésions des hommes morts à la galerie du funiculaire ont été causées vraisemblablement par des chutes dues à leur intoxication et à l’obscurité provoquée par l’interruption du courant.

L’effectif stationné par chance à l’extérieur cette nuit est de 286 hommes, répartis de la façon suivante:
– Ecole de recrues art fort IX: 151
– Cours de tir III art fort: 41
– Compagnie garde-forts 10 (cp GF 10) détachement Dailly: 48
– ouvriers civils du Bureau de construction: 46
A 11h20, se tient un rapport avec les différents responsables des instances concernées. L’alimentation en eau étant coupée, le col Mamin, commandant de la Garnison, décide de déplacer à Champex l’ER art fort IX et la réalisation de travaux provisoires pour alimenter Dailly, Savatan et Lavey. On recherche les projectiles non éclatés sur le versant de Morcles puis de Lavey. L’accès aux zones sinistrées est interdit en raison des risques d’asphyxie et d’explosion, et de l’intérêt de l’enquête demandée par le lt col Jaccard, cdt ar fort 1. Une partie de la population de Morcles a été évacuée momentanément au camp militaire de St-Maurice. On décide d’informer la presse surtout pour rassurer les parents des recrues cantonnées à Dailly.
Le lendemain le mercredi 30 mai, le juge d’instruction rencontre lors de la visite extérieure des lieux, M. le Conseiller fédéral Kobelt, chef du DMF (Département Militaire Fédéral), et le col de Montmollin, chef du service de l’EMG (Etat Major Général), orientés sur place par le lt col Jaccard et le col Mamin. Il décide d’entente avec le Chef du DMF de nommer une commission d’expertise pour élucider les causes de la catastrophe.
La presse informée notamment par le col Rathgeb, chef du groupe fortifications du Service de l’EMG, pose quelques problèmes, L’édition alémanique du journal de la FOBB (Fédération des ouvriers du bois et du bâtiment) affirme que des erreurs humaines ont été commises et qu’elles seront révélées en temps voulu; de tels propos apparaissent également dans un article du Petit Jurassien de Moutier du 3 juin. Le même jour, un député au Conseil des Etats interpelle le Conseil fédéral à ce sujet. En outre, il fera parvenir au Chef du DMF la lettre qu’il a reçue d’un “citoyen digne de considération, de la région fortifiée de St-Maurice”, étonné par le fait qu’à son avis, les deux magasins encore intacts et semblables à ceux qui venaient de sauter, situés juste en dessus, n’étaient plus climatisés et qu’au moment où il écrivait ses lignes, personne ne semblait s’en préoccuper. Après avoir reçu des précisions de la part de la section Montreux-Plaine du Rhône de la FOBB, le col Rathgeb écrit au Juge d’instruction afin d’éviter une campagne de presse; toutefois il admet que les MM n’étaient pas équipés de dispositif avertisseur d’incendie. Certains journaux publient quelques vues aériennes de Dailly après l’explosion. L’enquête ouverte à ce sujet sera finalement abandonnée.
Le 6 juin, un conseiller national questionne le Conseil fédéral dans le but d’évacuer tous les dépôts de munitions du Bas-Valais en raison des tremblements de terre qui secouent régulièrement la région depuis quelques temps.
Le 8 juin, lors de la visite de la commission d’expertise il est constaté:

A la galerie des 10,5: les 3 MM ont sauté, des munitions sont encore à proximité ainsi qu’aux emplacements de tirs où 4 pièces de 10,5 ont été projetées dans le vide avec les embrasures P2-3/bttr Buits et P3-4/bttr Plex, emportant de grandes masses de roche. On a retrouvé un des blindages mobiles de 3 tonnes, placés entre les pièces et les embrasures, à proximité du stand de tir à Lavey. Les bureaux de tirs sont détruits, de même que la station supérieure du téléférique Pré-Landon/Aiguille dont la porte a été arrachée. L’entrée Rossignol, à l’opposé de la galerie, est forcée; des munitions et du matériel en partie brûlés obstruent le couloir.

E2 Nord: pièce arrachée, coupole projetée à une douzaine de mètres dans la Coupure Aiguille qui est démolie. A la sortie du téléférique de Praz-Riond un échafaudage en bois est en partie brûlé.

Caserne XIV (cote 1430): constructions intérieures en général démolies et écroulées. La centrale électrique est en grande partie détruite; les 2 réservoirs à mazout de 1000 litres sont vides. Le quartier sanitaire est complètement détruit. Sas démoli entre cas XIV et gal 10,5, portes arrachées et enfoncées entre cas XIV et cas XIII (cote 1450). Le réservoir à mazout de 187.000 1 qui en contenait 105.000 au moment de l’explosion est probablement vide (plus tard on s’apercevra que son contenu s’est déversé sur le versant Nord-Ouest de l’Aiguille).
MM 06 inférieur (cas XIII): porte arrachée, paroi du fond crevée, des projectiles sont renversés et certains au sol.
Cas XV et bttr Golèze (cote 1400): construction intérieure en partie détruite, entrée obstruée par un amas de munition 7,5 et 10,5, obus de 7,5 tombés des étagères.

Cas XII (cote 1340): la voûte intérieure a cédé, le quartier du cdmt de la garnison et le central téléphonique sont détruits, les mitrailleuses 1 et 2 complètement démolies.

Atelier mécanicien (cote 1315): démoli, bureau incendié.

Laboratoire de chimie (cote 1300): murs intérieurs en partie détruits.

Station de transformation cas XI (cote 1260): portes forcées.

MM 2-3-4-6-E3: divers dégâts aux plafonds et parois, projectiles renversés.

MM St-Maurice (Les Planaux): éventré, casiers renversés.

Le 14 juin, le maj Pignat, cdt cp GF 10, communique à la commission d’expertise que sur les 75 pigeons de la cas XIV, 33 ont péri asphyxiés.
Le 22 juin, lors d’une nouvelle réunion des experts, on se demande si le feu aurait débuté d’abord en dehors des MM. L’adj GF Kühni fait remarquer que les bureaux de tirs sont fermés par une porte métallique et séparés par le couloir principal large de 4m. Puis on écarte le point de vue du Professeur Lugeon de Lausanne, selon lequel des gaz de grisou auraient pu se répandre dans les forts à partir des anciennes mines de Dorénaz. L’adj Kühni précise que des radiateurs électriques étaient en service dans les magasins et il déclare qu’à son avis c’est le n°3 qui a explosé en premier, car c’est le seul dépôt où un appareil de climatisation Carba fonctionnait.
Le 24 juin, le DMF transmet aux experts la lettre d’un radiesthésiste et radiologue qui offre ses services afin de rechercher la cause de l’explosion mais le Professeur Paul Scherrer renonce à cette proposition.
Des experts se déplacent le 26 juin à Rueun aux Grisons, où une déflagration (heureusement limitée à quelques charges) a éclaté à peine un mois plus tard à l’intérieur d’un grand dépôt souterrain, dans la nuit du 24 au 25 juin.
Le thermographe situé dans la galerie 1, à 15m de la déflagration, a montré que la température a passé de 10° à 19° seulement.

Le 17 juillet, on établit des projets pour renforcer la position de St-Maurice:
2 tourelles 10,5 supplémentaires à Dailly, éventuellement 6 tourelles de 15 cm L 42 comprenant les 2 de 10,5 qui seraient transformées, ainsi que 2 bttr de 15 cm dont une à l’emplacement de la bttr Nord et l’autre dans la paroi Sud. Cette dernière, placée au-dessus du sentier de Morcles, pourrait alors être reliée à Savatan supérieur. De là, un 2ème funiculaire pour atteindre la plaine où l’on prévoit une bttr de 10,5 antichars (ach) pour le canal de fuite de la future usine électrique et une pour le Mauvoisin. Chacune de ces bttr ach serait appuyée par une bttr de lance-fusées à 12 tubes sous roc, dans le secteur de l’Availlaz à Savatan. Le tout pour un effectif de 2500 hommes dont 1000 à Savatan. On prévoit aussi:
– au Scex: le remplacement des 7,5 de l’ermitage par des 7,5 ach
– à Cindey: l’échange des 4 can de 4,7 par des can de 7,5 ach
– idem à Toveyres et Petit Mont
– aux Follatères: des armes ach plus puissantes et un fort à la Bâtiaz

Le 27 juillet, le Directeur de l’administration militaire fédérale, reprenant à son nom une lettre du col Rathgeb, répond simplement au Conseil communal de St-Maurice inquiet pour la sécurité de la population en raison des nombreux ouvrages qui entourent la ville: “…nous ne croyons pas qu’il existe des motifs spéciaux de s’alarmer, à St-Maurice pas plus qu’ailleurs. La répartition des magasins à munitions dans la région nous fait admettre que les effets d’une explosion sur la localité ne sont pas à craindre… “.

Le 2 août, la commission des fortifications se rend à Dailly en vue de procurer à la Commission de défense nationale les données nécessaires pour établir ses futures études concernant la reconstruction des installations. On se prononce sur l’importance et la valeur des fortifications de St-Maurice, mais également du secteur de la br mont 10. On constate unanimement l’insuffisance des armes antichars pour St-Maurice, Evionnaz et Vernayaz. On reconnaît que le canal de fuite de Lavey nécessitera une puissante défense contre les chars.
A Savatan, les tourelles de 12 cm et les canons de 5,3 cm manquent de protection suffisante, tout comme certains abris; ils devront être remplacés. Les derniers travaux en cours à la Galerie du Scex en feront un ouvrage moderne à condition de remplacer une partie de l’armement. Quant à Dailly, il faudrait un minimum d’artillerie sous roc. Cette solution en casemates au lieu de tourelles permettrait de reprendre en partie les installations existantes. La cas XIV, trop proche de la surface, ne devra plus être considérée comme caserne de guerre. Le brigadier Tardent, cdt br mont 10, demande provisoirement une bttr de can 10,5 et de Lm de 12 et 8,1cm. Pour terminer, le col Rathgeb expose l’état des fortifications du pays. A Sargans, les ouvrages sont achevés à l’exception du Furkels où les canons de 15cm doivent encore être livrés et à Tschingel où les travaux en cours concernent l’aménagement de galeries pour y installer des canons de 10,5 ach.
Au Gothard, il n’y a plus que le central téléphonique de Gaspiei à Airolo et les deux fortins ach de Stgegia au Lukmanier, qui ne sont pas encore terminés. Dans la région du lac de Thoune, seul 2 forts construits par le BBB sont encore armés. Il conviendra de réarmer ceux construits par la troupe, et par la même occasion, y inclure les 2 forts d’artillerie du Pays-d’Enhaut et du Jauntal. Dans la région de Stans un grand fort devra encore être armé. Concernant les ouvrages frontières, seuls des travaux d’entretien, par endroits importants, seront nécessaires.
A ce moment, on pense déjà que la fusée pourrait être la solution au problème du remplacement dans le futur de l’armement lourd des forts.
Le 11 septembre, le col Rathgeb autorise la visite des lieux à une femme qui tenait à se recueillir à l’endroit où son mari trouva la mort.

En 1947, le 10 avril le cdt cp GF 10 confirme par écrit les conditions de récupération par un marchand de fer, des pots d’embrasures de 10,5cm situés dans le Bois du Ban, La cp GF met à disposition un homme avec le matériel nécessaire, en contrepartie elle aura droit à récupérer quelques pièces de blindage.
Le rapport des experts, du 12 avril 1947, précise qu’aucun examen n’a permis de mettre en cause la fabrication des munitions. Les essais effectués avec les charges de 10,5 cm en boîtes, soumises à des températures élevées, amènent à penser qu’il faudrait les séparer des projectiles pour l’entreposage. Quant au dégagement d’éther, il est si faible qu’il est impossible de concevoir un mélange inflammable comme étant à l’origine de la catastrophe. Le sinistre ne peut provenir des appareils Carba car ils contenaient du fréon non combustible. On établi que le MM n°1 a sauté le premier même si la climatisation n’était en service qu’au n°3, car c’est devant celui-ci que le câble haute tension a été déchiré. L’interruption de courant survenue après la 3ème explosion le prouve, Les portes du n°1 sont les seules à avoir été retrouvées à l’autre bout de la galerie. Celles des n°2 et 3, enfoncées dans les magasins sous l’effet de la pression de la première explosion, auront ensuite été détruites par l’explosion de leur propre dépôt. Comme aucun indice n’a pu être découvert, qui puisse inclure une influence extérieure, et comme de tous les explosifs entreposés, les poudres à base de nitrocellulose sont les plus instables, il faut retenir leur décomposition comme cause probable de l’incendie. Les boîtes contenant les charges des MM intacts n’ont pas toutes la même température. Ce fait confirmé par l’adj Kühni s’observe au premier contact avec la main. La décomposition peut avoir été provoquée par une durée raccourcie du stabilisateur ou sous l’effet d’un catalyseur. Les propositions des experts mèneront par la suite à l’application des mesures de sécurité que l’on connaît aujourd’hui; mais entre temps, dans la nuit du 19 au 20 décembre 1947 la terre tremble à nouveau…
Les 7’000 tonnes de munitions entreposées à Blausee-Mitholz sautent. La montagne s’écroule, recouvrant les deux entrées pour les véhicules. Malheureusement, elle épargne de justesse le tunnel d’accès du train qui se transforme en canon géant projetant sur le village un déluge de feu et d’acier qui tue 9 personnes. Mais revenons à la catastrophe qui fait l’objet du présent exposé.
Le 10 janvier, sur la base du rapport d’expertise, le juge d’instruction décide de clore l’enquête en prononçant une ordonnance de non-lieu. Les résultats sont publiés douze jours plus tard dans un communiqué de presse de la Chancellerie fédérale.

En date du 18 mars 1948 on entreprend à Dailly et Savatan une étude géologique en vue de la reconstruction des installations. A part les alentours immédiats de l’explosion, le rocher a bien résisté. Les géologues précisent qu’il faudra injecter du béton dans les fissures autour du centre de l’explosion. Pour les secteurs les plus proches, il est recommandé de prendre certaines précautions supplémentaires. A Savatan les résultats de l’étude entraîneront le gunitage de la plupart des galeries en raison de la mauvaise qualité de la roche et non des suites de la catastrophe. Un arrêté fédéral du 23 avril, concernant la reconstruction du fort de Dailly, entre immédiatement en vigueur. Afin de rassurer les citoyens, il est mentionné que les projets tiennent compte des recommandations faites par les experts et que, même si les causes du désastre survenu à Mitholz devaient être révélées par les expertises en cours, les nouveaux travaux à Dailly n’en seraient que peu ou pas modifiés. Le programme prévoit d’améliorer l’ensemble des fortifications de St-Maurice. Un montant de 20’290’000.- est prévu pour les frais de la première étape, dont 5 millions remboursés par les assurances seront déduits après soustraction des frais de déblaiement, de remise en état des munitions endommagées et des indemnités versées aux familles des victimes. Le rapport secret, qui complète le message pour la reconstruction, précise les montants attribués aux divers postes dont un million pour le camouflage et un dispositif de brouillard artificiel. Pour l’artillerie il est prévu de réarmer dans la 1ère étape, seulement la bttr Nord au moyen de canons de 15 cm (en définitif se sera des canons de 10,5cm).

Ainsi la catastrophe de Dailly aura au moins eu un aspect positif sur la place forte de St-Maurice, avec pour conséquences le remplacement des canons de 4,7 par des 7,5 ach à Toveyres et Petit Mont, la construction d’une bttr 10,5 ach à Cindey et la transformation des ouvrages de Savatan et Dailly. Bien sûr tous les projets ne furent pas réalisés.

Les traces de cet événement tragique, tout comme celui de Mitholz, resteront pour longtemps visibles, aussi bien dans la montagne que dans l’esprit des gens. La route et le pâturage de Praz-Riond furent si touchés, qu’on proposa leur rachat par la Confédération pour éviter des frais trop onéreux. Pour assurer la protection de la forêt des Buits il a fallu construire 2 barrages et tailler dans la roche une canalisation pour dévier les eaux de pluies. Au Bois du Ban, c’est 23 barrages qui seront nécessaires, sans compter les plantations. La commune de Lavey a touché 38’000.- d’indemnité et les soldats engagés aux travaux de nettoyage reçurent 2.- de plus par jour pour les risques encourus. Le 26 décembre 1947, la municipalité de St-Maurice a écrit au DMF qu’elle s’opposera avec la population à la création de nouveaux dépôts de munitions dans les rochers de Vérossaz (ces magasins seront tout de même construits).
En 1949, la psychose des explosions est toujours présente, tel ce propriétaire de l’hôtel Alpina à Champex. Après avoir trouvé conseil auprès du Général Guisan, sur place lors de manœuvres, il multiplie les démarches afin d’obtenir des dédommagements pour les dégâts provoqués par les tirs et les coups de mines, et en raison des inconvénients résultants de la garde des soldats autour de son établissement. Il reçoit à plusieurs reprises divers montants non négligeables. Mais il ne s’en contente pas. Le 7 novembre, son avocat, qui n’est pas le premier venu, demande d’abord l’expropriation. Mais l’hôtelier se ravise après avoir rencontré son banquier, car cette mesure entraînerait une diminution de la valeur de ses biens. L’avocat exige alors le déplacement de la munition que l’on projette d’entreposer dans la nouvelle chambre en travaux sous l’hôtel.
Le 9 mai 1950, le col Rathgeb refuse cette solution pour des raisons tactiques et par crainte d’un précédent qui pourrait engendrer de nombreuses demandes similaires. A force d’insister, l’hôtelier finit par obtenir de la Direction de l’administration militaire fédérale, le transfert d’une partie de la munition. Mais il lui faut encore attendre, les crédits n’étant pas disponibles. L’avocat n’entend pas s’arrêter en si bon chemin et propose au DMF, le 18 octobre 1951, le rachat de la propriété par la Confédération pour la somme de 100’000 francs. On rétorque, le 8 décembre, que son mandant fera difficilement admettre un droit de propriété à 30 mètres sous ses caves et l’on précise que la nouvelle chambre sera plus éloignée et plus sûre, cela en raison des événements de Dailly et Mitholz.

Le danger créé par la présence d’une grande quantité d’explosifs est toujours d’actualité. Les récents événements du Susten, avec l’explosion d’origine inconnue causant la mort de six personnes dans l’Oberland Bernois, sont là pour nous le rappeler. Certes, ces 300 à 400 tonnes d’explosifs et de munitions périmés ou endommagés, stockés en vrac dans une caverne formant un angle droit sans aucune séparation, n’avaient exceptionnellement pour toute sécurité, hormis la climatisation, qu’une porte blindée massive contre les effractions. C’est pourquoi la nouvelle installation d’essais d’explosions et de mesures de munitions en chantier dans l’ancien ouvrage d’artillerie d’Hondrich disposera d’un important dispositif de sécurité permettant aux habitants des villas toutes proches de dormir en paix.
Sources: Archives Fédérales; E 27/17665, E 23/4013—14
Nouvelliste (art. 40 ans de la catastrophe)
Ciné Journal Suisse (la catastrophe de Mitholz)

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catastrophe Dailly 1946: article de l’Illustré n°23 du 6 juin 1946

voir aussi archive de presse sous: https://infoapsf1890.wordpress.com/2009/02/08/extraits-des-archives-du-journal-de-geneve-et-dautres-journaux/